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ClimatEnergie & Environnement

Excelrise : quand le recyclage des films plastiques devient "facile"

Photo de Giulietta Gamberini

Giulietta Gamberini

Publié le 17 avril 2018 à 15:59 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 01:04

Film d'emballage

Film d'emballage

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Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

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Cette entreprise, qui produit 50.000 tonnes d'emballages souples par an, a fait le choix de se lancer dans une deuxième activité: le recyclage des films en plastique, afin de remplacer une partie de la matière première vierge qu'elle emploie. 8.000 tonnes de films ont déjà été collectées et transformées. À l'horizon 2050, l'objectif est d'utiliser 80% de matière recyclée.

Promise pour la fin du mois de mars, et toujours attendue, la feuille de route sur l'économie circulaire élaborée par le gouvernement depuis l'automne devrait réserver une place particulière au pire élève de l'industrie du recyclage: le plastique, dont 5 millions de tonnes sont consommées chaque année en France et moins de 25% recyclées. Elle devrait notamment contenir des mesures visant à inciter à une plus grande incorporation de matière recyclée dans les produits mis sur le marché, afin de lever le principal obstacle qui s'oppose au recyclage de certains polymères: celui économique, les coûts de traitement étant souvent trop élevés par rapport à des débouchés insuffisants voire inexistants.

À cette impasse -aggravée par le récent durcissement des règles d'importation de matières secondaires recyclées en Chine- est notamment confronté le polyéthylène, principalement utilisé dans les films plastiques, qui représente 20% du plastique européen et français. En France, 20.000 tonnes seraient recyclées chaque année, et le plus souvent pour être transformées en matériaux de valeur inférieure (plastiques utilisés pour fabriquer des sacs-poubelle ou des tuyaux d'arrosage par exemple). Pourtant, une entreprise du secteur, Excelrise, qui chaque année produit quelque 50.000 tonnes de films en polyéthylène destinés à emballer des produits aussi divers que des boissons, des produits d'hygiène, des palettes ou des matelas teste une solution, afin de prouver la possibilité de construire une véritable filière "où le film une fois recyclé est utilisé de la même manière voir pour une application de plus grande qualité".

Tri à la source et intégration verticale

Le groupe -qui emploie 350 personnes et réalise un chiffre d'affaires annuel de 112 millions d'euros- a en effet fait le choix de développer une nouvelle activité à côté de celle traditionnelle d'emballage: la collecte des films plastique, leur transformation en matière première recyclée et son utilisation à la place de la matière première d'origine fossile pour la production de nouveaux emballages souples. "L'objectif est de réduire le bilan carbone de l'entreprise, mais également de devancer des changements de la réglementation comme une demande des clients", explique le Président d'Excelrise, Arthur Lepage. Porté par une nouvelle filiale dédiée, XL Recycling, l'objectif du projet, dénommé "Reborn Plastics", est ambitieux: utiliser 80% de matière recyclée en 2025 -année dans laquelle le gouvernement d'Emmanuel Macron a pour sa part promis d'atteindre un taux de recyclage de l'ensemble du plastique de 100%.

Pour ce faire de manière rentable, Excelrise mise sur ce qu'elle considère comme la clé tant de la maîtrise des frais que de la qualité du produit final: le tri à la source. "Dès qu'on mélange des matières, on perd en valeur et on décuple les coûts de traitement", résume Arthur Lepage. Elle se concentre notamment sur les gisements industriels et commerciaux, "plus faciles à capter à la source" que ceux ménagers, bien que quasi-équivalents en volumes. Convaincue que cela "permet une meilleure compréhension de la filière" en contribuant à la qualité, Excelrise parie aussi sur "une intégration ou collaboration verticale depuis la collecte à la production du produit plastique".

"La transformation de ce gisement local est facile"

L'entreprise achète donc le polyéthylène trié à ses clients ainsi qu'à de grands distributeurs, pour qui "le déchet passe ainsi d'un poste coût à un poste profit", souligne Arthur Lepage. Ensuite, "la transformation de ce gisement local est facile", estime-t-il: lavage(sous-traité), broyage, réutilisation. ExcelRise a néanmoins dû investir environ un million d'euros en deux ans pour la création d'un laboratoire de recherche et développement qui étudie les éventuelles différences des films collectés et perfectionne les formules de mélange de la matière secondaire, ainsi que pour l'achat de machines de granulation. Mais le poste matières premières vierges de l'entreprise, de 60 millions d'euros par an, "peut être alloué vers des dépenses de revalorisation et caractérisation des matières secondaires", précise le président. 8.000 tonnes de films ont déjà ainsi été recyclées et réintégrées à très haute teneur dans des films plastiques, ensuite revendus.

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Un marché "mal éduqué"

Arthur Lepage en est en effet convaincu: 50% du gisement de plastique français (PET, PE, PP) est déjà "facilement recyclable en produits à valeur ajoutée au moins équivalente", et dès lors que la qualité et la traçabilité de la matière secondaire recyclée seront assurées, la demande ne manquera pas. Les difficultés du recyclage du plastique viendraient plutôt d'un "marché mal éduqué", voire "perturbé par les collecteurs historiques, qui n'incitent pas encore ni au tri à la source ni au recyclage". "En favorisant les mélanges (...)", "les acteurs historiques ont instauré une perte de la valeur des déchets et un décuplement du coût de leur traitement. (...) Les industriels et commerces ont été habitués à mélanger et à payer pour se séparer de leurs déchets", explique-t-il dans une tribune.

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ExcelRise plaide ainsi pour un renforcement des contrôles du "décret 5 flux", qui impose le tri à la source aux industriels, assorti d'une nouvelle obligation de séparation de ces déchets. Elle se dit aussi favorable à une interdiction de la mise en décharge des plastiques et déchets à haut pouvoir calorifique, à une modulation de l'éco-contribution payée par les metteurs sur le marché d'emballage en fonction de l'incorporation de matière recyclée et à l'affichage du taux de matière recyclée utilisé. Le producteur d'emballages souples le rappelle en effet à ses concurrents et à ses clients: face aux fléaux du réchauffement climatique et de la pollution, le risque qu'à terme le plastique soit banni "malgré ses atouts" ne relève plus de la science-fiction... "c'est donc dans l'intérêt de l'industrie de trouver les solutions pour le recycler".

Giulietta Gamberini

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