Veolia ouvre la première unité européenne de recyclage de panneaux solaires

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Le spécialiste des déchets français a présenté lundi 25 juin la première ligne de traitement européenne exclusivement consacrée au recyclage des panneaux photovoltaïques, installée à Rousset (Bouches-du-Rhône).
Le spécialiste des déchets français a présenté lundi 25 juin la première ligne de traitement européenne exclusivement consacrée au recyclage des panneaux photovoltaïques, installée à Rousset (Bouches-du-Rhône). (Crédits : © Regis Duvignau / Reuters)
Installée dans l'une des cinq usines françaises de traitement des déchets électriques et électroniques du groupe, l'unité doit recycler 1.300 tonnes en 2018 et jusqu'à 3.000 en 2021. L'objectif est de tester un nouveau procédé de traitement en vue du pic de ce type de déchets prévu dans 5-10 ans. Et d'ainsi se positionner comme leader du secteur en France comme à l'international.

De nombreux observateurs en sont convaincus : l'énergie du futur sera renouvelable. Mais un point noir gâche encore le tableau des avantages écologiques découlant de cette transition énergétique : l'incertitude quant à la fin de vie des éoliennes et des panneaux solaires. Or, Veolia vient de franchir un premier pas pour la lever. Le spécialiste des déchets français a présenté lundi 25 juin à la presse la première ligne de traitement européenne exclusivement consacrée au recyclage des panneaux photovoltaïques, installée à Rousset (Bouches-du-Rhône), dans l'une de ses cinq usines de traitement des déchets électriques et électroniques (DEEE).

Aujourd'hui, ces déchets manquent en effet d'un processus de recyclage dédié. L'éco-organisme en charge de leur collecte et de leur recyclage, PV-Cycle, n'a été agréé qu'en 2014, et jusqu'à 2015 il envoyait encore les panneaux chez un verrier en Belgique, explique son directeur général, Nicolas Defrenne. Une situation qui s'explique par des quantités de déchets encore très limités, bien qu'en progression rapide : 2.450 tonnes collectées en 2017 (contre 366 en 2015), essentiellement issus d'accidents pendant la production ou l'exploitation. Mais qui implique le risque d'un grave gaspillage de ressources dans l'avenir : notamment dans une dizaine d'années, lorsque selon Xavier Daval, Pdg de la société de conseil dans le domaine des énergies renouvelables kiloWattsol, la quantité de déchets collectés devrait atteindre les 60.000 tonnes, en tenant compte de la taille actuelle (8GW) du parc français, de son âge moyen et de la durée de vie des panneaux, qui en 20 ans perdent 15% de leurs capacités. Sans compter que la France mise sur un parc de plus de 20 GW en 2023...

Verre, silicium, plastique et métaux

C'est justement ce potentiel qui a poussé Veolia à investir un million d'euros dans la création d'une ligne de recyclage dédiée, qui doit permettre de traiter l'intégralité des panneaux à base de silicium cristallin, à savoir 90% du parc français, tout en améliorant la qualité des matières premières obtenues, donc leur valeur comme leurs taux d'incorporation. La première étape du processus permet notamment de séparer le cadre en aluminium, l'un des métaux les plus rentables sur le marché des matières premières recyclées, et qui constitue plus de 10% du poids des panneaux. Sont ensuite récupérés les câbles et le boîtier électrique, réorientés vers les autres lignes de traitement des DEEE de Veolia, afin surtout d'en valoriser le cuivre, qui bénéficie lui aussi d'un marché très mature.

Mais la principale innovation consiste dans une machine, développée pour le groupe français par l'entreprise italienne La mia energia, qui, après avoir coupé le panneau en plaquettes, permet par un procédé purement mécanique (série de broyages et de fluidifications) d'en séparer les divers matériaux : le verre bien sûr, mais aussi du silicium pur à 70%, ainsi qu'encore du plastique et des métaux. 92% des panneaux est ainsi transformé en matières premières recyclées, et 3% (du plastique) en CSR destiné à alimenter en énergie des cimenteries. Seulement 5% finit donc par être purement éliminé.

Optimiser le procédé

L'appel d'offres passé l'an dernier par PV Cycle pour le traitement pendant quatre ans des panneaux à base de silicium cristallin, remporté par Veolia, doit permettre au recycleur français - qui facture à l'éco-organisme une prestation de service, lui achète la matière et se rémunère sur sa revente - d'amortir l'investissement en moins d'une année. Si, au départ, la capacité de traitement se limite à 1.300 tonnes, elle doit augmenter de 30%-40% par an, jusqu'à 3.000 tonnes en 2021, ce qui devrait permettre pendant la durée du contrat de traiter l'intégralité des panneaux de la filière cristalline en fin de vie.

Mais l'objectif du groupe français est surtout de profiter de cette période de transition pour optimiser le procédé et perfectionner les filières de valorisation, afin de s'imposer comme leader lors du pic du marché prévu dans 5-10 ans, explique Gilles Carsuzaa, directeur général de Triade électronique, la filiale nationale de Veolia dédiée aux DEEE.

Une ambition internationale

Ainsi, Veolia travaille avec Saint-Gobain pour améliorer progressivement la pureté du verre recyclé, dans l'espoir de pouvoir finalement l'employer dans la production de panneaux solaires. Il envoie le silicium à des laboratoires qui mènent des programmes de recherche et développement pour en explorer les meilleures utilisations possibles. Il se penche sur comment récupérer les quelques microns d'argent présents dans les cellules photovoltaïques. Et il envisage un partenariat de long terme avec La mia energia, afin de développer la machine en fonction des évolutions des panneaux. "Nous menons plusieurs programmes de R&D en parallèle, afin de comparer toutes les technologies et les procédés utilisés au monde", ajoute le DG de Triade électronique, citant en exemple un processus japonais permettant une meilleure valorisation des panneaux intacts.

Ce n'est, en effet, pas seulement le marché français à intéresser Veolia, mais celui mondial, où des centaines de milliers de tonnes de panneaux vont progressivement arriver en fin de vie, et que le cabinet Grand View Research a évalué à près de 385 millions de dollars en 2025 (contre 63,8 millions en 2016). Gilles Carsuzaa le confirme : la "réplicabilité du process dans d'autres géographies" est en effet l'une des raisons clés de l'investissement.

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Commentaires
a écrit le 28/06/2018 à 0:01 :
Voilà qui peut permettre de faire des panneaux reconditionnés.
a écrit le 27/06/2018 à 16:55 :
Du coup on peut à présent enfin avoir le bilan énergétique des panneaux photovoltaïques ou bien cela restera-t-il un secret défense?
a écrit le 27/06/2018 à 13:05 :
Article qui permet de rappeler qu'il n'y a pas de metaux lourds ni terres rares dans un panneaux photovoltaique au silicium contrairement à ce qu'affirme le pitre Pitron pour faire du buzz et vendre son livre.
a écrit le 27/06/2018 à 11:07 :
C'est très bien et de toute manière je crois que le recyclage des modules fait partie des obligations dans le cadre des appels à projets.

Par contre, pour la rentabilité et d'optimisation, je m'interroge sur les volumes et sur l’intérêt d'une filière spécifique vu le peu de PV installé. Après tout ce n'est que du semi-conducteur avec beaucoup de verre et il faudrait comparer les 60 000 tonnes aux 50 millions de tonnes par an de déchets électroniques à recycler au niveau mondial. Ce qui en France doit représenter plus de 1 million de tonnes de déchets électroniques à recycler par an, à terme. Chiffre à confirmer ? on a d'un côté les volumes commercialisés (1.7 Millions de tonnes de DEEE) et de l'autre ce qui est recyclé, une proportion encore faible.
http://www.ademe.fr/sites/default/files/assets/documents/registre-eee-donnees-2016-201711-synthese.pdf

Cela reste une bonne initiative puisqu'il parait qu'à terme on va manquer de sable, par contre on ne risque pas de manquer de plastique.
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