Clients disparus, bailleurs inflexibles, charges... les hôteliers entre détresse et sentiment d'abandon
Rebecca Frasquet, AFP

Photo d'illustration
Philippe Wojazer
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À la tête d'hôtels familiaux, Caroline et Camille alertent sur une crise inédite qui va emporter nombre d'indépendants.
Le 17 mars, commençait le confinement. Caroline Antoun, propriétaire avec son père Georges et sa sœur Camille du groupe New Hotel, qui compte huit établissements, explique à l'AFP comment ça s'est passé:
Né d'une pension de famille marseillaise transformée en hôtel, le groupe a fêté son demi-siècle d'existence en 2018 et compte 500 chambres, dans des 3 et 4 étoiles "de luxe, mais abordables", chics et chaleureux, à Marseille, Paris et Bruxelles.
Ces dernières années, le fondateur, Georges Antoun, avait confié la modernisation à Camille, graphiste diplômée de l'école Penninghen, entrée dans le groupe en 2015 après dix ans chez Nina Ricci, tandis que Caroline, diplômée en droit et en commerce, assumait la gestion et l'exploitation depuis 2008.
Une transmission en douceur, d'un groupe en bonne santé financière de 138 salariés et 18 millions d'euros de chiffre d'affaires, que la pandémie est venue bouleverser: car si les hôtels, à la différence des restaurants et commerces "non essentiels", n'ont pas été contraints à une fermeture administrative, dans les faits ils ont cessé l'activité, faute de clients.
Pire: les espoirs pour l'automne ont fait long feu: l'activité n'a pas redémarré en septembre, la situation sanitaire s'est dégradée et les spécialistes n'attendent pas un retour à la normale... avant 2023.
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Face à cette situation dramatique, moins médiatisée que celle des restaurateurs, Camille a rédigé une tribune pour "faire part de la détresse et du sentiment d'abandon" des hôteliers.
Car après avoir fermé de mars à juin, les hôtels sont pris en étau entre la "baisse drastique de l'activité touristique, l'annulation des événements d'affaires, sportifs et culturels, et l'absence de perspectives d'amélioration de la situation".
Et si le chômage partiel a permis de sauvegarder les emplois et les PGE, de "supporter les pertes des premiers mois", le secteur "ne pourra pas supporter cette crise économique longtemps": les charges fixes s'accumulent, faisant gonfler la dette.
À lui seul, le loyer "pourrait bien achever plus d'un hôtel si rien n'est fait de la part des propriétaires, des foncières ou de l'État pour annuler ou réduire la note".
Les bailleurs se montrent souvent inflexibles. Comme bien des indépendants, le New Hotel a pris un avocat pour tenter de trouver un terrain d'entente: le loyer représente désormais 80% des charges fixes des hôtels fermés, contre 15% du chiffre d'affaires en temps normal.
Or sur les cinq hôtels parisiens du groupe, seul le New Hotel Roblin a rouvert en septembre "après avoir été fermé jusqu'au 31 août, faute de réservations". Malgré un bel emplacement, place de la Madeleine, il fonctionne à perte, avec un taux d'occupation tombé à 18% contre 95% en 2019 et un prix moyen des chambres à 126 euros, contre 270 euros.
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Jeudi soir, le ministre de l'Économie Bruno Le Maire a annoncé un accès au Fonds de solidarité élargi aux entreprises jusqu'à 50 salariés, contre 20 jusqu'ici, et à 31 nouvelles activités dont des fournisseurs des hôteliers comme les fleuristes ou les blanchisseurs.
"Le gouvernement tient enfin compte de l'impact de nos difficultés sur toute une chaîne de métiers", commente Caroline. New Hotel fait travailler 500 fournisseurs à lui seul.
"Mais il n'y a pas eu d'annonces sur les points les plus sensibles pour nous", déplore-t-elle. "Comment ne pas licencier dans quelques mois dans ces conditions ?"
Rebecca Frasquet, AFP
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