La demande d’électricité augmente… et les énergies renouvelables ne suivent pas

Les besoins en électricité croissent plus vite que le déploiement des énergies renouvelables utilisées pour la produire, alerte jeudi l'Agence internationale de l'énergie (AIE). Résultat : le recours aux combustibles fossiles, notamment au charbon et au gaz, premières sources du réchauffement planétaire, va exploser pour répondre à cette demande.

4 mn

Les énergies renouvelables ne devraient couvrir qu'une moitié de la demande supplément de courant annoncée, contre environ 45% pour les combustibles fossiles, fortement émetteurs (40% en 2022), notamment le charbon.
Les énergies renouvelables ne devraient couvrir qu'une moitié de la demande supplément de courant annoncée, contre environ 45% pour les combustibles fossiles, fortement émetteurs (40% en 2022), notamment le charbon. (Crédits : Reuters)

C'est tout l'enjeu des prochaines décennies. L'essor des énergies renouvelables, notamment du photovoltaïque, de l'éolien et de l'hydraulique, sera-t-il assez rapide pour pouvoir décarboner la production d'électricité, dont la demande est vouée à augmenter ?

La question agite les décideurs, la Commission européenne proposant, dans son plan Climat, de porter la part du mix énergétique de l'UE constituée d'énergies renouvelables à 40 % en 2030, contre un objectif actuel de 32%. Car rien ne sert d'électrifier massivement les procédés pour éviter de recourir aux combustibles fossiles, si cette électricité est elle-même issue de centrales à charbon ou au gaz.

C'est pourtant le cas aujourd'hui : la demande mondiale de courant, qui devrait croître cette année de près de 5% par rapport à l'an dernier du fait de la reprise économique, connaît un rebond bien plus rapide que la croissance des énergies renouvelables pour produire cette électricité, a alerté ce jeudi l'Agence internationale de l'énergie (AIE). Résultat : près de la moitié de la hausse sera comblée par des combustibles fossiles, et les émissions de gaz à effet de serre associées devraient grimper de 3,5% cette année, et de 2,5% en 2022 - aboutissant à un niveau record.

Lire aussi Les plans de relance ont investi six fois plus dans les énergies fossiles que dans les renouvelables

D'autant que les pays qui tirent l'essentiel de cette demande ne sont pas toujours les plus vertueux en la matière, et se pourvoient en grande partie grâce à l'industrie du charbon : la Chine arrive en tête, suivie de l'Inde, qui représente 9% de la croissance mondiale.

Pas assez pour atteindre zéro émission nette en 2050

Pourtant, les efforts ne manquent pas : la capacité de production d'énergie de sources renouvelables dans le monde a augmenté de presque 280 GigaWatts (GW) en 2020, soit 45 % de plus qu'en 2019 - grâce au solaire photovoltaïque (48 %), à l'éolien (41%) puis à l'hydroélectrique (7 %). Et sa part dans le mix énergétique du globe devrait grossir fortement, de quelque 8% en 2021 - un point de plus de croissance qu'en 2020 -, et de 6% en 2022, estime l'AIE sur la base des grandes tendances économiques et des mesures nationales connues. Mais ce n'est « pas assez encore pour nous placer sur la voie du zéro émission nette au milieu du siècle », regrette Keisuke Sadamori, directeur Marchés et sécurité énergétique à l'AIE.

Dans les détails, le renouvelable ne devrait couvrir qu'une moitié de la demande supplémentaire annoncée, contre environ 45% pour les combustibles fossiles, fortement émetteurs (40% en 2022). Le reste viendra de l'énergie nucléaire - peu émettrice de gaz à effet de serre mais non renouvelable -, dont la part augmentera d'environ 1% en 2021 et de 2% l'année suivante. De quoi conforter les partisans de l'atome, qui défendent le recours au nucléaire dans un monde encore largement carboné.

Lire aussi Le nucléaire est-il une énergie verte ? L'Europe se déchire

La production issue du charbon doit baisser de 6% par an

Reste que le recours massif au renouvelable sera nécessaire pour atteindre les objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre, estime l'AIE.

« Pour passer sur une trajectoire durable, nous devons relever massivement les investissements dans les technologies propres, en particulier les renouvelables et l'efficacité énergétique », souligne Keisuke Sadamori.

Dans son scénario zéro émission nette en 2050, l'agence s'attaque d'abord au secteur électrique, le plus simple à décarboner. Près de trois quarts des réductions d'émissions entre 2020 et 2025 devraient ainsi avoir lieu dans le secteur de l'électricité, où les émissions devraient diminuer de 4,4% par an en moyenne. « Il est de plus en plus important pour les systèmes électriques de devenir plus flexibles pour compléter la production à partir d'énergies renouvelables variables comme l'éolien et le solaire photovoltaïque », notent les auteurs du rapport.

Surtout, cela signifie que la production issue du charbon, combustible le plus réchauffant de tous, doit baisser de plus de 6% par an en 2020-25. Ce n'est pourtant pas la voie dans laquelle le monde semble s'engager : sa production devrait croître de 5% cette année et de 3% en 2022, estime l'Agence. Car si l'UE, par exemple, a largement réduit l'utilisation de ce combustible fortement émetteur, dont la part dans la production d'électricité n'atteignait plus que 12 % en mai dernier, elle était beaucoup plus importante en Chine et en Inde (respectivement 61 % et 71 %) - où les projets de nouvelles centrales continuent de se multiplier.

4 mn

Sujets les + lus

|

Sujets les + commentés

Commentaires 14
à écrit le 16/07/2021 à 15:58
Signaler
"La demande d’électricité augmente…" aïe aïe... Comment se fait-ce ? Pour le France, le scénario de l'Ademe concluant qu'on pouvait fonctionner en 100% renouvelable avait pour première hypothèse (en fait due aux calculs, ça n'allait pas, ont divisé p...

à écrit le 16/07/2021 à 4:06
Signaler
Arrêtez de miner des bitcoins, ça consomme inutilement des ressources (ordinateurs) et de l’énergie pour rien , sinon faire du fric !

à écrit le 15/07/2021 à 18:50
Signaler
Encore un article qui laisse rêveur! En France augmenter la part des énergies renouvelables intermittentes ne fait que dégrader le bilan des émissions de CO2 car notre production d'électricité est déjà décarbonée à 90% grâce au nucléaire et à l'hyd...

le 15/07/2021 à 23:45
Signaler
Seul probleme pour le nucleaire; on mets 12 a 15 ans pour construire une centrale contre 2 ans pour un parc eolien offshore equivalent en production

le 15/07/2021 à 23:46
Signaler
Seul probleme pour le nucleaire; on mets 12 a 15 ans pour construire une centrale contre 2 ans pour un parc eolien offshore equivalent en production

le 16/07/2021 à 8:12
Signaler
Réponse à Michel: Equivalent en production! comment peut-on parler d'équivalent en production entre une filière pilotable et une filière intermittente? En plus comparer, à énergie produite égale, les surfaces occupées!

à écrit le 15/07/2021 à 18:05
Signaler
Mais en fait les voitures électriques ça pollue ! On nous aurait encore menti à l'insu de notre plein gré ?

à écrit le 15/07/2021 à 17:58
Signaler
Au risque de rabâcher, sans le nucléaire on n'y arrivera pas. Quant aux propositions de Bruxelles, c'est un moyen de faire oublier qu'on est passé à côté du numérique, des vaccins...mais si on réussi le pari, ça remettra l'UE sur de bons rails.

à écrit le 15/07/2021 à 17:46
Signaler
L'écologie est devenue un système de pensée totalitaire. Ils sont minoritaires et veulent imposer leur dogme par tous les moyens. Le plus grave dans tout cela, c'est qu'ils ont réponse à tout avec des CERTITUDES....

le 16/07/2021 à 10:18
Signaler
Il est plus facile et rémunérateur d'intervenir sur les conséquences du problème que sur la cause! Bref! Grâce a l'innovation, il n'y a plus de progrès!

le 18/07/2021 à 9:17
Signaler
La France ne représente que 1% des émissions de co2.... Ce n'est pas encore l'apocalypse comme certains d'entre nous voudraient nous faire croire. Par ailleurs que fait l'Allemagne avec son charbon pour produire de l'électricité, personne ne dit mot...

à écrit le 15/07/2021 à 17:43
Signaler
Suppression d'un lampadaire public sur deux et interdiction de laisser les magasins éclairés la nuit compenserait largement.

à écrit le 15/07/2021 à 17:42
Signaler
Sans blague ??!!! 🤣😂

à écrit le 15/07/2021 à 17:23
Signaler
Cela me ferait presque rire si ces gens qui se prétendent des "zélites" n'influaient pas sur la vie de plus de 400 millions d'individus... On croit rêver devant tant de vision stratégique...

Votre email ne sera pas affiché publiquement.
Tous les champs sont obligatoires.

-

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.