Le cocktail a tout pour être explosif : tandis que les prix de l'essence et du gaz s'envolent sur les marchés internationaux, et par conséquent dans l'UE, celle-ci ne compte pas renoncer à taxer les émissions de CO2 liées à leur utilisation. Car le continent doit entamer sa transition énergétique, sans sacrifier ses ambitions environnementales sur l'autel du maintien à tout prix du pouvoir d'achat, estime la Commission européenne. C'est en tout cas le sens de sa panoplie de mesures « destinée à faire face à la situation exceptionnelle et à ses conséquences » dévoilée mercredi, avant que les chefs d'Etat et de gouvernement des Vingt-Sept ne s'emparent du sujet lors du Conseil européen des 21 et 22 octobre.
Pour cause, les outils proposés pour amortir l'augmentation des tarifs doivent être « temporaires », bien « ciblés » et « facilement ajustables », afin de ne pas interférer avec les dynamiques du marché ni fragiliser le soutien aux énergies renouvelables, a fait valoir la Commission, pour qui « la transition vers une énergie propre constitue la meilleure assurance contre les chocs futurs ». Il s'agit notamment d'inciter les Etats à baisser provisoirement les taxes sur l'énergie, notamment la TVA, afin de protéger les consommateurs les plus vulnérables. Mais aussi de les pousser à mettre en place des bons d'achat ou des reports de facture pour les ménages précaires, à l'image du chèque-énergie récemment renfloué de 100 euros en France.
Et ce, en s'appuyant sur le système d'échanges d'émissions de gaz à effet de serre de l'UE, plutôt que de le remettre en question. Car pour compenser ces dépenses, les Etats membres peuvent puiser « dans les recettes du marché carbone, où les fournisseurs d'énergie achètent des droits à polluer », a précisé mercredi la commissaire à l'Energie, Kadri Simson. De fait, selon l'institution, la forte hausse du cours du CO2 (qui a récemment bondi à près de 60 euros la tonne) a permis aux Etats membres d'engranger au total 26,3 milliards d'euros de recettes sur les neuf premiers mois de 2021 - presque 11 milliards supplémentaires sur 1 an.