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Recyclage : comment la startup Yoyo veut aider les villes à rattraper leur retard

Photo de Giulietta Gamberini

Giulietta Gamberini

Publié le 24 avril 2018 à 16:41 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 01:03

Bouteilles en plastique

Bouteilles en plastique

Reuters

Le Quotidien Numérique

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Née en 2017, Yoyo s'attaque aux bouteilles en plastique, facilement recyclables mais encore très mal triées dans les centres urbains les plus denses. Elle propose aux collectivités locales une solution complémentaire aux bacs de collecte séparée, fondée sur l'incitation et la pédagogie.

L'écart traduit l'un des pires échecs de l'économie circulaire en France. Alors qu'elles sont constituées de PET, plastique qui figure parmi les polymères les plus facilement recyclables du point de vue technique, moins de 55% des bouteilles de boissons mises sur le marché en France sont triées, contre plus de 90% dans les pays nordiques. Dans les villes, ce taux déjà globalement insuffisant devient catastrophique : seule une bouteille sur dix finit dans la poubelle du tri, reconnaît l'éco-organisme en charge des emballages ménagers, Citeo. Un retard qui rend difficilement atteignable l'objectif fixé par Emmanuel Macron de recycler 100% du plastique en 2025, et que la feuille de route de l'économie circulaire, publiée par le gouvernement lundi 23 avril, espère donc contribuer à corriger, notamment via la création d'un dispositif spécifique de "consigne solidaire".

Depuis un an, une toute jeune startup, Yoyo, se consacre à cette même mission : améliorer le recyclage des bouteilles en plastique en ville. Créée en 2017 par l'ancien directeur général de Citeo justement (qui à l'époque s'appelait Eco-emballages), Éric Brac de La Perrière, elle est née du désir de ce dernier "d'agir plus vite", en contournant l'inertie des entreprises "dont peu vont plus loin du simple paiement d'une éco-taxe". Elle se fonde sur une conviction issue de l'expérience de ce dernier : la nécessité de raccourcir les temps et les circuits séparant les consommateurs du recyclage, afin d'en optimiser les coûts, mais aussi l'impact environnemental.

Humains et récompenses

Yoyo se pose ainsi explicitement en intermédiaire entre les consommateurs et les collectivités locales, auxquelles elle vend ses prestations, et promet d'affiner le maillage territorial et l'efficacité du tri. Pour ce faire, elle se fonde sur un réseau de "coachs" locaux : gardiens d'immeubles, responsables de magasins, simples citoyens qui forment leurs voisins, leurs remettent de grands sacs de tri et collectent ces derniers une fois qu'ils sont remplis. Un système "fondé sur l'humain" qui selon Éric Brac de La Perrière présenterait un important avantage par rapport aux machines d'apport volontaire : la création d'un sentiment d'inclusion et de "communautés de l'écologie positive" aux vertus pédagogiques.

L'incitation à la collecte est encore renforcée par un système de récompenses. Le trieur comme le coach sont crédités à chaque apport et peuvent convertir les points gagnés en avantages en nature : réductions sur des produits ou services, places de concerts ou de cinéma, cours de sport, etc.

"On dit souvent aux consommateurs qu'il y a de l'or dans leurs poubelles, mais pour qui ? Là, ils en profitent",explique le fondateur de Yoyo.

Un pari rentable pour les villes "au bout de deux ans"

Le "prérequis du recyclage local en circuit court" continue d'opérer après la collecte effectuée par les coachs. Le choix de récupérer seulement des bouteilles en plastique permet en effet de réduire au maximum les erreurs, en dessous de 1%, et donc d'éviter l'étape et les coûts des centres de tri. Les déchets partent donc directement via La Poste, dans des centres de recyclage, choisis en fonction de leur proximité. Une dimension territoriale qui, selon Éric Brac de La Perrière, faciliterait l'engagement : grâce à un numéro inscrit sur les sacs, chaque trieur peut d'ailleurs suivre le chemin de "ses" bouteilles jusqu'à leur transformation en matière première recyclée.

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Les recettes de la vente des déchets aux recycleurs, comme les subventions reçues par Citeo, sont reversées aux collectivités locales qui, "au bout de deux ans", peuvent retrouver un "revenu positif", assure Yoyo : l'augmentation des volumes de plastique collecté et donc revendu permettrait en effet de couvrir les coûts de la prestation payée à la startup, dont l'objectif est justement de créer, progressivement, un "effet domino". Sans compter que les déchets collectés, n'étant plus enfouis ou incinérés, permettent aussi de réduire les montants de la taxe générale sur les activités polluantes (TGAP) payée à l'État par les collectivités : une autre conséquence financièrement positive que la feuille de route sur l'économie circulaire devrait renforcer, puisqu'elle a promis de hausser la TGAP, en contrepartie d'une baisse de la TVA due sur les activités de collecte séparée.

Dix villes "quartier par quartier"

Grâce à ce modèle, Yoyo a déjà réussi à convaincre les villes de Lyon et de Bordeaux, qui ont fait appel à son aide pour les quartiers "où le tri était le plus difficile". Les résultats ont permis de valider la preuve de concept, selon Éric Brac de La Perrière : 20 tonnes de bouteilles ont été collectées, les taux de recyclage ont plus que doublé, et les pires recycleurs selon les sondages, à savoir les jeunes entre 18 et 35 ans, ont largement participé à l'expérience.

L'objectif est maintenant de conquérir, "quartier par quartier", une dizaine d'autres villes en une année : en commençant par Mulhouse ce printemps puis, après l'été, la banlieue Ouest et Nord de Paris (Asnières, Clichy, Saint-Ouen). À plus long terme, la startup compte également développer "d'autres verticales", en collectant aussi "d'autres types de plastique" mal recyclé. Elle souhaite également développer son activité hors-foyer, déjà entamée dans les hôtels de son partenaire Accor.

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Yoyo, qui compte aujourd'hui une douzaine de salariés, parie notamment sur "l'appel d'air et la libération des initiatives créés par la feuille de route sur l'économie circulaire, qui permettra aux villes volontaristes un meilleur accès aux financements et une plus grande visibilité". Elle insiste toutefois sur le besoin de chiffres : des "indicateurs urbains partagés et robustes", nécessaires afin que "des opérateurs privés puissent proposer des solutions".

Giulietta Gamberini

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