Tarmac Aerosave : quand économie circulaire et aéronautique se donnent la main

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L'arrivée en fin de vie d'une partie des aéronefs aujourd'hui en service aura un impact significatif sur le nombre d'avion retirés du vol chaque année, qui de 500 environ en 2017 devraient passer à un millier dans vingt ans.
L'arrivée en fin de vie d'une partie des aéronefs aujourd'hui en service aura un impact significatif sur le nombre d'avion retirés du vol chaque année, qui de 500 environ en 2017 devraient passer à un millier dans vingt ans. (Crédits : Giulietta Gamberini)
Créée par Airbus, Suez et Safran, cette entreprise allie services de stockage, maintenance et démantèlement d'avions, sur ses deux sites de Tarbes et de Teruel (Espagne). Après dix ans d'existence, elle emploie 200 personnes et réalise 42 millions de chiffre d'affaires.

Airbus n'aurait rien pu faire sans Suez. Et Suez n'aurait rien pu faire sans Airbus. L'une des pépites du secteur aéronautique français, l'entreprise Tarmac Aerosave, qui fêtait la semaine dernière ses 10 ans, est le produit d'une telle collaboration inédite: celle entre le constructeur d'aéronefs européen et l'un des leaders mondiaux de la gestion de l'eau et des déchets, renforcée depuis les débuts par l'expertise en matière de conception et de production de moteurs d'avions de Safran.

En 2005, quand les prémices de l'aventure ont été établies, l'aviation commençait tout juste à se poser une question jusqu'alors prématurée: que faire des appareils qui commençaient tout juste à arriver en fin de vie? C'est un appel d'offres de l'Union européenne (Life Environnement) qui avait incité les deux entreprises, jusqu'alors évoluant dans des univers éloignés, à réunir leurs compétences complémentaires pour adresser ce défi conjointement, autour du projet Pamela (Process for advanced management of end-of-life of aircraft). Deux ans plus tard, le succès de la formule était certifié par l'annonce de la création de Tarmac Aerosave, société réunissant Airbus, Sita et -initialement avec une part minoritaire- Safran autour d'un nouveau métier: la déconstruction d'avions militaires et civils. Avec ses 200 emplois pour 42 millions de chiffre d'affaires, Tarmac Aerosave est aujourd'hui une entreprise en croissance dont le business model exploite pleinement la complémentarité de ses actionnaires fondateurs.

450 avions stockés en 10 ans

Pour compenser le faible retour sur investissement des activités -complexes, mais destinées à la production de déchets- de démantèlement des appareils, dès le début de ses opérations en 2009 la société a en effet choisi d'associer à son offre de solutions de fin de vie des services complémentaires et davantage rentables: notamment le stockage et la maintenance des avions retirés du vol en attente d'un transfert de propriété, à cause d'une baisse des fréquentations, en raison d'un défaut de paiement de l'opérateur etc. En 2017, Tarmac Aerosave en a d'ailleurs fait son activité principale et son fer de lance. Des 450 avions hébergés depuis 2007 -en moyenne pendant six mois-, "la plupart sont maintenus en conditions de vol selon des procédés agréés", explique l'entreprise, dont 80% du chiffre d'affaires provient du stockage et de la maintenance. Elle se targue de posséder la plus grande capacité de stockage en Europe: 250 avions peuvent y trouver leur place sur les deux sites.

Tarmac Aerosave

Un millier de pièces jointes par appareil

Quant au 20% de l'activité consistant dans le démantèlement -qui concerne des avions âgés en moyenne de 21 ans, en majorité encore en mesure de voler mais dont la maintenance est devenue économiquement désavantageuse-, elle implique aussi deux services distincts permettant d'optimiser le business model de l'entreprise. Avant d'être découpé, l'avion est en effet vidé de tous ses équipements -un millier par appareil- susceptibles d'être revendus sur le marché des pièces détachées destinées à la maintenance d'autres appareils: moteurs, boîtiers électroniques, roues, freins, éléments de cabine etc. Complexe car proche techniquement de la maintenance, cette prestation est toutefois précieuse pour les clients de Tarmac Aerosave, "puisque ces pièces détachées représentent 90% de la valeur de l'aéronef démantelé", explique le directeur du développement Pierre Bonnichon. "Inventoriées en temps réel, recertifiées si nécessaire, elles aussi stockées sur place, elles seront revendues directement par le propriétaire de l'avion", précise le directeur technique Grégory Beyneix. Grâce aux synergies développées avec Safran -qui aujourd'hui est actionnaire de l'entreprise pour un tiers comme Airbus et Suez-, dans le site de Tarbes cette offre s'étend désormais à la récupération des moteurs: 85 y ont déjà été recyclés.

125 avions démantelés depuis 2017

Ce n'est donc qu'une fois l'avion complètement vidé que la déconstruction proprement dite commence, et que sa carcasse devient juridiquement un "déchet" appartenant à Tarnac Aerosave, soumise à la législation environnementale et non plus aéronautique. La valeur ajoutée de Tarmac Aerosave par rapport à ses concurrents repose alors essentiellement sur un taux de recyclage de 92%, ainsi que sur l'exemplarité des procédés utilisés, souligne Grégory Beyneix: étanchéité pour capter tout rejet, une machine de découpage à froid par câble diamanté brevetée par l'entreprise, orientation des divers matériaux récupérés (aluminium, plastique etc.) vers des filières de recyclage de proximité -au plus loin en Belgique ou en Italie, assure l'entreprise. En dix ans, 125 avions ont ainsi été déconstruits, dont 75% des Airbus A340 démantelés au monde.

Tarmac Aerosave

Un marché en croissance

Loin d'être concurrentes, ces activités croissent aujourd'hui, et sont destinées à continuer de croître, en parallèle, en dessinant un horizon d'autant plus rose pour Tarmac Aerosave. Alors que Airbus comme Boeing tablent sur un doublement de la flotte mondiale en 2035, les besoins en maintenance et stockage sont eux aussi destinés à augmenter. L'arrivée en fin de vie d'une partie des aéronefs aujourd'hui en service, couplée à la nécessité de réduire la consommation énergétique pour des raisons autant économiques qu'environnementales, aura également un impact significatif sur le nombre d'avion retirés du vol chaque année, qui de 500 environ en 2017 devraient passer à un millier dans vingt ans.

Des projets en Europe et en Asie

Tarmac Aerosave, qui actuellement occupe environ 10% du marché mondial, compte donc surfer la vague. "Nous allons tenter d'aller là où la croissance est la plus forte", assure le président de l'entreprise, Philippe Fournadet, en évoquant notamment l'Asie, mais également divers pays européens. L'entreprise espère aussi étendre la rentabilité de son activité de revalorisation matière en développant notamment la capacité de recycler un matériau à très grande valeur ajoutée: les composites carbone qui, constituant désormais entre 20 et 30% du poids des nouveaux avions, devraient représenter un gisement important dans une vingtaine d'années, avec des débouchées intéressantes notamment dans l'industrie automobile. Un procédé est en train d'être testé par Suez en partenariat avec une startup. En attendant, Tarmac Aerosave continue de se développer en France: à l'occasion de son 10e anniversaire, l'entreprise vient de s'offrir son troisième site: un hangar de 5.000 mètres carrés à l'aéroport de Toulouse-Francazal, qui lui permettra de mieux répondre aux besoins croissants de stockage de la région Midi-Pyrénées, et de porter à 20.000 mètres carrés la surface totale de ses hangars.

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