Le plastique (issu de gaz et de pétrole), le grand oublié de la crise énergétique

En 2020, 55 millions de tonnes de plastique ont été produites par l'industrie pétrochimique européenne, en absorbant respectivement 8 et 9% de la consommation finale de gaz et de pétrole de l'Ue, dénonce un rapport paru mardi. Pourtant, dans les politiques européennes de souveraineté énergétique cette consommation n'est pas adressée.
Giulietta Gamberini
Atteindre l'objectif de réduire de moitié les emballage plastique et de 90% leur recyclage par rapport à 2020 permettrait à l'Ue d'économiser 6,2 milliards de mètres cubes de gaz et 8,7 millions de tonnes de pétrole, selon l'étude.
Atteindre l'objectif de réduire de moitié les emballage plastique et de 90% leur recyclage par rapport à 2020 permettrait à l'Ue d'économiser 6,2 milliards de mètres cubes de gaz et 8,7 millions de tonnes de pétrole, selon l'étude. (Crédits : Reuters)

Pour fabriquer du plastique, il faut beaucoup de pétrole et de gaz. Problème, en raison de la guerre entre la Russie et l'Ukraine, ces combustibles fossiles qui constituent les principales matières premières du plastique et fournissent l'énergie pour le processus de transformation,  risquent de manquer cruellement à l'Europe cet hiver. Et pourtant, le plastique est complètement absent des plans de l'Union européenne visant à se passer du pétrole et du gaz russe, dénonce un rapport publié mardi 27 septembre par Break Free From Plastic, mouvement mondial créé en 2016 et réunissant quelque 1.900 organisations non gouvernementales et individus.

22% de la consommation de gaz de l'industrie européenne

En 2020, 55 millions de tonnes de plastique ont en effet été produites par l'industrie pétrochimique européenne - contre 0.35 million de tonnes en 1950. Elles ont absorbé respectivement 8 et 9% de la consommation finale de gaz et de pétrole de l'UE : des quantités comparables à celles du gaz utilisé par les Pays-Bas ou du pétrole employé par l'Italie, note le rapport.

La production de plastique pèse ainsi respectivement pour 22% et 37,5% sur l'ensemble de la consommation de gaz et de pétrole de l'industrie européenne, calcule Break Free From Plastic. Et la grande partie de ces combustibles responsables du réchauffement climatique -une dizaine de milliard de mètres cubes de gaz, soit la consommation de la Hongrie, et quelque 14 millions de de pétrole, soit les besoins combinés de la Suède et du Danemark- sert à produire des emballages, qui représentent 40% marché final des produits en plastique dans l'UE. Les sept Etats membres qui consomment le plus de pétrole et de gaz pour produire du plastique (l'Allemagne, la Belgique, l'Espagne, la France, l'Italie, les Pays-Bas et la Pologne) sont d'ailleurs à l'origine de 77% des déchets d'emballage en plastique de l'Union.

 Le plastique, un « pétro-éléphant dans la pièce »

Or, en 2020, dans l'UE, 38% du gaz et 22% du pétrole ont été importés de Russie, rappelle le rapport, en pointant  du doigt la dépendance de l'industrie pétrochimique européenne de cette source d'approvisionnement. Dans les politiques européennes de souveraineté énergétique, mais aussi de lutte contre le changement climatique, le plastique est donc « le pétro-éléphant dans la pièce », selon Break Free From Plastic: le sujet incontournable qui reste pourtant tabou.

Pourtant, des alternatives au plastique à usage unique existent. Et atteindre l'objectif de réduire de moitié les emballages plastiques et de 90% leur recyclage par rapport à 2020 permettrait à l'UE d'économiser 6,2 milliards de mètres cubes de gaz et 8,7 millions de tonnes de pétrole: autant que la consommation de la République tchèque il y a deux ans, plaide le mouvement.

Légiférer sur le niveau de la production de plastique

En 2019, avec l'adoption d'une directive sur le plastique à usage unique, prévoyant des interdictions de mise sur le marché ainsi que des objectifs en matière de prévention, réutilisation et recyclage - à laquelle est venue s'ajouter à une directive-cadre sur les déchets et une directive sur les sacs en plastique-, l'Union européenne a fait un pas important dans cette direction. Dans un autre rapport publié le 21 septembre, le mouvement -avec l'ONG  Rethink Plastic Alliance- pointe toutefois du doigt l'existence encore de nombreuses lacunes dans les législations nationales censées la mettre en œuvre. Et Break Free From Plastic estime également nécessaire de légiférer sur le niveau de la production de plastique, jusqu'à présent ignoré, par exemple dans le cadre de la révision en cours de la directive sur les emballages et les déchets d'emballages, ainsi que des négociations en cours sur un accord mondial contraignant visant à mettre fin à la pollution plastique.

Restreindre l'utilisation industrielle non essentielle du pétrole et du gaz par l'industrie

Le rapport demande aussi que les mesures d'urgence adoptées par l'UE face à la crise énergétique « restreignent l'utilisation non essentielle du pétrole et du gaz par l'industrie, par exemple la part qui serait généralement consacrée à la production de plastiques et d'emballages inutiles à usage unique ».

« La portée de ces restrictions doit refléter l'ampleur de la crise et être mise en œuvre de manière à protéger les travailleurs et les ménages à faible revenu », nuance l'étude, tout en soulignant que, dans son ensemble, l'industrie pétrochimique représentait "seulement 7 % de la valeur de la production industrielle et seulement 6 % de l'emploi industriel dans l'Ue en 2020 » -un chiffre disproportionné à son poids dans la consommation énergétique.

A plus long terme, le mouvement demande même « un moratoire ou un gel des autorisations de nouvelles installations de production de plastique vierge ». Des mesures qui « devraient être mises en œuvre en priorité » dans les sept pays les plus consommateurs.

Giulietta Gamberini

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Commentaires 3
à écrit le 27/09/2022 à 11:54
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La recette du plastique étant déclinable à volonté c'est un potentiel de marges bénéficiaires pour ceux qui possèdent et détruisent le monde en ronflant sans commune mesure donc là ils ne voient pas de problème. Le plastique au début était incassable...

le 27/09/2022 à 14:46
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"Le plastique au début était incassable et inusable, la cupidité maladive des actionnaires a imposé un changement de recettes afin qu'il soit toujours plus fragile" vous confondez avec les bas en Nylon 6-6. Vous connaissez du plastique qui a 100 ans ...

le 27/09/2022 à 15:27
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"la bakélite tient pas mal" La bakélite est incassable et inusable mais on ne la voit pas. Ensuite que notre science sache faire d’excellents plastiques j'en suis certain ! Tout comme l'industrie chimique est capable de produire un goudron d'excellen...

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