En misant sur les petits réacteurs, Macron espère relancer le nucléaire français...à l'étranger

Alors que le chantier chaotique du premier EPR français à Flamanville a terni l’image du nucléaire, déjà écornée par l’accident de Fukushima en 2011, Emmanuel Macron ne compte pas abandonner l’atome historique. Mais promet de le « réinventer », en misant gros sur des réacteurs innovants de petite taille, les SMR, a-t-il annoncé mardi. Reste que ces derniers seraient principalement destinés à l’export, afin de garantir la puissance technologique de l’Hexagone. Et ne régleraient pas la question du possible renouvellement du parc nucléaire français, conditionné à la construction ou non de nouveaux EPR sur le sol national. Analyse.

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La France espère s'imposer dans cette compétition (72 projets identifiés dans le monde) grâce à son projet Nuward (abréviation de Nuclear Forward, soit « en avant le nucléaire ! » en français), spécifiquement pensé pour remplacer les centrales à charbon.
La France espère s'imposer dans cette compétition (72 projets identifiés dans le monde) grâce à son projet Nuward (abréviation de Nuclear Forward, soit « en avant le nucléaire ! » en français), spécifiquement pensé pour remplacer les centrales à charbon. (Crédits : TechnicAtome)

L'avenir que veut tracer le gouvernement pour garantir la souveraineté de l'Hexagone commence à se dessiner, et le nucléaire y a toute sa place. C'est même la « priorité n°1 » du plan d'investissement présenté mardi par Emmanuel Macron : mettre l'atome au coeur de la France de 2030. Pas question cependant, de décider de la construction de nouveaux EPR sur le territoire, alors que le chantier de Flamanville accumule les déboires et voit ses coûts exploser. Mais plutôt, loin de ces espoirs déçus, de « réinventer le nucléaire », en misant sur une technologie « innovante », « plus modulable » et « beaucoup plus sûre », qui porterait haut l'industrie tricolore dans le secteur. La promesse a de quoi séduire...

Elle a aussi de quoi interroger. Car si le chef de l'Etat prévoit de mettre 1 milliard d'euros sur la table pour développer des SMR, des petits réacteurs modulables du futur à la puissance en moyenne 9 fois inférieure aux EPR, son intention reste floue. Pour cause, il s'engage à « faire émerger en France, d'ici à 2030 des petits réacteurs avec une meilleure gestion des déchets ». Pourtant, le seul projet français de SMR en cours, « Nuward », dont la mise en service était déjà prévue dans une dizaine d'années, se base sur une technique similaire à celle des EPR (à eau pressurisée) et ne produit pas moins de résidus que ces derniers.

« L'idée, c'est aussi de voir un peu plus loin et de soutenir l'innovation sur les réacteurs avancés, de 4ème génération, qui permettent de réduire la quantité de déchets produite par le secteur nucléaire », défend-on au ministère de la Transition écologique.

Mais ces technologies sont « moins matures » et présentent plusieurs « verrous scientifiques », précise Philippe Stohr, directeur des énergies au CEA. Et seront probablement mises en route bien après 2030, donc.

Lire aussi Nucléaire : dix questions pour comprendre la révolution promise par les petits réacteurs

Bataille géopolitique

Surtout, la technologie SMR serait en fait principalement destinée à l'export - après le lancement d'un premier démonstrateur en 2030 au sein des frontières de l'Hexagone. Pour cause, le projet Nuward, développé par EDF, le CEA, TechnicAtome et Naval Group, qui avait déjà reçu 50 millions d'euros dans le cadre du plan de relance, a été pensé dans un but particulier : « remplacer des centrales à charbon fortement émettrices de CO2 », peut-on lire sur le site du CEA. Mais la France, elle, ne compte quasiment plus aucune usine de combustion d'énergie fossile sur son sol. D'autant que le maillage électrique hexagonal « est déjà adapté à supporter de grosses puissances nucléaires », quand les SMR serviront là où les réseaux font défaut, expliquait à la Tribune le responsable SMR au CEA, Jean-Michel Ruggieri, en mai dernier.

« C'est vrai que ça a été pensé pour l'export, mais on veut que ça soit versatile », fait valoir Philippe Stohr. « On pourrait imaginer, à long terme, des utilisations en France sur la production d'hydrogène, avec des SMR qui alimentent directement des électrolyseurs, ou une utilisation en réseau fermé pour produire de la chaleur industrielle. Et si vraiment, on aboutit à une technologie de rupture, pourquoi pas concevoir une utilisation pour créer des carburants de synthèse dans l'aviation, par exemple », ajoute-t-il.

Reste que l'ambition principale serait, au moins dans un premier temps, de « se positionner au niveau mondial » dans cette industrie naissante, précise-t-il. « Ce n'est pas avec les SMR qu'on va décarboner toute l'économie française. C'est un moyen de rester dans le jeu, de montrer qu'on investit dans le nucléaire d'avenir, alors que les pays se livrent à une bataille géopolitique sur le sujet », analyse Nicolas Goldberg, consultant senior Energy à Colombus Consulting. Au cabinet de la ministre de la Transition écologique, Barbara Pompili, on préfère parler de volonté de « ne se fermer aucune porte », pour « garantir notre souveraineté écologique ».

Pour cause, de nombreux acteurs sont dans les starting-block. Fin 2020, l'agence internationale de l'énergie atomique (IAEA) dénombrait 72 projets de SMR en développement ou en construction à travers 18 pays. Ils sont développés par de nombreux acteurs, allant des entreprises publiques, notamment en Chine et en Russie, à une multitude de start-up nord-américaines. Aujourd'hui aucun n'est encore en service, hormis la barge russe de Rosatom, opérationnelle depuis 2020.

Quid des EPR ?

Outre cette bataille pour garantir la puissance technologique de la France sur la scène internationale, le mystère reste donc entier sur l'avenir concret du parc nucléaire du pays. Et par là-même sur le futur du mix énergétique, alors que la demande en électricité devrait exploser. Selon les scénarios pour 2050 du gestionnaire de réseau RTE, dont la publication officielle est prévue le 25 octobre, si l'Hexagone veut parvenir à 50% de production nucléaire dans 30 ans, il devra construire, en plus de mettre en route une quinzaine de SMR à la puissance marginale, « à peu près 14 EPR », et « prolonger certaines tranches nucléaires au-delà de 60 ans ». Pour savoir si la France entend emprunter ce chemin, « il est sûr qu'il y aura des décisions à prendre rapidement », commente Philippe Stohr.

Lire aussi La France et neuf autres pays européens plaident pour le nucléaire

Reste que l'exécutif, conscient de la chute de popularité de ces réacteurs 3ème génération du fait des échecs successifs de l'EPR de Flamanville, a repoussé l'arbitrage après la mise en service de ce dernier, prévue fin 2022. Et s'il semble préparer les esprits à un retour en force de l'atome, Emmanuel Macron « ne s'exprimera pas sur l'avenir du nucléaire » dans le pays « avant la sortie du rapport de RTE », précise-t-on au ministère de la Transition écologique. Pourtant, avant même toute décision, le syndicat professionnel de l'industrie nucléaire française (Gifen), lui, est déjà dans les starting-block pour permettre à la filière de mettre en service six nouveaux EPR sur le sol français d'ici à 2035.

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Commentaires 15
à écrit le 14/10/2021 à 10:57
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Une fois pour toutes, relativisons les problèmes de coût de l'EPR; ce n'est nullement la question majeure au regard de la problématique Carbone, des questions de sécurité, et du gâchis d'argent public phénoménal du ministère de la transition environn...

à écrit le 14/10/2021 à 9:01
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Amen mon frère tu as raison le nucléaire est l'avenir, c'est le bonheur de l'humanité de demain, demain tout ira bien grâce aux gens si compétents et intelligents que comporte cette activité, merci de nous ouvrir les yeux de la sorte sur la vérité. F...

à écrit le 14/10/2021 à 8:55
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Est-ce que le nucléaire finance La Tribune pour laisser faire le troll nucléaire de la sorte à savoir dégager les commentaires qui le gênent et en produire des toujours plus subjectifs ou bien c'est l'autorité d'Etat dont bénéficie beaucoup trop cett...

à écrit le 13/10/2021 à 20:51
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C'est bien ce que je disais : L'EPR est un échec, tout simplement parce qu'il est trop gros ! Il a été mal dimensionné dès le départ, un peu comme l'Airbus A380. L'EPR est trop puissant, c'est une erreur de conception fondamentale

le 14/10/2021 à 2:36
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"C'est bien ce que je disais : L'EPR est un échec, tout simplement parce qu'il est trop gros ! Il a été mal dimensionné dès le départ, un peu comme l'Airbus A380. L'EPR est trop puissant, c'est une erreur de conception fondamentale" On sent l'expert...

le 19/10/2021 à 15:11
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vous allez pouvoir experimenter ,maintenant, la formule mini mais maxi deficit. c est tres rigolo...sisi

à écrit le 13/10/2021 à 17:54
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C'est vrai, ça ! : pourquoi toujours construire des très grosses centrales, des sources d'énergie très centralisées qui obligent à planter des très grosses ligne haute tension dans le paysage ? Et pourquoi seul EdF semble avoir le droit implicite d'...

le 13/10/2021 à 22:10
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C'est un nain de jardin, cette idée provient comme presque toujours des US, elle a été mise en avant là bas depuis des années... La France ne sait faire que ça... poisson pilote du grand blanc occidental... Les Us developpent une armée de l'espace...

le 14/10/2021 à 2:53
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"C'est vrai, ça ! : pourquoi toujours construire des très grosses centrales, des sources d'énergie très centralisées qui obligent à planter des très grosses ligne haute tension dans le paysage ?" Donc au lieu de construire quelques dizaines de centr...

à écrit le 13/10/2021 à 17:40
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Je suis loin d’être pour les EPR (quand ils fonctionneront) mais je ne vois pas pourquoi la France ne développe pas des réacteurs au Thorium (nucléaire vert). En plus nous avons un important gisement en Bretagne. La Chine en a déjà construit un et on...

le 14/10/2021 à 3:17
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"Je suis loin d’être pour les EPR (quand ils fonctionneront)" Les EPR fonctionnent très bien merci pour eux. Deux EPR sont en fonctionnement à Taishan en Chine, le premier a divergé à l'été 2019, le second à l'été 2020. Ce qui pose problème sur l'E...

à écrit le 13/10/2021 à 17:26
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Les liquidateurs, ce que la macronie a infligé a la France

à écrit le 13/10/2021 à 16:51
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Même si la taille est petite, la sûreté et les sécurités ne suivent pas le même modèle, elles sont accrus du fait de sa dissémination!

à écrit le 13/10/2021 à 15:26
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Le jeune homme qui vit avec sa maman dans un très vieux appartement veut simplement sauver ses miches après avoir fermé Fessenheim. C'est tout ! Le néant comme d'habitude de Freluquet

à écrit le 13/10/2021 à 14:59
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Eh oui, pour le nucleaire , la messe est dite. Meme les US se refusent a subventionner le nuke. Resultat; les US ferment leurs usines nucleaires par manque de competivite (face a l eolien et au solaire). Ils ferment meme plus de nuke que l Allemagne

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