LA TRIBUNE - Qu'est-ce qui pousse le réseau WWF à publier aujourd'hui ce rapport, et à se focaliser sur les subventions dommageables à la biodiversité dans le monde ?
PIERRE CANNET - La date n'est pas choisie au hasard : le calendrier s'accélère sur la prise en compte de la biodiversité, et nous arrivons à un moment critique. D'abord, les négociations des Nations-Unies sur le sujet s'apprêtent à reprendre le 23 août prochain, à quelques semaines de l'ouverture du Congrès mondial de la nature de l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) à Marseille, qui aura lieu début septembre. Surtout, un nouvel accord international devrait être conclu après la COP15 sur la biodiversité en Chine, même si elle est reportée une nouvelle fois d'octobre 2021 à l'année suivante à cause de la crise sanitaire. Enfin, on se trouve dans un contexte fort autour de la relance de l'économie, qui soulève la question du fléchage des nombreux financements mobilisés. Tout ça après un été marqué par des catastrophes environnementales en cascade, qui alertent sur le besoin urgent d'agir.
Et pourtant, on remarque que le montant des subventions publiques nocives à la nature reste énorme : il s'élève à pas moins de 500 milliards de dollars par an. C'est l'OCDE elle-même qui le dit, dans le cadre de travaux menés en 2019. C'est d'autant plus inquiétant que ce chiffre est conservateur, et pourrait en réalité être bien supérieur.
Face à ce constat, l'idée de ce rapport est donc d'influencer le plus possible les pays, afin d'obtenir un accord ambitieux sur la protection de la nature. En France, nous avons fait parvenir au Premier ministre une demande précise : la sortie des subventions publiques dommageables à la biodiversité en marge de la préparation du budget 2022. Il est temps de passer aux actes : il y a dix ans, un rapport commandé par le gouvernement de l'époque listait déjà sur quelque 300 pages les aides nuisibles à la nature et proposait plus de 80 réformes visant à réduire, voire annuler, l'impact préjudiciable de ces aides [après que la Commission européenne a demandé en 2011 que, d'ici à 2020, on supprime « les subventions dommageables à l'environnement, en tenant dûment compte des incidences sur les personnes les plus démunies », ndlr]. Pourtant, rien n'a été fait depuis. En épluchant les politiques que la France est en train de préparer, que ce soit dans le cadre de la relance ou de la Politique agricole commune (PAC), on se rend compte qu'elle accorde seulement 0,25% de sa relance à une action de protection de la biodiversité.