Relance du nucléaire : des élus alsaciens proposent déjà de reconstruire Fessenheim

La relance de l'atome en France, annoncée le 9 novembre par Emmanuel Macron, fait naître en Alsace des envies inédites d'un retour du nucléaire sur le site en reconversion de Fessenheim. La centrale a été arrêtée en juin 2020.

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Le centre nucléaire de production d'électricité (CNPE) de Fessenheim a été déconnecté du réseau le 30 juin 2020.
Le centre nucléaire de production d'électricité (CNPE) de Fessenheim a été déconnecté du réseau le 30 juin 2020. (Crédits : Reuters)

L'annonce par Emmanuel Macron d'une reprise de la construction de réacteurs nucléaires en France a initié l'espoir, en Alsace, d'une relance inattendue pour le territoire de Fessenheim. "Je suis ouvert à toute discussion avec le gouvernement pour mener une réflexion sur une éventuelle implantation en terre alsacienne", a annoncé Frédéric Bierry, président (apparenté LR) de la Collectivité européenne d'Alsace, dans un communiqué au lendemain de l'allocution présidentielle. Réacteurs à eau pressurisée (EPR) ou petits réacteurs modulaires (SMR) ?  En Alsace, la question de la technologie apparaît pour l'instant accessoire.

"Aujourd'hui, le président Macron annonce sa volonté de relancer la construction de réacteurs nucléaires. Je ne sais pas si nos installations à Fessenheim sont adaptables à une nouvelle génération de nucléaire, mais je souhaite que la Collectivité européenne d'Alsace et les autres acteurs concernés se retrouvent rapidement autour de la table pour étudier la question", propose Frédéric Bierry.

Ailleurs, certains élus ont déjà pris les devants et ont déjà fait acte de candidature pour accueillir les futurs EPR. C'est le cas en Normandie, où des élus de tous bords ont récemment signé un manifeste "transpartisan" pour réaffirmer leur soutien sans réserve à la construction d'une paire d'EPR à Penly.

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Dans la région des Pays de la Loire, la présidente du conseil régional Christelle Morançais s'est quant à elle déclarée favorable à l'implantation d'une "petite centrale nucléaire" sur le site de la centrale à charbon de Cordemais.

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Déconnectés du réseau depuis le 30 juin 2020, le deux réacteurs de Fessenheim, la plus ancienne centrale française, sont devenus le symbole d'un territoire en quête de revitalisation. Eloigné des centres urbains et déjà en perte de dynamisme, Fessenheim (2.300 habitants) et son bassin d'emploi (32.000 habitants pour la Communauté de communes du Pays Rhin-Brisach) n'ont pas encore trouvé le chemin de la relance. Avec 2.000 emplois directs et indirects, la centrale était devenue depuis les années 1980 le moteur de l'économie locale.

Le démantèlement en 2025

Les activités de démantèlement, promises par EDF comme activité de transition, ne pourront pas démarrer immédiatement. En fin d'année 2020, l'exploitant a déposé son dossier de démantèlement auprès de l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN). Cette instruction comprendra une enquête publique. Elle n'aboutira pas avant 2025 sur le décret autorisant le début des travaux. Le "technocentre" (150 emplois) envisagé par EDF pour recycler à Fessenheim ses déchets nucléaires n'a pas été confirmé, et ce projet semble déjà à l'arrêt.

"La fermeture de Fessenheim engendre une situation dramatique pour l'Alsace et le bassin économique du Rhin Supérieur, qui vont se retrouver désarmés du point de vue énergétique", analyse Raphaël Schellenberger, député (LR) du Haut-Rhin. "Nous avons besoin de nouvelles capacités de production. L'éolien ne fonctionne pas parce que nous manquons de vent. Il n'y a plus de capacités hydrauliques parce que tout a déjà été aménagé. Le photovoltaïque est contraint par le foncier et nous ne sommes pas une région très ensoleillée. Par élimination logique, il reste seulement le nucléaire", explique-t-il.

"Je suis le représentant d'un territoire qui s'est senti stigmatisé, devenant le point de fixation d'une lutte idéologique", avait déjà écrit Raphaël Schellenberger dans son rapport d'information à l'Assemblée Nationale, remis le 6 octobre au nom de la commission du Développement durable et de l'Aménagement du territoire. "Ce ne sont pas les deux réacteurs de Fessenheim qui ont façonné cette image, mais bien une stratégie de concentration de la lutte politique sur un site, dans laquelle le mépris du ressenti des habitants du territoire était sciemment mesuré", poursuit aujourd'hui le député.

Une zone d'activités économique sur 80 hectares

Sur ce territoire situé au milieu de la plaine d'Alsace, les collectivités s'étaient pourtant accordées sur la création d'une vaste zone d'activités EcoRhéna, sur 220 hectares au bord du Rhin. Les surfaces à aménager devaient correspondre à des délaissés de la construction, dans les années 1950, du grand canal d'Alsace. Mais les contraintes environnementales réglementaires et la découverte d'une espèce de crapaud en danger d'extinction ont obligé les pouvoirs publics à revoir leurs ambitions à la baisse. EcoRhéna a été ramenée à 80 hectares et les projets de création de nouvelles activités dans le secteur de l'énergie, telle que l'usine de production d'hydrogène vert promise par l'industriel français H2V (70 emplois), ne verront pas le jour avant 2026.

A Fessenheim et dans les environs, les indicateurs économiques n'ont pas encore fait état d'une baisse de la richesse locale. Les Notaires de France ont pu constater une légère érosion des prix moyens de l'immobilier (- 2,3 % en un an), suite au départ des familles des salariés d'EDF. Mais l'effondrement redouté de ce marché n'a pas eu lieu. Frédéric Bierry déplore avant tout, depuis la fermeture de la centrale, la perte de recettes fiscales locales sur son territoire. "C'est un scandale financier qui coûte cher aux contribuables", juge l'élu alsacien. Brigitte Klinkert, l'ancienne présidente du conseil départemental du Haut-Rhin, estimait à 400 millions d'euros la perte de chiffre d'affaires générée par la fermeture de la centrale, compte tenu de la baisse d'activité pour les sous-traitants et les commerçants sur son territoire.

Pour les écologistes alsaciens, soulagés par la fermeture de Fessenheim, un retour de l'atome fait l'effet d'un épouvantail. Jacques Fernique, sénateur (EELV) du Bas-Rhin, qualifie la proposition de Frédéric Bierry de "Schnapsidee". "En Alsace, c'est le genre d'idée qu'on peut formuler vers 3 heures du matin, quand on est fatigué, mais qu'on oublie le lendemain matin dès qu'on a repris ses esprits", ironise l'élu écologiste. "Avec la nappe phréatique affleurante et le risque sismique élevé, le sud du Haut-Rhin fait partie des endroits sensibles où personne n'aurait envie de construire un EPR", rappelle Jacques Fernique.

Pour autant, les chances de relancer Fessenheim sont faibles. Fin 2020, dans une étude prospective de son conseil d'administration, EDF avait en effet identifié plusieurs sites potentiels pour l'accueil d'EPR, en complément du site de Flamanville en construction : Penly (Seine-Maritime), Gravelines (Nord), Bugey (Ain), et Tricastin (Drome). Fessenheim ne figurait pas sur cette liste.

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Commentaires 6
à écrit le 14/11/2021 à 22:13
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Ils ont bien raison, les Alsaciens : produire de l'électricité est un bon business, puisque tout le monde en a besoin, l'EdF n'a plus de monopole, et on doit pouvoir trouver des investisseurs pour une bonne petite centrale nucléaire. Quant à la tech...

à écrit le 14/11/2021 à 18:37
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A l'heure actuelle, avec un président, rien n'est impossible... un jour c'est oui, un autre c'est non!

à écrit le 14/11/2021 à 15:16
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Si possible au même niveau que le Rhin et bien sur l'axe de la faille sismique qui court le long du fleuve !!! C'est top ! Lamentable...

à écrit le 13/11/2021 à 15:40
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Quand on va leur présenter la facture, ça va les calmer.:-)

à écrit le 13/11/2021 à 2:09
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Pays de fadas.

à écrit le 12/11/2021 à 20:57
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attendez, c'est pas possible!!!!!!!!! segolene royal avait promis, car elle est de gauche donc bienveillante, que ca serait fini, mais qu'il y aurait a la place l'usine europeenne de tesla............et effectivement, en bonne socialiste, elle a tenu...

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