Air France gardera "La Navette" malgré l'arrivée de Transavia sur le domestique

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(Crédits : Charles Platiau)
Au cours d'une visioconférence avec les salariés de Transavia, Ben Smith et Anne Rigail, respectivement directeur général d'Air France-KLM et directrice générale d'Air France, ont détaillé leur vision du développement de la filiale low-cost Transavia sur le réseau domestique pour enrayer les pertes chroniques sur cette partie du réseau aujourd'hui opérée par Air France et HOP. En cas d'arrivée de Transavia sur les vols intérieurs, Air France gardera la main sur "La Navette" reliant Orly à "Nice, Marseille et Toulouse". Appelée à disparaître des mesures gouvernementales qui visent à favoriser le TGV sur les vols de courte distance, la ligne Orly-Bordeaux n'a pas été citée. Bien qu'elle ne soit pas concernée par ces mesures, la ligne Orly-Montpellier ne l'a pas été non plus. Pour Ben Smith, la restructuration du réseau domestique va avoir un "impact social énorme", mais aussi "un impact économique pour beaucoup de petites villes qui auront un niveau de services différent ou des services qui seront arrêtés".

Dans le plan de reconstruction du groupe Air France que prépare la direction, la filiale low-cost Transavia France aura un rôle majeur. Alors qu'Air France et HOP vont voir leur activité diminuer sur le réseau court et moyen-courrier, Transavia est appelée à se développer fortement. Selon nos informations, lors d'une visioconférence qui s'est tenue le 15 mai dernier avec les salariés de Transavia, Ben Smith et Anne Rigail, respectivement directeur général d'Air France-KLM et directrice générale d'Air France, ont détaillé les grandes lignes de la stratégie qu'ils comptaient mettre en oeuvre pour redresser le réseau intérieur français, structurellement déficitaire depuis des années. Aujourd'hui interdit par des accords de périmètre entre Air France et sa filiale, le développement de Transavia sur cette partie du réseau est au cœur de leur projet.

Lire aussi : Transavia sur le réseau domestique : les pilotes d'Air France OK pour négocier

"L'an dernier, Air France et HOP ont perdu 200 millions d'euros sur le réseau domestique et nous voulons renverser cela. La nécessité d'être rentable et les deux conditions environnementales fixées par le gouvernement [en contrepartie du prêt de 7 milliards d'euros accordé pour passer la crise, Ndlr], celle d'arrêter les lignes aériennes sur lesquelles il existe une alternative ferroviaire en moins de 2h30, et celle de réduire de 50% notre volume de CO2 d'ici à 2024, nous obligent à regarder tous les outils dont nous disposons. Et Transavia est quelque chose de très puissant", a expliqué Ben Smith.

D'où l'ouverture de négociations avec le syndicat national des pilotes de ligne (SNPL) d'Air France-Transavia pour définir les conditions permettant de déployer Transavia sur les vols intérieurs au départ d'Orly, mais aussi entre différentes villes régionales sur lesquelles les pertes sont les plus lourdes.

Hors de question de laisser des créneaux à la concurrence à Orly

Dans la répartition des rôles qui se dessine entre Air France, HOP et Transavia, Anne Rigail "pense qu'Air France peut garder La Navette" reliant Orly à "Nice, Marseille et Toulouse" et que "HOP peut évidemment garder son activité d'alimentation des hubs de Roissy-Charles de Gaulle et de Lyon". "Sur le reste", c'est-à-dire les autres vols au départ d'Orly assurés par Air France ou HOP et sur les lignes transversales, c'est beaucoup plus flou. Et Transavia est une option.

"Transavia est déjà un outil qui a protégé le groupe à Orly en développant de l'activité et en permettant d'occuper des créneaux horaires de décollage et d'atterrissage. Il faut voir si cette négociation avec les pilotes nous permettra d'aller encore plus loin pour aider à transformer ce réseau domestique", a-t-elle indiqué.

Et d'ajouter :

"Les conditions environnementales nous amènent à abandonner les lignes Orly-Lyon, Orly-Bordeaux, Orly-Nantes, cela fait beaucoup de créneaux horaires de décollage et d'atterrissage qu'il est hors de question de rendre à la concurrence. Il nous faut donc trouver les moyens de tenir Orly".

À noter que sur les cinq lignes actuelles de La Navette (Nice, Marseille, Toulouse Bordeaux, Montpellier), Bordeaux et Montpellier n'ont pas été citées par Anne Rigail. Si Orly-Bordeaux est condamnée par la décision gouvernementale d'arrêter les lignes sur lesquelles une alternative ferroviaire existe en moins de 2h30, Montpellier n'est en revanche pas concernée par cette mesure. De quoi renforcer les arguments de certains observateurs qui estiment qu'il y aurait du sens à faire opérer la ligne Orly-Montpellier par Transavia depuis que la filiale low-cost d'Air France a créé une base opérationnelle sur l'aéroport héraultais.

Lire aussi : La réduction en vue des vols intérieurs est-elle vraiment catastrophique pour Air France ?

Rentabiliser Orly, la priorité

L'arrivée de Transavia sur le réseau domestique n'est pas prévue pour l'été 2020.

La direction entend présenter en juin sa nouvelle GPEC (la Gestion prévisionnelle de l'emploi et des compétences), qui définira les besoins en ressources humaines pour les années à venir, et son plan de reconstruction. Celui-ci se basera sur des hypothèses de baisse de capacités de 20% mi-2021 et de 10% en 2022.

Lire aussi : Air France-KLM va réduire la voilure de manière "structurelle" de 20% : danger pour l'emploi

Rentabiliser les opérations du groupe à Orly est "la priorité" de Ben Smith sur le réseau domestique. Le Canadien ne comprend pas en effet comment le groupe perd de l'argent avec plus de 50% de part de marché sur cet aéroport. Pour autant, ce dernier n'entend pas laisser la porte ouverte aux concurrents low-cost sur les aéroports régionaux.

"Impact social énorme"

Pour Ben Smith, la restructuration du réseau domestique va avoir un "impact social énorme", mais aussi "un impact économique pour beaucoup de petites villes qui auront un niveau de services différent ou des services qui seront arrêtés".

Lire aussi : Air France : ce qu'il faut savoir sur les milliers de suppressions de postes à venir

Plus d'opportunités de trouver des B737-800 NG

Concernant la flotte, le directeur général d'Air France-KLM n'a pas souhaité indiquer un nombre d'avions à atteindre pour Transavia. "Le plus possible de manière rentable", a-t-il seulement dit. Avec la crise du Covid-19, il pense que les opportunités de trouver des B737-800 NG seront plus grandes qu'avant la crise. En effet, les déboires du Boeing 737 MAX avaient fait grimper les prix des loyers des 737 classiques.

Aujourd'hui Transavia France exploite 40 avions et Transavia Holland, 45. Dans le document de référence, le groupe mentionne néanmoins un scénario à moyen terme à 115 appareils pour les deux compagnies.

Toujours sur les questions de flotte, Ben Smith a expliqué qu'au cours des six ou huit prochaines années, les A220 pourraient remplacer la totalité de la flotte moyen-courrier d'Air France (114 avions aujourd'hui). En disant cela, il ferme la porte à l'A320 NEO. La compagnie a commandé 60 A220 et 50 en option.

Sur le long-courrier, si l'A340 ne revolera plus, l'A380 risque de connaître le même sort. Une décision pour anticiper la sortie de ces appareils avant 2022 sera prise très prochainement. Ben Smith a par ailleurs indiqué qu'une flotte d'une dizaine de B787 (le dixième exemplaire arrivera en fin d'année) serait maintenue pour permettre à la compagnie d'avoir le choix entre une solution Boeing et Airbus le jour où il faudra remplacer les A330. Quant aux 38 A350 commandés, tous pourraient avoir intégré la flotte d'ici à 5 ou 6 ans. Composée de 70 appareils, la flotte de B777 est conservée mais son nombre sera réduit au fil du temps. La question de la vitesse du retrait de ces appareils n'est pas tranchée.

Transavia prépare la reprise des vols d'Orly fin juin

Signataire avec d'autres compagnies aériennes du courrier envoyé au gouvernement pour une réouverture d'Orly le 26 juin, Nathalie Stubler, PDG de Transavia France veut "prouver à ADP" que la compagnie est confiante sur une reprise des vols cet été. Le gestionnaire des aéroports parisiens préférait une réouverture d'Orly cet automne. Nathalie Stubler a en effet mentionné les pays qui envoient des signaux positifs sur la question de l'ouverture des frontières, en citant le Portugal et la Grèce.

Lire aussi : Les PDG d'Air Caraïbes, Corsair, Transavia... demandent la réouverture d'Orly le 26 juin

Assurant seulement 3% de son programme de vols, Air France va monter en puissance très progressivement. D'ici fin juin, "et sous réserve de la levée des restrictions de voyage", Air France prévoit de remettre en service 75 appareils, soit environ 15% de ses capacités, vers la France métropolitaine, les Outre-mer et l'Europe. Air France compte 224 appareils. D'une manière générale, Ben Smith prévoit une ouverture des frontières européennes avec les pays tiers fin août et celles des grands marchés intercontinentaux comme l'Amérique du Nord, le Brésil ou le Japon "début septembre ou après".

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Commentaires
a écrit le 21/05/2020 à 17:08 :
Sur les 7 milliards d’euros prêtés à Air France, 3 sont prêtés par l’État sur une durée de maximale de 6 ans. Les 4 autres milliards sont prêtés par des banques sur une durée maximale de 3 ans et en bénéficiant de 90 % de garantie par l’État. Compte tenu de l’endettement déjà important d’AF, de son manque de chronique de compétitivité, de sa masse salariale excédentaire (le ratio salaire / HDV le plus élevé du marché) et de la situation durable de crise de l’aviation commerciale, non les prêts ne seront pas remboursés et ce sera bien le contribuable qui paiera !
a écrit le 21/05/2020 à 11:31 :
On pari combien que, dès qu'une liaison ne sera plus opérée par le groupe AirFrance-KLM, elle sera immédiatement opérée par un concurrent ??? ... pas UNE ligne ne sera réellement supprimée, mais elle sera offerte à la concurrence !!!... enfin si : les lignes non rentables, elles seront fermées... mais AF-KLM avait bien l'intention de les rationaliser de toutes façons !
a écrit le 21/05/2020 à 11:29 :
On pari combien que, dès qu'une liaison ne sera plus opérée par le groupe AirFrance-KLM, elle sera immédiatement opérée par un concurrent ??? ... pas UNE ligne ne sera réellement supprimée, mais elle sera offerte à la concurrence !!!
a écrit le 20/05/2020 à 9:55 :
Le redéploiement du groupe Air France passera par un redimensionnement de la flotte, mais pour développer TRANSAVIA il serait paradoxal d’ajouter des 737-800 en flotte; appareils d’ancienne génération consommant 15% de plus qu’un avion équipé de nouveaux moteurs à grand taux de dilution; AF devant réduire son empreinte carbone. De plus, pour le moment il est hasardeux d’envisager le remplacement des A320 et A321 par des A220 : ce dernier a une capacité maximale de 149 passagers contre respectivement 174 et 212 sièges.
Celà suppose donc qu’AIRBUS sorte une version allongée du 220 qui concurrencerait sa propre gamme 320: pas d’actualité avec l’investissement que ça suppose et les reports de commandes qui mettent déjà l’avionneur en difficulté.
a écrit le 19/05/2020 à 21:49 :
Air France réduira ses vols intérieurs. Bonne idée! On pourra enfin avoir des vols internationaux depuis la province ! Un vol direct Toulouse-Mexico ou  Nantes- New-York en A321ULR sera beaucoup mieux que de devoir passer  par Paris. Merci Air France!
a écrit le 19/05/2020 à 20:17 :
On noie le poisson dans l’eau ! Déjà Remise à plat de tous les avantages salaires temps de travail des navigants et PNC. Remettre tout je monde au pli ! Pas de torchon ( Transavia) ni de serviette (Air France)
Après il Y aura sûrement moins de problème !
Par contre il faut garder les correspondances vers la Province sur les destinations qui alimentent le hub car la SNCF plus le RER avec 2 valises c’est l’enfer !!!
Réponse de le 20/05/2020 à 0:59 :
"la SNCF plus le RER avec 2 valises c’est l’enfer", ... perso, je transiterai par Amsterdam, Francfort ou Londres... et y a plein d'autres choix !!!
Mais pas question pour moi de me faire ch... à ne serait-ce qu'à réenregistrer mes bagages à CDG !!!
Ceci dit, AirFrance avait envisager (je crois que c'était en collaboration avec un concurrent privé français de la SNCF) de mettre en place des TGV Air FRance : si il y a le suivi des bagages et que ce sont des lignes directs LYS-CDG, pourquoi pas ...?
a écrit le 19/05/2020 à 19:00 :
Pourquoi s'entêter à faire des doublons dans notre pays.Nous avons un formidable réseau TGV qui relie les grandes villes de notre pays et que beaucoup de pays nous envie et nous gardons des avion qui polluent font du bruit et surtout consomme fi kerosene donc petrole acheté à l'étranger alors que nos trains roulent avec une énergie produite sur notre sol et beaucoup moins cher et moins polluante.Pourquoi mobiliser 2 pilotes payé une fortune des stewards hôtesses personnel au sol et administratif et qui de plus vont nous coûter en impôt vu les 7 milliard engagé pour la compagnie.Je ne comprends vraiment pas ce pays parfois.C'est comme l'infinité de petits aeroport ne servant à rien ou à déposer un député...et que dire des subventions accordées aux lowcost...ils faut que tous cela cesse même si dans l'écosystème Airbus en sera perdant car moins d avolns qui volent = moins de commande donc un moment le lobbysme dois s'arrêter il n'y a plus rien dans nos caisse!
Réponse de le 20/05/2020 à 1:01 :
Y apas un doublon entre votre voiture et les TGV ... pour le quotidien, faites marcher les commerces de proximité, et déménagez (comme je l'ai fait!) pour vous rapprocher de votre lieu de travail ...!!!
Ah ouais mais non, parce que là, c'est vous qui devriez faire les efforts...?!!
Réponse de le 20/05/2020 à 1:02 :
Y a pas un doublon entre votre voiture et les TGV ... pour le quotidien, faites marcher les commerces de proximité, et déménagez (comme je l'ai fait!) pour vous rapprocher de votre lieu de travail ...!!!
Ah ouais mais non, parce que là, c'est vous qui devriez faire les efforts...?!!
Réponse de le 20/05/2020 à 10:01 :
Les avions ne polluent pas...c est ça le soucis . Vous vous faites endoctrinés par des dogmatiques qui ne connaissent rien aux problèmes.
L avions c est 4% des émissions de CO2 au niveau mondial.
Occupons nous des acieries, des usines chimiques , du scandale du charbon en Allemagne, Bref, des vrais problèmes,........
Réponse de le 21/05/2020 à 17:04 :
Pardon l avion ne pollue pas???!!! je ne suis pas de cet avis c'est même un des principaux emetteur de CO2 et je suis ravi que la flotte d A380 disparaisse.Les vols intérieurs inférieurs à 5h n'ont plus leur place dans notre pays.Pollution,bruit et doublon avec le TGV qui lui ne coute pas le même prix pour les français (pétrole importé d'arabie saoudite)!
Réponse de le 21/05/2020 à 19:26 :
Mais non Jean 35. Le transport aérien mondial est responsable de 2,8% des émissions de GES autant que l’internet.... et dix fois moins que les transports terrestres ( la voiture...) qui représentent 28% ....

Les vols intérieurs (a quoi ?) de moins de 5h ?!? Essayez donc d’aller au Caire (4h30 de vol) en TGV.... absurde...

Vous pensez sérieusement que les centrales nucléaires fonctionnent sans uranium d’importation ? Vous pensez sérieusement que le TGV n’a pas un impact sonore plus élevé que l’avion puisque plus étendu ?

Sinon, les A380 disparaissent parce qu’ils sont trop gros et ont des problèmes récurrents de fiabilité entraînant des retards coûteux , pas pour des problèmes de pollution . Ils sont récents et ont une consommation spécifique plutôt bonne. Ne croyez pas tout ce que vous lisez dans certains organes de presse non spécialisés.
a écrit le 19/05/2020 à 17:38 :
Il y a environ 1 mois, un article était paru sur des études initiées par AF sur son périmètre d'activité et celui de ses filiales.
Et à l'époque, j'avais proposé, peut-être un peu à la hussarde qu'il fallait pas tergiverser 107 ans pour recentrer AF sur son coeur de métier, les lignes long courrier et le court moyen courrier Europe/Afrique du N au low cost type Transavia. Qt à Hop, quelle pouvait être son utilité ??
Curieusement, ce commentaire désormais d'actualité, n'était pas paru. Allez comprendre !
a écrit le 19/05/2020 à 13:50 :
J'ignorais que les Aéroports Orly et Charles de Gaulle se situaient à Paris,
donc tout proche des quatre gares pour la correspondance,

et que la SNCF prenait en charge les lourds bagages de soute pour les conduire depuis SNCF Nantes vers l'aéroport, et le vol long courrier.
a écrit le 19/05/2020 à 13:49 :
L'interdiction des vols intérieurs est un vœu pieux. Il y a très peu de villes grandes à moins de 2h30 de train des grands aéroports. Seul Roissy CDG dispose d'une gare TGV. Pour Orly, la gare la plus proche est celle de Massy TGV, mais il vaut prévoir un transfert en bus ou RER. Pas l'idéal quand on a des bagages pour un vol long courrier!

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