Terrawatt, cheville ouvrière de l’Alliance solaire internationale

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(Crédits : CATHAL MCNAUGHTON)
Annoncée en décembre 2015 en marge de la COP21 par François Hollande et le Premier ministre indien Modi, l’Alliance solaire internationale (ASI) vient d'être officiellement lancée lors du déplacement officiel d’Emmanuel Macron en Inde. L’association Terrawatt que préside Isabelle Kocher est à la manœuvre.

Annoncée en décembre 2015, officiellement née le 6 décembre 2017 après la ratification de 15 pays (sur 60 ayant signé la convention enregistrée auprès de l'ONU), l'Alliance solaire internationale (ASI) a tenu son sommet de lancement dimanche 11 mars à New Delhi, en présence de 22 chefs d'État et de gouvernement. Ce sera la première organisation internationale à siéger en Inde.

L'ASI a pour objectif de développer financements et technologies afin d'exploiter l'énergie solaire dans les quelque 121 pays situés intégralement ou pour partie entre les tropiques du Capricorne et du Cancer. Des pays pauvres qui concentrent 73% de la population mondiale mais seulement 23% de la capacité en production d'électricité, et où une grande partie de la population n'y a pas accès. Mais aussi des pays qui bénéficient en moyenne d'un ensoleillement de 300 jours par an.

Selon Ségolène Royal, envoyée spéciale de la France pour la mise en oeuvre de l'Alliance solaire, le potentiel solaire de la région serait de 138 gigawatts, soit l'équivalent de 130 réacteurs nucléaires.

À elle seule, l'Inde, dont un quart des 1,3 milliard d'habitants n'a pas accès à l'électricité, prévoit de développer 100 gigawatts de solaire d'ici 2022.

À cette occasion, l'Agence internationale des énergies renouvelables (Irena) a publié avec l'ASI une déclaration commune en vue d'une collaboration approfondie entre les deux organisations.

Passer à l'échelle dans les pays du Sud

« Il s'agit de passer à l'échelle sur les enjeux liés à l'accord de Paris et plus largement aux objectifs de développement durable », détaille Jean-Pascal Pham-Ba, secrétaire général de Terrawatt Initiative. Cette association à but non lucratif présidée par la directrice générale d'Engie, Isabelle Kocher, se donne également pour mission de restructurer le marché du solaire pour l'adapter aux marchés du Sud. Elle était déjà présente à la naissance de l'ASI lors de la COP21 en la personne de Gérard Mestrallet.

Concrètement, l'ASI vise réunir ces pays en développement et les pays développés disposant de technologies dans le solaire, au sein  d'une plateforme commune d'appels d'offres et de garanties destinée à créer un effet de levier propre à mobiliser le secteur privé.

« Pour encourager l'usage de l'énergie solaire, la technologie doit être rendue disponible, a rappelé le Premier ministre indien Narendra Modi. Ressources financières, bas coûts, développement de technologie de stockage, production de masse...Un écosystème est nécessaire à l'innovation. »

« Comme l'a rappelé Emmanuel Macron, c'est une nouvelle organisation de marché qui doit se mettre en place, reposant sur une plateforme et soutenue par un fonds de garantie structuré notamment par la Banque Mondiale et l'AFD », souligne Jean-Pascal Pham-Ba.

"Il y a une énorme utopie, mais cette utopie est réalisable si nous nous mobilisons, si nous aidons des projets concrets sur le terrain, si nous arrivons à changer les esprits et si nous mobilisons aussi les grands acteurs et les grands financements", a affirmé le président français.

L'ASI mise ainsi sur 1.000 milliards de dollars d'ici à 2030, permettant de développer une capacité de production de 1.000 gigawatts (GW).

Risque réduit et aide à la décision

« L'étude que nous avions rendue publique lors de la COP23 montrait que l'effet de levier sur l'argent public investi se situe entre 12 et 15 », rappelle le secrétaire général de Terrawatt.

« Grâce à la plateforme de marché, une méthode réellement révolutionnaire permettant de mettre en contact tous les acteurs et de rassembler des données propres à abaisser le risque pour les acteurs aussi bien privés que publics, l'effet de levier pourrait atteindre des niveaux de l'ordre de 1 à 100 dans un marché extrêmement bien organisé. »

Cette plateforme doit en effet permettre de coordonner les transactions entre parties prenantes de la façon la plus transparente, la moins coûteuse et la plus efficace, synonyme d'un niveau de risque et d'un coût du financement les plus bas possibles.

« Les données qui y seront récoltées concerneront les performances et l'impact des projets (sur la santé, l'éducation, etc.), de façon à servir d'aide à la décision, aussi bien pour les gouvernements que pour les acteurs privés », précise encore le secrétaire général de Terrawatt.

L'Inde a investi 22 millions d'euros pour le fonctionnement de l'Alliance jusqu'en 2021.

La France, qui a tenu sa promesse faite lors de la COP21 d'y investir 300 millions, vient d'annoncer 700 millions supplémentaires versés par l'Agence française de développement d'ici à 2022.

« Nous nous réjouirions qu'une partie au moins des 700 millions d'euros supplémentaires annoncés par Emmanuel Macron vienne soutenir le fonds de garantie, plutôt qu'être utilisé pour des prêts directs à moindre effet de levier », espère Jean-Pascal Pham-Ba.

Un premier deal espéré d'ici à la fin de l'année

Maintenant, « L'Irena et Terrawatt coopèrent pour standardiser les contrats, selon une méthode proche de celle adoptée par la Banque Mondiale avec « Scaling Solar » en Afrique, mais plus simple et en open source », ajoute-t-il.

« Les acteurs des marchés de capitaux doivent également s'entendre sur des standards de titrisation et d'agrégation afin de créer des « asset based securities » (ABS) solaires, des obligations dont le sous-jacent sera des prêts à long terme à des actifs solaires et dont la place de Paris pourrait devenir leader mondial. »

Engie, dont la directrice générale préside Terrawatt et a inauguré lors de ce même voyage présidentiel une centrale solaire de 75 mégawatts développée par sa filiale Solairedirect dans l'Uttar Pradesh, jouit-il d'une position privilégiée ?

« Terrawatt permet de travailler sur le business de demain, et tous les acteurs ont intérêt à ce que ce marché soit le plus important possibletout en créant de la valeur pour tous», répond Jean-Pascal Pham-Ba.

Cela ne peut en tous cas pas nuire au leadership affiché par Isabelle Kocher sur ces sujets.

Quoi qu'il en soit, tous les acteurs peuvent maintenant s'atteler à la tâche. « L'idéal serait de parvenir à un premier deal - un portefeuille entre 500 millions et 1 milliard d'actifs dans une dizaine de pays - d'ici à la COP25 (en décembre 2019, Ndlr) », lâche Jean-Pascal Pham-Ba.

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Commentaires
a écrit le 14/03/2018 à 14:57 :
Terrawatt....nouvelle déesse indienne 😎
a écrit le 14/03/2018 à 13:02 :
esque ca vas dans le BON sens ?,mais il y a deux questions que devrais se posse :/1/ :donnee de l electricite a un pays qui risque un jour de fabrique nos produits moins cher donc un non sens economique /2 VENDRE DES ARMES A UN PAYS QUI MASACRE SONT OPOSITION SURTOUS MUSULMANE /VOIR CANARD ENCHAINE ? ESQUES C EST DE L HUMANITAIRE???DECIDEMENT MACRON CA NE VAS PLUS???
a écrit le 14/03/2018 à 10:47 :
Projet intéressant, espérons que les investisseurs et les institutions suivent.

Ce qui est important ce n’est pas trop l’aspect technico-financier : évaluation du potentiel de productible solaire, dimensionnement, avec un bon logiciel de simulation et une base de stats météo le calcul est à la portée du premier venu et les régions concernées disposent souvent d’un haut niveau d’ensoleillement.
Ni le choix du matériel, ce ne sont ni les fabricants ni les technologies qui manquent et tant que la concurrence et la robotisation continuent à faire chuter les prix, tout va bien.

Il faut bien sur connaitre la granulométrie des projets, si ce sont des microgrids, des sites individuels, de grandes centrales… ce qui renvoie aux niveaux de vie et aux infrastructures réseaux, si elles existent.
L’ensemble sera probablement modélisé dans : « https://ambrogio.terrawatt.org/ », encore au stade de démonstration.
Mais l’essentiel est surtout dans le contexte politico-économique et les garanties ou assurances pour se prémunir des risques. « The Guarantee is the heart of the Mechanism »
Grace au « Common Risk Mitigation Mechanism » (https://crmm.terrawatt.org/)
Lire aussi : https://www.pv-magazine.com/2017/11/14/isa-presents-risk-mitigation-feasibility-study-for-pilot-20-gw-capacity/
Et au delà il s’agit surtout de créer ou d’intervenir sur des eco-systèmes.
« by establishing a sustainable financial eco-system organized around an international Guarantee mechanism implemented by a service Platform »

J’espère que ce changement d’approche et cette forme de démarche globale et en partie mutualiste donnera des résultats. C'est un travail de longue halène et il faut sans cesse "porter la bonne parole" et trouver des solutions.

Ce sont d’ailleurs des sujets sur lesquels l’IRENA travaille depuis longtemps :
A noter leurs actions et études très complètes : http://irena.org/
Ils avaient déjà en 2016 fait un dossier intitulé : « Unlocking Renewable Energy Investment »
Travaillent depuis longtemps sur une approche globale (http://irena.org/globalatlas) et déjà développé ou regroupé beaucoup d’outils sur une plateforme : http://irena.org/marketplace
Ainsi que des statistiques sur les investissements : http://irena.org/financeinvestment
Et comme rien n’empêche l’UE de profiter aussi d’une énergie moins chère, les dossiers récents : IRENA_REmap_EU_2018.pdf
Et l’IRENA_2017_Power_Costs_2018.pdf
a écrit le 14/03/2018 à 8:54 :
Ah ça pour monter des associations et autres instituts pour placer les copains, ils sont forts c'est un fait.

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