Le biochar, l'or noir du forestier normand SLB

Première à l’avoir commercialisé en France, la société normande Sylva Fertilis, filiale du groupe d’exploitation forestière SLB, creuse son sillon dans le biochar. Cet amendement agricole, reconnu pour ses capacités à emprisonner le carbone, à retenir l’eau des terres cultivées, et à améliorer les propriétés physiques du sol, est plébiscité par le GIEC.
Sylva Fertilis double la capacité de son unité de production d'Argentan (Orne) pour produire 800 tonnes de biochar par an.
Sylva Fertilis double la capacité de son unité de production d'Argentan (Orne) pour produire 800 tonnes de biochar par an. (Crédits : Reuters)

Exploitant forestier depuis 1994 (15.000 hectares dans le monde), Stéphane Ledentu peut se vanter d'avoir eu le nez fin. En quête d'une solution naturelle pour réparer les sols de ses nouvelles plantations brésiliennes épuisées par des engrais chimiques, il est le premier entrepreneur français à avoir misé sur le biochar ou charbon végétal avant que des startups comme NetZero ou Carbonloop ne se lancent sur ce marché que le GIEC voit d'un bon œil.

Le biochar est en effet cité 200 fois dans le dernier rapport du groupe d'experts pour le climat au nom de ses capacités à régénérer des terres cultivées et à séquestrer durablement du carbone.

« Une tonne de biochar, c'est jusqu'à 3 tonnes de CO2 piégé indéfiniment et beaucoup de nutriments pour les cultures », souligne pour sa part Stéphane Ledentu.

Lui découvre ces super pouvoirs au début des années 2010 dans l'État du Parana à la faveur d'une incursion sur les sites doublement millénaires où est épandue la Terra Preta  (ou terre noire amazonienne) : un amendement incroyablement efficace créé par les précolombiens par accumulation de charbon, de tessons de poteries et de matière organique. Il s'en inspire pour imaginer un procédé de fabrication du biochar. Utilisé pour la première fois dans les plantations de SLB au Brésil, le produit donne des résultats plus que convaincants.

« Nous avons réduit l'utilisation de fertilisants de 80%, pour une production améliorée de 6% à 7% par an », rapporte-t-il.

Un pilote industriel zéro émission

En 2017, encouragé par la hausse du coût des crédits carbone qui lui permet de solvabiliser son modèle, le groupe inaugure un premier pilote industriel sous l'enseigne de sa jeune filiale Sylva Fertilis installée à Argentan, dans l'Orne.

Le process est assez simple. Pour produire le biochar, un pyrolyseur chauffe de la biomasse à très haute température dans un milieu privé d'oxygène. Dans le cas présent, la matière première est constituée de coupes claires de bois issu des forêts françaises de SLB, toutes certifiées PEFC.

Pour parfaire le modèle, Sylva Fertilis (11 salariés, pour 800.000 euros de chiffre d'affaires) met au point un procédé, aujourd'hui breveté, qui récupère le goudron et le gaz générés par la pyrolyse pour fournir l'installation en énergie.

« L'usine est autonome en énergie et n'émet pas de CO2 », nous précise sa direction.

Un second pyrolyseur de même capacité y est attendu dans les prochaines semaines.

Produit à raison de 400 tonnes par an - bientôt le double -, ce biochar « made in Normandie » affiche fièrement la certification « agri-bio » qu'il est le seul à détenir dans l'Hexagone. Seul ou en mélange, il est commercialisé sous la marque Terra Fertilis via Internet auprès des particuliers, et en direct auprès d'une centaine de collectivités et de viticulteurs.

La France représente 20% des ventes en volume

Mais Stéphane Ledentu est bien obligé de constater qu'il n'est pas prophète en son pays. « Le marché français ne représente que 20% de nos volumes. Ici, faire changer les habitudes est extrêmement compliqué », déplore t-il.

En attendant, c'est à l'étranger que la société trouve ses principaux clients notamment dans le Maghreb, en butte à une sécheresse inédite, et au Sénégal. Dans ce pays, l'entrepreneur vient d'ouvrir un bureau de R&D qui planche sur le projet de « muraille verte » - un vaste projet de lutte contre la désertification dans le Sahel -, avec l'idée d'y installer une usine ultérieurement.

« L'installation pilote d'Argentan a été conçue de manière à pouvoir être dupliquée partout, comme elle le sera bientôt au Luxembourg car on sait que la demande est en croissance », explique-t-il.

Les crédits carbone, levier de rentabilité

Déjà à l'équilibre, Sylva Fertilis sait aussi pouvoir compter sur l'explosion des prix de ses crédits carbone qu'elle fait certifier par la market place Puro Earth CO2. La société qui les vendait 120 euros la tonne au lancement de son usine normande, les écoule aujourd'hui autour de 250 euros. Un niveau propre à aiguiser beaucoup d'appétits, constate Stéphane Ledentu.

« Tout le monde s'intéresse au biochar y compris des affairistes. Mais il y a biochar et biochar. Le nôtre est 'premium'. Nous, nous ne spéculons pas, nous restons des paysans qui cherchons à réparer le sol. »

Louable profession de foi sachant que 75% des sols de la planète sont dégradés à des degrés divers, selon un rapport de la FAO (l'organisation des Nations Unies pour l'agriculture et l'alimentation). Ces mêmes sols qui sont pourtant nos meilleurs alliés dans la lutte contre le changement climatique.

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Commentaires 2
à écrit le 17/12/2022 à 7:47
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Il faut l'associer à un apport de matières organiques et donc le protéger des sulfatages et autres engrais. A ne pas pulvériser aux pesticides sinon vous en détruirez l'intérêt. Comment va faire l'obscurantisme agro-industriel pour s'y adapter ? Bah ...

à écrit le 17/12/2022 à 7:27
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C’est moi, ou c’est juste une charbonnière? Je ne comprend pas la différence avec une charbonnière traditionnelle. Le procédé semble moins dangereux pour les jambes des personnes qui devraient remuer le bois qui se transformait en charbon dans un bra...

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