Hesus Store, quand le numérique se met au service de l'économie circulaire du bâtiment

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La startup à l'origine de la plateforme s'appuie sur les solutions industrielles de ses partenaires: Suez, qui s'occupe de l'éventuelle dépollution de terres, et Cemex, société spécialisée dans la production et a commercialisation de granulats et de bétons, qui prend en charge la gestion des déblais.
La startup à l'origine de la plateforme s'appuie sur les solutions industrielles de ses partenaires: Suez, qui s'occupe de l'éventuelle dépollution de terres, et Cemex, société spécialisée dans la production et a commercialisation de granulats et de bétons, qui prend en charge la gestion des déblais. (Crédits : Augusto Da Silva/Graphix-Images)
En facilitant les échanges entre les entreprises du BTP et l'industrie de la valorisation des ressources, la plateforme vise à simplifier les démarches des chefs de chantier. Un enjeu crucial pour améliorer la gestion des déchets du secteur.

C'est l'un des secteurs clés en matière d'économie circulaire. Plus gros producteur de déchets de France -plus de 70% du total, selon des chiffres publiés par l'Ademe en 2016-, le BTP peine toutefois à atteindre les objectifs fixés par la loi de transition énergétique, à savoir un taux de valorisation de 70% en 2020.

De la quarantaine de millions de tonnes provenant chaque année du seul bâtiment (hors travaux publics), au maximum la moitié (selon les régions) est aujourd'hui recyclée, reconnaît la Fédération française du bâtiment (FFB). Un retard sur lequel la réalité du quotidien des chantiers pèse beaucoup: peu informés des solutions existantes, confrontés à des calendriers serrés, les chefs de chantiers vont au plus simple, au mépris souvent de l'économie circulaire, laquelle pourtant, dans ce secteur, est particulièrement rentable.

Une startup née en 2012, Hesus, se propose de lever ce frein, en tirant un trait d'union entre le secteur du BTP et l'industrie de la valorisation des ressources via sa plateforme numérique, Hesus Store - toute récente évolution de la précédente version nommée Soldating, limitée aux déblais inertes. Utilisable depuis un ordinateur, un smartphone ou une tablette, elle permet de signaler en quelques clics le besoin, soit de se débarrasser d'un déblai (de matériaux et de terres, polluées ou pas), soit d'obtenir un remblai, et ce, en tenant compte du rythme du chantier. Comme un site de rencontres, la plate-forme décèle les correspondances entre les demandes, en ouvrant la possibilité de passer commande et en assurant une réponse dans les 24 heures. Elle fournit également des données concernant la diminution de l'impact carbone engendrée, le taux de valorisation des déchets produits, l'impact des allers-retours des bennes sur les riverains...

Anticipation collaborative

"Nous centralisons l'information afin d'optimiser la gestion du temps des conducteurs de chantiers", souligne Benjamin Draoulec, responsable de Hesus Store. D'une manière plus générale, la plateforme permet l'"anticipation collaborative" sur laquelle se fonde tout projet d'économie circulaire, précise encore Emmanuel Cazeneuve, fondateur et président d'Hesus. La startup s'appuie en effet sur les solutions industrielles de ses partenaires: Suez, qui s'occupe de l'éventuelle dépollution de terres, et Cemex, société spécialisée dans la production et la commercialisation de granulats et de bétons, qui prend en charge la gestion des déblais. Dans le cadre du développement de nouveaux services, imposé et facilité par la révolution digitale, grands groupes et startups ne sont en effet pas en opposition, mais doivent plutôt collaborer dans un même ecosystème, rappelle Philippe Maillard, directeur général recyclage et valorisation de Suez.

Des services complémentaires proposés par la plateforme sont d'ailleurs offerts par d'autres startups, telles que Dashdoc, qui simplifie la phase d'exécution en dématérialisant les lettres de voiture. Et un contrat déjà souscrit avec Bouygues assure gisements et débouchés.

Un changement de culture

Face aux défis que représente la gestion des déchets pour le BTP -notamment en vue des travaux du Grand Paris, le Grand Paris Express à lui seul devant générer plus de 45 millions de tonnes de déblais d'ici à 2030-, un changement de culture plus profond s'impose toutefois, estiment les acteurs du secteur. "Il faut arrêter de parler de déchets et parler de matériaux", souligne Jean Bergouignan, directeur général des activités bétons prêts à l'emploi du Cemex, d'autant plus que l'évolution inévitable vers une "augmentation de la complexité de leur composition" va demander d'intervenir de plus près du chantier pour les caractériser et décider de leur destination, en privilégiant la boucle courte pour réduire les coûts et la nuisance des transports. "Le tri à la source est toujours la solution préférable", convient Philippe Maillard, en prônant l'intérêt y compris économique du recrutement de spécialistes pour aider les chefs de chantier à sa mise en place et à sa gestion.

Autre enjeu fondamental: l'émergence à proximité de véritables filières du recyclage, parfois encore balbutiantes dans ce secteur, souligne Philippe Maillard: "Les utilisateurs de ressources transformées sont parfois rares". L'évolution de la réglementation peut en ce sens jouer un rôle considérable: "Il faut inciter à l'utilisation d'un pourcentage de matériaux recyclés", souligne le directeur général recyclage et valorisation de Suez. "Il vaut mieux mettre un peu de recyclé dans tous les bétons plutôt que beaucoup de recyclé dans peu de bétons", nuance Jean Bergouignan qui, en s'opposant à la création de véritables obligations, considère la réglementation existante "encore trop complexe et trop rigide". "Il vaudrait mieux insérer l'utilisation de matériaux recyclés parmi les critères des marchés publics", ajoute-t-il.

A ses yeux, le jeu en vaut largement la chandelle: dans un pays où l'utilisation des terres fait l'objet de concurrences, l'enjeu de l'économie circulaire dans le BTP est aussi celui de "restituer aux citoyens de la surface", souligne-t-il:

"Des carrières réaménagées, on pourra faire des forêts, des champs, des villes: ce qu'on veut."

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