Pollution de l'air : le marché séduit Veolia et Suez

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Le marché devrait croître de 6,6% par an jusqu'à 2021.
Le marché devrait croître de 6,6% par an jusqu'à 2021. (Crédits : Gonzalo Fuentes)
Problème majeur de santé publique, la pollution de l'air est aussi un marché estimé à 102 milliards de dollars au niveau mondial. Les spécialistes français de l'eau et des déchets l'investissent, en misant sur des synergies avec leurs métiers traditionnels.

Responsable dans l'Hexagone de 48.000 morts prématurées par an, et de 7 millions dans le monde, la pollution de l'air est un problème majeur de santé publique. À la France, elle coûte plus de 100 milliards euros par an, a estimé le Sénat dans un rapport de 2015, alors qu'au niveau planétaire ces coûts se sont élevés à 5.110 milliards de dollars en 2013 selon la Banque mondiale. Et en raison de la croissance de l'urbanisation comme de la consommation, il ne fait que s'aggraver.

Derrière la recherche de solutions à ce fléau il y a donc aussi un énorme marché. Une étude réalisée par le cabinet de conseil Roland Berger pour le groupe français Veolia a évalué celui mondial à 102 milliards de dollars en 2017, et en a prévu une croissance annuelle moyenne de 6,6% jusqu'en 2021, ce qui devrait lui permettre d'atteindre 132 milliards. Si à cette échéance plus de 91 des milliards de dollars attendus devraient venir du marché du contrôle des émissions, en particulier industrielles, d'autres opportunités se présentent: notamment les systèmes de purification et de surveillance de la qualité de l'air, qui représenteront respectivement 21,7 et 14,9 milliards de dollars en 2021, contre 16,7 milliards et 12,1 milliards en 2017.

Une offre complète pour réduire la pollution intérieure

Le marché de la qualité de l'air séduit alors aussi les deux spécialistes français de l'eau et des déchets, Veolia et Suez qui, en misant sur des synergies avec leurs métiers traditionnels, viennent tous les deux de lancer des départements dédiés.

"Dans le cadre de nos solutions d'épuration de l'eau, de valorisation des déchets et d'efficacité énergétique, nous travaillons déjà depuis plusieurs années au traitement de l'air pollué. Mais, depuis un an, nous avons créé un pôle spécifiquement destiné à l'élaboration de solutions pour le secteur tertiaire", note Sabine Fauquez, directrice générale du bureau d'ingénierie sanitaire de Veolia, et à la tête de cette nouvelle unité.

Veolia se concentre en effet sur le traitement de l'air intérieur, dont la qualité s'est aussi détériorée pendant les dernières décennies non seulement à cause de l'aggravation de la pollution externe, mais aussi en raison de la construction de bâtiments de plus en plus étanches. L'entreprise développe une offre couvrant trois volets, explique Sabine Fauquez: la mesure des divers polluants, grâce à une sélection des capteurs les plus adaptés parmi ceux de plus en plus sophistiqués présents sur le marché; le traitement de l'air, via l'installation d'équipements dédiés, voire via le renforcement de ceux déjà existants dans certains immeubles; ainsi que l'information et la pédagogie auprès des occupants, pour qu'ils adoptent les comportements (ouverture des fenêtres aux bonnes heures, gestion des couches d'encre par exemple) permettant de réduire la pollution.

Lire aussi: Santé publique : la "menace fantôme" de la qualité de l'air intérieur

Vis-à-vis des clients qui souscrivent à l'ensemble du service, Veolia s'engage à atteindre un niveau de qualité de l'air pré-déterminé. C'est par exemple le cas d'une école de la ville du Raincy (93), la première de France à utiliser ce dispositif. Mais les diverses prestations proposées peuvent également être souscrites "à la carte", précise Sabine Fauquez. Le pôle air travaille également à l'élaboration de solutions de mesure de la pollution pour les nombreuses villes de la planète encore dépourvues d'instruments précis -dont quelques-unes déjà clientes de Veolia dans les domaines du traitement de l'eau et des déchets.

10 millions d'euros déjà investis par Suez

Suez en revanche a fait le choix de s'intéresser exclusivement à la pollution de l'air urbain extérieur, ou d'espaces confinés tels que le métro, les parkings et les cours d'école. "C'est l'enjeu du futur, alors qu'il y a encore beaucoup moins d'industriels sur ce marché que sur celui de la pollution de l'air intérieur, pour laquelle quelque 3.000 solutions sont par exemple déjà proposées en Chine", explique Jean-Marc Boursier, directeur général adjoint en charge des opérations du groupe. Une dizaine d'ingénieurs d'un nouveau pôle dédié, constitué il y a un an, ont déjà commencé à développer, tester et commercialiser l'offre en France, en visant tant les besoins des villes que ceux des industriels. L'intention est toutefois surtout de les exporter ensuite sur les cinq continents.

"D'ores et déjà, plus de 10 millions d'euros ont été investis dans la recherche et l'innovation autour de la qualité de l'air", souligne Jean-Marc Boursier.

 Des outils de diagnostic pour les services publics

Comme Veolia, Suez travaille tout d'abord sur le développement de solutions de diagnostic de la qualité de l'air pour les villes. À Santiago du Chili, sur demande de la municipalité, le groupe a notamment équipé début 2019 une grande route piétonne et commerçante de micro-capteurs. L'analyse des données récoltées doit permettre de comprendre les sources et les pics de pollution, afin d'ensuite mieux définir et suivre les politiques publiques dans ce domaine, explique Jean-Marc Boursier. Un dispositif similaire doit très prochainement être installé par Suez aussi en France, à Asnières.

La collecte des données occupe aussi une place importante dans l'expérimentation de la solution "Ip'Air", déployée par Suez en collaboration avec la RATP, sur demande de la région Ile-de-France, dans la station du métro parisien Alexandre Dumas. Pendant six mois, des machines installées tout au long du quai mesureront les flux et la qualité de l'air souterrain. Mais cette analyse servira surtout à valider et adapter la solution de traitement développée par Suez afin de répondre au problème spécifique lié à l'émission de particules fines par le freinage des trains. Le dispositif consiste en un filtre électrostatique qui fonctionne grâce à un procédé de ionisation positive: un procédé déjà utilisé pour le traitement des fumées industrielles et qui connaît ici une nouvelle application, explique le groupe. L'analyse portera d'ailleurs aussi sur les particules collectées, afin d'en trouver ensuite des solutions de valorisation et d'ainsi construire des synergies avec les activités du groupe en matière de déchets.

Des algues en milieu industriel comme urbain

À la différence de Veolia, Suez explore toutefois aussi d'éventuelles solutions de traitement de l'air extérieur. Son produit le plus abouti est pour le moment le "puits de carbone": une colonne contenant une solution d'eau et de micro-algues qui se reproduisent en se nourrissant de CO2, de dioxyde d'azote et de particules fines. Testé en partenariat avec la startup Fermentalg depuis 2015, en milieu industriel (à la station d'épuration de l'eau de Colombes, gérée par le SIAAP) ,il a démontré permettre d'absorber autant de CO2 que 75 arbres par mètre cube de solution. En milieu urbain (à Alésia à Paris), il a prouvé réduire la concentration de particules fines et de dioxyde d'azote, à la sortie de la colonne, de 50% à 75%, selon le niveau de pollution de l'air et les micro-algues utilisées: ce qui correspond à la pollution générée par 150 voitures en Ile-de-France, calcule Suez.

"La bonne surprise a été que, sur les poussières, cela marche même mieux quand c'est très pollué", note Jean-Marc Boursier, en soulignant aussi que la solution peut être reliée au système d'assainissement de l'eau le plus proche, et que les algues ainsi récupérées peuvent ensuite être transformées en biométhane.

"Maintenant que grâce aux tests en situation réelle nous connaissons leur pouvoir filtrant, nous tentons de déterminer combien de puits et dans quelle configuration il faudrait mettre en place pour produire des effets significatifs sur la pollution environnante", ajoute Jérôme Arnaudis.

Suez espère en effet poursuivre le développement de ces puits de carbone dans le reste de la France, mais aussi à l'international, notamment en Chine. Pour l'instant, deux ont été adoptés depuis respectivement 1 an et 6 mois par la ville de Poissy (78) et le site de valorisation énergétique des déchets de Créteil (94). Deux autres -un en milieu urbain et un en milieu industriel- seront prochainement installés à côté de Chamonix.

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Commentaires
a écrit le 19/09/2019 à 11:12 :
Vu comme ils ont détériorè la qualité de l'eau espérons de tout coeur qu'ils n'y parviennent pas !

Bon sang mais comment peut on être conditionné au point de placer des gens qui ont intérêt à intensifier le fléau pour combattre ce fléau ???

AU SECOURS !!!
a écrit le 18/09/2019 à 19:42 :
Dans la lignée de la marchandisation universelle, voilà qu'ils franchissent une nouvelle étape : Faire payer l'air qu'on respire ! Prochaine étape : Faire payer le droit de vivre ?
a écrit le 18/09/2019 à 15:12 :
Mouais, tout est bon pour tirer des sous. Pour les colonnes d'algues il faudrait faire un blanc, un temoin, un zero avec le même mecanisme diffusant l'air dans de l'aqua simplex. Je suis sur que les poussieres et polluants on arriverait a en enlever pas mal aussi

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