Veolia/Suez : Bruno Le Maire veut éviter "la précipitation"

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(Crédits : POOL)
Après avoir reçu la direction de Suez à Bercy, le ministre de l'Economie choisit finalement de temporiser, tandis que Jean Castex avait apporté son soutien au rapprochement entre les deux géants de l'énergie.

L'Etat "refusera la précipitation" pour prendre position dans la lutte qui oppose Veolia et Suez, le premier souhaitant racheter le second pour créer un champion mondial du secteur, a prévenu jeudi le ministre de l'Economie Bruno Le Maire.

"L'Etat, dans cette affaire, n'a fait aucun choix. (...) L'Etat refusera la précipitation parce que quand il y a des dizaines de milliers d'emplois qui sont en jeu, on ne se précipite pas", a déclaré M. Le Maire sur Cnews, alors que Veolia a donné jusqu'à fin septembre à Engie, dont l'Etat est l'actionnaire de référence, pour répondre à son offre de rachat de sa participation de 29,9% dans Suez pour 2,9 milliards d'euros.

Pour rappel, l'Etat est actionnaire de référence d'Engie. Il a donc prévenu qu'il serait vigilant sur l'emploi, "l'empreinte industrielle française", et le prix de l'opération.

Ses déclarations font suite à l'entrevue qui a eu lieu en fin de journée la veille, entre Bruno Le Maire et le président de Suez Philippe Varin et son directeur général Bertrand Camus.

De fait, Suez, par le biais de la direction, mène une fronde depuis le déclenchement de l'offre. Mercredi, le groupe annonçait une accélération de son plan de développement qui vise, précisément, à détrôner son vieux rival de sa place de numéro un mondial de l'eau et des déchets.

>> VOIR - Qui sont les géants de l'eau dans le monde ?

Engie, le vendeur estime que le compte n'y est pas, mais il a jusqu'à fin septembre seulement pour répondre. La direction de Suez s'est donc lancée dans une course pour monter un projet alternatif avec des partenaires investisseurs et pour gagner une âpre bataille d'influence.

"Nous examinerons toutes les propositions avec impartialité et attention, en prenant le temps nécessaire. Aucun choix n'est arrêté", a déclaré M. Le Maire dans un entretien aux Echos.

Rien n'avait filtré de la rencontre en milieu de soirée. Les deux dirigeants de Suez, qui dénoncent les risques d'une OPA "funeste" notamment en termes d'emploi, devaient aussi réexpliquer le projet industriel qu'ils portent depuis un an, selon une source proche du dossier.

Le groupe a ainsi annoncé mercredi être en négociations avec l'allemand Schwarz, pour lui céder des activités de recyclage (hors plastiques et déchets dangereux) pour 1,1 milliard d'euros, dans le cadre de sa stratégie de développement annoncée fin 2019.

La stratégie de Suez à horizon 2030 vise à concentrer son activité sur des domaines à haute valeur ajoutée.

Lire aussi : Recyclage: Suez cède des activités pour 1,1 milliard à PreZero (l'insatiable Schwarz qui s'étend en Europe)

D'autres chevaliers blancs pour Suez ?

Dans le même temps, un aréopage de juristes et banquiers (Goldman Sachs, Société Générale, Rothschild, JP Morgan...) entoure les préparatifs de contre-offre. De l'avis d'analystes financiers, trouver un seul chevalier blanc sur ce secteur n'est pas simple. Mais pourquoi pas plusieurs.

Plusieurs noms reviennent. Ainsi le fonds français d'investissement Antin, qui suit "de près" la situation, selon une source proche de cet acteur spécialisé dans l'eau et les infrastructures. "Antin a les moyens financiers pour être un acteur majeur de ce dossier", affirme cette source.

En revanche Axa, dont le nom est apparu dans la presse, ne fait pas partie du projet, selon une source proche.

"Nous regardons avec un souci d'équité l'offre de Veolia ou les autres offres qui pourraient venir", a affirmé M. Le Maire, ajoutant qu'"il ne doit pas y avoir un vainqueur et un vaincu".

Le groupe compte 90.000 salariés dans le monde, dont 30.000 en France. Si son OPA aboutit, Veolia a prévu de revendre la branche eau de Suez en France au fonds Meridiam, assurant que l'emploi serait préservé.

Quels investisseurs pour l'activité France ?

L'affaire est sensible. Aux Echos, le patron de Méridiam, Thierry Déau, assure que le principal investisseur du projet sera français, "certainement" CNP Assurances.

Dans un communiqué, CNP, qui "travaille avec Meridiam depuis de nombreuses années", assure en tout cas n'être "partie prenante d'aucune discussion pour ce qui concerne le projet de cession des parts d'Engie dans le capital de Suez".

Les principaux protagonistes auront l'occasion de s'expliquer de nouveau, publiquement, le 23 septembre, à l'Assemblée nationale devant les députés de la Commission des Finances.

Les syndicats de Suez appellent à une nouvelle journée d'action contre ce projet le 22 septembre. Le comité social et économique a voté mardi le lancement d'un droit d'alerte économique.

Lire aussi : Offre de Veolia: le président de Suez alerte sur "la menace de pertes d'emplois"

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Commentaires
a écrit le 17/09/2020 à 11:42 :
Engie/Suez a pour actionnaire principal l'Etat . c'est Macron qui décide qui dirige et donc qui fait quoi et comment . Véolia dirigée par Frérot veut faire une OPA sur Suez sans doute avec la bénédiction de Macron , alors on amuse la galerie avec une parodie de résistance des dirigeants de Suez . Ce n'est qu'une hypothèse , la suite des évènements l'infirmera ou le confirmera .
il est possible qu'il y ait une élection très importante dans quelques mois .
a écrit le 17/09/2020 à 9:50 :
C'est assez simple de faire bien, si c'est une fusion seulement pour un but financier et donc dans le seul intérêt de remplir les paradis fiscaux de ses actionnaires c'est la chute de l'entreprise à terme.

SI par contre il y a une réelle logique stratégique industrielle et commerciale c'est une bonne fusion mais bon vu que en UE ils sont ravagés par leur cupidité il vaut mieux lire et examiner les dossiers avant de laisser les hurluberlus continuer de décider pour le pire de tous.

Alors même si c'est une initiative excellente, il est quand même hallucinant que ce soit à un ministre de conseiller LVMH de ne pas acheter Tiffany, on se demande vraiment bien ce qu'ils ont dans la tête nos financiers ! Rien, ben oui c'est bien ça le problème mais qui coûte lui véritablement un pognon de dingue.

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