Renouvelables : Engie veut faire un pas de géant pour combler son retard

L'énergéticien prévoit d'investir au moins 6 milliards d'euros au cours des trois prochaines années pour se développer massivement dans le solaire et l'éolien. Objectif : combler son retard par rapport à ses grands concurrents européens, Enel et Ibedrola, déjà lancés dans une course folle.

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Catherine MacGregor, la nouvelle directrice générale d'Engie, a présenté la nouvelle feuille de route du groupe, ce mardi 18 mai.
Catherine MacGregor, la nouvelle directrice générale d'Engie, a présenté la nouvelle feuille de route du groupe, ce mardi 18 mai. (Crédits : Vincent Breton)

EDF n'est pas le seul à s'être laissé distancer dans les énergies renouvelables. Engie (Ex-GDF Suez), lui aussi, a accumulé un certain retard par rapport à ses grands concurrents européens. Pour revenir dans la course, l'énergéticien a présenté, ce mardi 18 mai, une feuille de route ambitieuse dans l'énergie solaire et l'éolien.

"Nous sommes à un moment charnière pour le monde de l'énergie avec de formidables opportunités qu'Engie doit, et va saisir", a fait valoir, lors d'une conférence de presse, Catherine MacGregor, directrice générale du groupe depuis le 1er janvier dernier. "Nous avons la chance d'entrer dans un nouveau cycle de croissance porté par la question climatique et une demande énergétique très robuste", a-t-elle ajouté.

Plus de 6 milliards dans les renouvelables

Dans le détail, Engie prévoit d'accélérer sa croissance annuelle de nouvelles capacités de production de renouvelables, en passant de 3 gigawatts (GW) actuellement, à 4 GW entre 2022 et 2025. Il vise ensuite un rythme de 6 GW par an entre 2026 et 2030. Cette cadence plus soutenue doit lui permettre d'arriver à une capacité totale installée de 50 GW en 2025, puis de 80 GW à l'horizon 2030, contre 31 GW aujourd'hui. Engie anticipe, par ailleurs, une montée en puissance de l'éolien offshore dès 2023.

Pour tenir ces objectifs, l'énergéticien va gonfler ses investissements. Alors qu'il prévoit 15 à 16 milliards d'investissements de croissance au cours des trois prochaines années,  40 à 45% de cette enveloppe sera consacrée aux capacités de production électrique à partir d'énergies renouvelables. Autrement dit, Engie devrait investir entre 6 et 7,2 milliards d'euros dans le solaire et l'éolien d'ici à 2023.

Derrière Enel et Iberdrola

Malgré cette nouvelle trajectoire, Engie restera derrière ses grands concurrents européens que sont l'italien Enel et l'espagnol Iberdrola. Le premier prévoit d'injecter 17 milliards d'euros d'ici à 2023 afin d'augmenter sa capacité de production en énergies renouvelables de 33% par rapport à 2020. Objectif : atteindre 60 GW, soit l'équivalent de 37 réacteurs nucléaires EPR. Dans un horizon plus lointain, en 2030, Enel promet d'investir quelque 70 milliards d'euros et ainsi gonfler sa capacité à 120 GW, soit le double de son objectif 2023.

De son côté, Iberdrola table sur un investissement dans la production d'énergies renouvelables supérieur à 35 milliards d'euros d'ici à 2025 afin d'atteindre une capacité de 60 GW. A plus long terme, en 2030, l'entreprise ibérique vise les 95 GW de capacité installée.

"Nos ambitions dans les renouvelables sont à la fois fortes et à la fois crédibles en termes de capacités à les réaliser", a justifié Catherine MacGregor, alors qu'Engie dispose aujourd'hui d'un portefeuille de projets de 56 GW, dont 26 GW en construction ou en développement avancé, donc "bien dérisqués", selon les propos de la dirigeante.

A la pointe de l'hydrogène

Cette accélération d'Engie dans le solaire et l'éolien intervient à un moment où de nombreux nouveaux acteurs s'invitent dans la course aux renouvelables. Depuis quelques mois, les majors pétrolières européennes multiplient les investissements dans l'énergie solaire photovoltaïque et l'éolien terrestre et offshore. Ces investissements restent minoritaires dans leurs dépenses totales, mais ces entreprises conservent, malgré la crise, des capacités d'investissement considérables.

Outre le solaire et l'éolien, Engie prévoit aussi d'investir massivement dans la production d'hydrogène bas carbone. Précurseur dans ce domaine, avec la création d'un département dédié dès 2018, l'énergéticien entend conserver une position forte et vise une capacité de production d'hydrogène vert de 4 GW en 2030. A ce même horizon, il souhaite gérer plus de 100 stations de ravitaillement.

"Le message clé c'est que toutes les activités d'Engie vont bénéficier de l'essor de l'hydrogène. [...] Nous comptons aujourd'hui 70 projets d'hydrogène vert identifiés", s'est félicitée Catherine MacGregor.

Lire aussi : Plongée dans les coulisses du futur de l'hydrogène, au Lab Crigen d'Engie

Neutralité carbone en 2045

Engie mise notamment sur la production d'hydrogène propre pour la décarbonation du gaz et pour contribuer à réduire les émissions de secteurs difficiles à décarboner. Le groupe annonce d'ailleurs s'engager sur un objectif de neutralité carbone en 2045 sur l'ensemble de ses émissions, directes et indirectes.

En février dernier, Engie avait notamment annoncé sa sortie définitive du charbon en Europe d'ici à 2025, et en 2027 dans le monde. Le groupe compte encore aujourd'hui dix centrales à charbon. Quatre vont être fermées, quatre autres seront reconverties tandis que les deux dernières seront cédées. Les cessions sont très critiquées par les ONG car elles sont synonymes de poursuite de l'activité liée au charbon, aux mains d'autres propriétaires, parfois moins regardants sur les questions climatiques.

Préparatifs en cours pour la cession de Bright

En parallèle, Engie prépare la cession de Bright, une entité qui regroupe les deux tiers de ses activités de services, employant 74.000 collaborateurs à travers une dizaine de pays. Elle doit rassembler les activités d'installations électriques, de chauffage, de ventilation et de climatisation ainsi que les services liés à l'information et la communication.

Plusieurs scénarios de sortie sont étudiés (notamment la possibilité de garder une participation), mais la principale hypothèse de travail est aujourd'hui la vente complète du capital de cette entité à l'horizon 2023.

"Bright est un projet significatif. Je vous confirme qu'il est en bonne voie. Le processus de consultation du personnel a débuté et devrait se terminer à la fin du deuxième trimestre", a indiqué la directrice générale.

"La mise en place d'une gestion indépendante de Bright au sein d'Engie au 1er juillet 2021 est une priorité", précise le groupe dans un communiqué. La phase de marketing devrait débuter dans la foulée avec pour objectif de créer, un nom (Bright étant un nom de code), un logo et une identité propre à cette nouvelle entreprise.

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Commentaires 9
à écrit le 19/05/2021 à 13:20
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La chasse aux subventions est ouverte! Seule stratégie industrielle de ces groupes en cours de "verdissement" (il chasse surtout le profit facile et assuré par la CSPE). Mais quid de la sécurisation des approvisionnements, de l'équilibre production/c...

à écrit le 19/05/2021 à 13:15
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les habitants du plateau des Millevaches remercient tous ces chasseurs de subventions payées par nos impôts, ainsi que de la destruction de notre patrimoine environnemental, et du fait que tous les villages voisins de ces horreurs polluantes se trans...

à écrit le 19/05/2021 à 9:29
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Il va en falloir des milliers d'éoliennes et de champs de panneaux solaires ! Surtout les faire accepter par les populations riveraines. N'ayons aucun doute, l'Etat pondra un "passeport éolien", un "passeport solaire" ...assorti de subventions. Le t...

à écrit le 19/05/2021 à 9:14
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Bien entendu qu'il n'y a pas que les ayatollahs verts qui veulent du solaire et de l'éolien; il y a également tous les petits malins qui guettent avec appétit les énormes subventions qui se profilent à l'horizon pour ces énergies intermittentes qu'il...

à écrit le 19/05/2021 à 8:43
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Notons que le nucléaire est également une énergie renouvelable avec les surgénérateurs, la France était d'ailleurs en bonne place à une certaine époque.

à écrit le 19/05/2021 à 7:55
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"Course folle" : vocabulaire inquiétant...

le 19/05/2021 à 12:44
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C'est bien pour cela que sous la pression des 'verts' et pour quelques voix de plus, Jospin a arrêté Superphénix qui permettait de fermer le cycle du combustible et qui enlevait un argument de poids aux antinucléaires primaires. Tous les filouteries ...

le 19/05/2021 à 12:46
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C'est bien pour cela que sous la pression des 'verts' et pour quelques voix de plus, Jospin a arrêté Superphénix qui permettait de fermer le cycle du combustible et qui enlevait un argument de poids aux antinucléaires primaires. Tous les filouteries ...

à écrit le 18/05/2021 à 21:48
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On ne peut qu'être étonné du silence dans la rubrique commentaire de tous les génies (autoproclamées) qui continuent de penser qu'il n'y a que les ayatollahs verts qui veulent du solaire et de l'éolien...

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