"La forêt française a un fort potentiel inexploité"

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François Letourneux est ingénieur agronome, ingénieur du génie rural des eaux et des forêts. Il préside également la Fête de la nature, événement national et grand public, qui se déroule une fois par an, du 18 au 22 mai cette année.
François Letourneux est ingénieur agronome, ingénieur du génie rural des eaux et des forêts. Il préside également la Fête de la nature, événement national et grand public, qui se déroule une fois par an, du 18 au 22 mai cette année. (Crédits : DR)
La surface forestière française a doublé depuis 1850, faisant de l'Hexagone le 3e pays européen en la matière, derrière la Suède et la Finlande. Une ressource clé pour le pays, dont l'exploitation génère 60 milliards d'euros de chiffre d'affaires et pèse 440.000 emplois. Sans oublier son rôle écologique, rappelle François Letourneux, forestier, ingénieur agronome et président d'honneur de l'Union internationale pour la conservation de la nature, à l'occasion de la Journée mondiale de la forêt.

LA TRIBUNE - Quel poids économique occupe aujourd'hui la forêt française et est-elle compétitive?

François LETOURNEUX - Au vu de la ressource disponible, le potentiel est en tout cas considérable. Mais la filière bois a cependant des faiblesses et n'est pas forcément à la hauteur de la forêt elle-même  [la balance commerciale du secteur étant déficitaire de 6 milliards d'euros, Ndlr]. Il y a notamment en France un déficit d'infrastructures pour la transformation de la matière première. Beaucoup de scieries ont fermé et les performances ne se sont pas améliorées contrairement à nos voisins européens. Par exemple, nous produisons beaucoup de hêtres mais ne le valorisons pas aussi bien qu'en Allemagne. Aujourd'hui nous envoyons notre bois à l'étranger pour qu'il soit transformé... C'est dommageable car si les forêts françaises rapportaient davantage d'argent, nous pourrions le consacrer à ses autres fonctions, dont la fonction écologique, par exemple le maintien de la ressource en eau et la sauvegarde de la biodiversité.

     | Lire aussi : Construction, la filière bois en quête de crédibilité

Quels sont les principaux débouchés en France pour cette filière et leurs perspectives?

Pour ce qui est de la fonction de production, le bois est valorisé en bois d'oeuvre, dans la construction, la charpente et la menuiserie. C'est l'usage le plus noble, celui qui stocke le plus de carbone et qui a la plus forte valeur ajoutée. Il est transformé en fibres, par exemple pour la fabrication du papier ou de panneaux de particules, et il est utilisé, en bois-énergie, pour le chauffage. Cette dernière filière connaît une forte progression. Avec cet essor, il faut veiller à ne pas créer de déséquilibre en surexploitant des matériaux -certains arbres- qui contribuent à la richesse de la forêt. On peut craindre de voir réémerger la "monoculture", d'une seule essence, comme cela se fait en agriculture. Il faut donc faire très attention à bien ménager l'ensemble des fonctions que remplit la forêt, dans le développement des filières existantes comme dans l'émergence de nouvelles filières, comme la production de biomasse. Il y a la production, mais aussi l'écologie, et l'accueil touristique, qui participe à l'attrait économique de notre pays et de certaines régions françaises. 

Alors que l'Assemblée nationale vient de plancher sur la loi Biodiversité, quel intérêt représente la forêt dans la protection des écosystèmes et la lutte contre le changement climatique?

Son rôle est considérable. Elle fait d'abord office de puits de carbone et réduit donc l'impact des émissions de gaz à effet de serre. La forêt retient également des quantités d'eau dans ses sols, au lieu de les laisser se déverser vers la mer. Et l'utilisation du bois plutôt que d'un autre matériaux dans la construction permet aussi de stocker du carbone dans les bâtiments. Le fait d'avoir été moins exploitée que les sols agricoles a permis de la préserver. La forêt est aujourd'hui un support de biodiversité irremplaçable et utile à l'agriculture française. Son exploitation doit donc être maîtrisée. Un deuxième risque existe aujourd'hui quant à l'abandon de surfaces agricoles et le développement de friches. Il y a avec cela un certain gaspillage du patrimoine et des ressources françaises. En somme, il faudra que des activités comme l'agriculture continuent d'entretenir le paysage tout en gardant une gestion de qualité de nos forêts.

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Commentaires
a écrit le 23/03/2016 à 22:14 :
S'est claire, mais comment expliquer que acheter du bois au Canada , coûte moins chère que du bois français.... Ne me parler pas du prix du travail, au Canada il ne travaille pas gratuitement et en plus il y a le transport.... Même lors de la grande tempête , s'était chère...
a écrit le 22/03/2016 à 13:05 :
Comme tout ingenieur beaucoup de blabla on voit qu il n y connait rien !!! La vente des bois se fait a un niveau si faible que personne ne gagne d argent !!! Il faut tout de meme reconnaitre la tres grande meconnaissance de ces gens de ce qui permet a l Allemagne ( encore ELLE ) de viabiliser le bois !!! Demandez et vous saurez a moins que cela ne soit indifferent a tout le monde
a écrit le 22/03/2016 à 12:24 :
C'est un investissement correct est parfois moins risqué que certaines actions bancaires... Côté sécurité : un toit sur la tête et quelques cordes de bois de son propre bois, permettent de voir l'avenir sous un angle plus sécurisé qu'un compte un banque avec quelques billets qui ne sont tout au plus qu'une ligne de créance sur ladite banque.

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