Biodiversité, océans durables : les nouvelles frontières de la finance verte

Finance verte biodiversité Sumatra Mirova
Mirova Althelia

Finance verte biodiversité Sumatra Mirova
Mirova Althelia
Comment accélérer la réorientation des millions de milliards de la finance vers la transition énergétique et la lutte contre le réchauffement climatique ? « Le passage à l'échelle est l'un des grands enjeux de la finance durable » a relevé Philippe Zaouati, fondateur et directeur général de Mirova, société de gestion pionnière de l'investissement responsable, à la veille du Climate Finance Day, qui se tient ce mercredi 28 novembre, juste avant la COP24 qui se tiendra à partir du 3 décembre à Katowice, en Pologne. Selon le rapport publié par l'observatoire mondial de Climate Chance le 21 novembre, la finance verte ne représente que 0,2% des portefeuilles des gestionnaires d'actifs dans le monde et 0,5% de ceux des investisseurs.
Depuis sa création en 2010, Mirova a presque triplé ses encours à 10,2 milliards d'euros, mais elle reste un acteur de niche, sur un marché mondial de la gestion d'actifs de plus de 80.000 milliards de dollars. Elle a l'ambition de doubler ses encours à 20 milliards d'euros d'ici 2022, notamment en se développant davantage sur l'immense marché américain et en explorant de « nouveaux territoires d'impact » très thématiques, comme la gestion durable des ressources naturelles et la conservation de la biodiversité.
Son empreinte carbone serait passée de 4,4 degrés fin 2014 à 1,5 degré au 31 octobre 2018, grâce notamment à sa « stratégie de gestion actions « neutre en carbone » novatrice et différenciante par rapport aux stratégies bas carbone habituelles » a souligné Anne-Laurence Roucher, la directrice générale déléguée. Le CAC 40 aurait une empreinte carbone de 5 degrés, selon la méthodologie de la société, prenant en compte l'amont et l'aval, tout le cycle de vie. C'est beaucoup plus que celle des indices mondiaux MSCI Worldwide (3,9 degrés contre 4,7 degrés pour le MSCI Europe), du fait du poids de la « vieille économie » (industrie pétrolière mais pas seulement), quand les grands indices américains sont dominés par les technologiques, à l'empreinte plus faible. La filiale de Natixis n'a quasiment pas de pétrolières en portefeuille, très peu de gaz, et a contrario des industries évitant les émissions comme les éoliennes.
Cet acteur spécialisé est cependant rejoint par de nombreux généralistes et des poids lourds, comme l'Américain BlackRock et le Français Amundi, leader européen.
Les grandes entreprises industrielles n'ont pas l'apanage du « green washing », la pratique d'éco-blanchiment consistant à se déclarer abusivement respectueux de l'environnement. Certains gestionnaires d'actifs disent intégrer les critères ESG, sans modifier en profondeur leur portefeuille. La part grandissante de la gestion passive, des fond indiciels (ETF) répliquant des indices classiques, a tendance à diluer les efforts de « verdissement » des portefeuilles.
Selon une étude d'Asset Owners Disclosure Project (AODP), qui fait partie de l'ONG britannique ShareAction, à peine 10% des plus grands fonds de pension mondiaux se sont engagés à aligner leur portefeuille avec les objectifs de l'Accord de Paris et plus de 60 % ne prennent pas ou peu en compte le climat.
Afin de se singulariser dans ce paysage où tout le monde se réclame de l'investissement durable, Mirova, qui avait été le premier à se lancer dans les « green bonds » (obligations vertes) et commercialise un fonds « Insertion emploi dynamique », veut explorer de nouveaux territoires. Par exemple la biodiversité, « peu traitée aujourd'hui car difficile à mesurer », et plus généralement le « capital naturel », dans lequel il compte déployer un milliard d'euros d'ici 2022.
La filiale de Natixis IM a dans cet objectif acquis l'an dernier 51% d'Althelia Ecosphere, qui gère un fonds de 100 millions d'euros ayant investi dans des projets d'agroforesterie et de gestion durable des écosystèmes. La société spécialisée dans l'investissement d'impact a par exemple mis 5,1 millions d'euros dans le projet Sumatra Merang Peatlang qui consiste à restaurer plus de 20.000 hectares de tourbières dégradées dans la forêt tropicale au Sud de l'île indonésienne, afin de protéger des centaines d'espèces en danger, dont le célèbre tigre de Sumatra. Le fonds a aussi investi dans le projet d'une importante coopérative de café et de cacao dans l'Amazonie péruvienne, région longtemps marquée par le narco-trafic et les conflits, afin d'aider les fermiers à améliorer la qualité et la rentabilité de la production.
Cette société de droit britannique, fondée par d'anciens de BNP Paribas, Sylvain Goupille et Christian Del Valle, toujours aux commandes, a lancé le premier fonds dédié aux océans, Althelia Sustainable Ocean Fund, dont la première tranche de 100 millions d'euros vient d'être bouclée, grâce à des investisseurs tels que la Banque européenne d'investissement et AXA Investment Managers. Les impacts ciblés par ce fonds (non commercialisé en France pour l'instant) sont notamment les pêcheries durables, la conservation du littoral, la prévention des déchets marins et de la pollution plastique, dans les pays émergents et les Etats insulaires, notamment en Amérique latine et dans les Caraïbes.
Chaque jour à 13h, l’essentiel de l’actualité industrielle.

À lire également
Mirova a ainsi lancé l'an dernier le fonds Land Degradation Neutrality, en partenariat avec la Convention des Nations Unies pour la Lutte contre la Désertification (CNULCD), dédié à la restauration des terres dégradées, « le plus ambitieux partenariat public-privé en faveur de la gestion durable des terres » selon Pascal Canfin, le directeur général du WWF France, qui a soutenu l'initiative, dans laquelle la Banque européenne d'investissement (BEI) et l'Agence française de développement (AFD) ont investi.