Terrawatt, cheville ouvrière de l’Alliance solaire internationale

Macron ouvre une "nouvelle ere" du partenariat avec l'inde
CATHAL MCNAUGHTON

Macron ouvre une "nouvelle ere" du partenariat avec l'inde
CATHAL MCNAUGHTON
Annoncée en décembre 2015, officiellement née le 6 décembre 2017 après la ratification de 15 pays (sur 60 ayant signé la convention enregistrée auprès de l'ONU), l'Alliance solaire internationale (ASI) a tenu son sommet de lancement dimanche 11 mars à New Delhi, en présence de 22 chefs d'État et de gouvernement. Ce sera la première organisation internationale à siéger en Inde.
L'ASI a pour objectif de développer financements et technologies afin d'exploiter l'énergie solaire dans les quelque 121 pays situés intégralement ou pour partie entre les tropiques du Capricorne et du Cancer. Des pays pauvres qui concentrent 73% de la population mondiale mais seulement 23% de la capacité en production d'électricité, et où une grande partie de la population n'y a pas accès. Mais aussi des pays qui bénéficient en moyenne d'un ensoleillement de 300 jours par an.
Selon Ségolène Royal, envoyée spéciale de la France pour la mise en oeuvre de l'Alliance solaire, le potentiel solaire de la région serait de 138 gigawatts, soit l'équivalent de 130 réacteurs nucléaires.
À elle seule, l'Inde, dont un quart des 1,3 milliard d'habitants n'a pas accès à l'électricité, prévoit de développer 100 gigawatts de solaire d'ici 2022.
À cette occasion, l'Agence internationale des énergies renouvelables (Irena) a publié avec l'ASI une déclaration commune en vue d'une collaboration approfondie entre les deux organisations.
« Il s'agit de passer à l'échelle sur les enjeux liés à l'accord de Paris et plus largement aux objectifs de développement durable », détaille Jean-Pascal Pham-Ba, secrétaire général de Terrawatt Initiative. Cette association à but non lucratif présidée par la directrice générale d'Engie, Isabelle Kocher, se donne également pour mission de restructurer le marché du solaire pour l'adapter aux marchés du Sud. Elle était déjà présente à la naissance de l'ASI lors de la COP21 en la personne de Gérard Mestrallet.
Concrètement, l'ASI vise réunir ces pays en développement et les pays développés disposant de technologies dans le solaire, au sein d'une plateforme commune d'appels d'offres et de garanties destinée à créer un effet de levier propre à mobiliser le secteur privé.
Chaque semaine, les enjeux clés de la transition écologique.

« Pour encourager l'usage de l'énergie solaire, la technologie doit être rendue disponible, a rappelé le Premier ministre indien Narendra Modi. Ressources financières, bas coûts, développement de technologie de stockage, production de masse...Un écosystème est nécessaire à l'innovation. »
« Comme l'a rappelé Emmanuel Macron, c'est une nouvelle organisation de marché qui doit se mettre en place, reposant sur une plateforme et soutenue par un fonds de garantie structuré notamment par la Banque Mondiale et l'AFD », souligne Jean-Pascal Pham-Ba.
L'ASI mise ainsi sur 1.000 milliards de dollars d'ici à 2030, permettant de développer une capacité de production de 1.000 gigawatts (GW).
« L'étude que nous avions rendue publique lors de la COP23 montrait que l'effet de levier sur l'argent public investi se situe entre 12 et 15 », rappelle le secrétaire général de Terrawatt.
Cette plateforme doit en effet permettre de coordonner les transactions entre parties prenantes de la façon la plus transparente, la moins coûteuse et la plus efficace, synonyme d'un niveau de risque et d'un coût du financement les plus bas possibles.
« Les données qui y seront récoltées concerneront les performances et l'impact des projets (sur la santé, l'éducation, etc.), de façon à servir d'aide à la décision, aussi bien pour les gouvernements que pour les acteurs privés », précise encore le secrétaire général de Terrawatt.
L'Inde a investi 22 millions d'euros pour le fonctionnement de l'Alliance jusqu'en 2021.
La France, qui a tenu sa promesse faite lors de la COP21 d'y investir 300 millions, vient d'annoncer 700 millions supplémentaires versés par l'Agence française de développement d'ici à 2022.
« Nous nous réjouirions qu'une partie au moins des 700 millions d'euros supplémentaires annoncés par Emmanuel Macron vienne soutenir le fonds de garantie, plutôt qu'être utilisé pour des prêts directs à moindre effet de levier », espère Jean-Pascal Pham-Ba.
Maintenant, « L'Irena et Terrawatt coopèrent pour standardiser les contrats, selon une méthode proche de celle adoptée par la Banque Mondiale avec « Scaling Solar » en Afrique, mais plus simple et en open source », ajoute-t-il.
Engie, dont la directrice générale préside Terrawatt et a inauguré lors de ce même voyage présidentiel une centrale solaire de 75 mégawatts développée par sa filiale Solairedirect dans l'Uttar Pradesh, jouit-il d'une position privilégiée ?
Cela ne peut en tous cas pas nuire au leadership affiché par Isabelle Kocher sur ces sujets.
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Quoi qu'il en soit, tous les acteurs peuvent maintenant s'atteler à la tâche. « L'idéal serait de parvenir à un premier deal - un portefeuille entre 500 millions et 1 milliard d'actifs dans une dizaine de pays - d'ici à la COP25 (en décembre 2019, Ndlr) », lâche Jean-Pascal Pham-Ba.
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