Repsol, premier groupe pétrolier à viser la neutralité carbone

 |   |  613  mots
(Crédits : Reuters/Enrique Marcarian)
Le groupe pétrolier et gazier espagnol veut atteindre cet objectif en 2050. Il a par ailleurs abaissé la valeur de certaines de ses activités.

C'est une première dans le secteur pétrolier et gazier, plus que jamais sous pression pour sa contribution au réchauffement climatique. Lundi 2 décembre, en marge de l'ouverture de la COP25 à Madrid, Repsol s'est officiellement engagé à atteindre la neutralité carbone d'ici à 2050, même en tenant compte des émissions de CO2 générées par ses clients, comme les automobilistes.

Pour atteindre cet objectif, le groupe espagnol entend d'abord devenir "l'un des leaders internationaux des énergies renouvelables". Au cours des cinq prochaines années, il souhaite ainsi plus que doubler sa capacité solaire et éolienne, la portant de 3.000 MW à 7.500 MW. Ces projets devraient représenter environ un quart de ses dépenses en capital sur la période. Dans le même temps, Repsol promet également d'alimenter ses raffineries avec des énergies vertes, avec l'ambition de réduire leurs émissions de 25% en cinq ans.

Rémunération des dirigeants indexée

Repsol s'engage par ailleurs à changer sa politique d'investissements, en augmentant sensiblement son prix interne du carbone. Celui-ci passera de 25 dollars la tonne de CO2, à 40 dollars en 2025 puis à 70 dollars en 2040. Une décision qui aura un impact sur la réalisation ou non de projets pétroliers ou gaziers. La société promet aussi de ne plus chercher à maximiser coûte que coûte ses volumes de production d'hydrocarbures. Et elle va augmenter sa production de biocarburants.

Repsol assure pouvoir remplir au moins 70% de son objectif avec les technologies actuelles ou encore de développement. Les 30% suivants ne seront atteints que grâce au développement de technologies plus avancées, dans la capture de carbone ou encore le stockage d'énergies. Pour atteindre la neutralité d'ici à 2050, l'entreprise compensera par ailleurs les émissions restantes par des programmes de reforestation et des puits de carbone.

Les engagements de Repsol vont déterminer son prochain plan stratégique pour la période 2021-2025. Mais ils sont aussi non contraignants. Pour démontrer sa détermination, et ainsi éviter des accusations de "greenwashing", le groupe espagnol va indexer au moins 40% de la rémunération variable de ses dirigeants et de ses cadres sur les progrès vers son ambition de neutralité carbone.

L'industrie encore loin du compte

Pour prendre en compte son changement de direction, Repsol va passer une charge de 4,8 milliards d'euros dans ses comptes du quatrième trimestre. Celle-ci reflétera la perte de valeur à long-terme de ses activités pétrolières et gazières, provoquée par la transition vers les énergies renouvelables. Repsol est ainsi le premier groupe du secteur à reconnaître les menaces qui pèsent sur le niveau de rentabilité d'une partie de ses activités.

L'entreprise ne fait pas partie des grandes "majors", ce qui lui confère une flexibilité plus forte. Sa décision pourrait certes accroître la pression sur ses rivaux. Mais "s'il est tentant de penser qu'ils vont dévaluer leurs actifs et se reporter vers les énergies renouvelables, leurs modèles et leurs porte-feuilles d'actifs ne sont pas les mêmes que ceux de Repsol", nuance Irene Himona, analyste chez Société Générale, citée par l'Agence Bloomberg.

Quatre ans après l'accord de Paris sur le climat, les grands groupes pétroliers et gaziers mondiaux sont en effet encore loin du compte, dénonçait Carbon Tracker dans une étude publiée fin novembre. Selon le think tank britannique ils vont devoir réduire leur production d'un tiers au cours des 20 prochaines années pour tenir les objectifs fixés en 2015. "Si les entreprises assurent soutenir l'accord de Paris, elles prévoient de produire toujours plus de pétrole, de gaz et de charbon", regrettait Carbon Tracker.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 05/12/2019 à 15:03 :
Ce n'est pas croyable, tout le monde il est beau et il est gentil .Et en plus résultat de la lutte contre l'effet de serre égale zéro et on bat record sur record de consommation de combustibles fossiles.Cherchez l'erreur.
a écrit le 05/12/2019 à 11:36 :
Repsol commence sa transition du fossile vers les renouvelables, c'est tout a fait louable.

En plus c'est franchement pas évident pour un opérateur dont la raison d'être était la production d'hydrocarbures.

Repsol est aidé par le fait que l'Espagne est un gros producteur d'électricité photovoltaïque et l'on sait depuis "Don Quichote" qu'il y a aussi des moulins à vents :-).
Repsol va pouvoir s'insérer dans un marché existant.

C'est moins évident pour Total qui doit créer des marchés nouveaux parce que l'éolien comme le voltaique sont à l'arrêt en France.
a écrit le 05/12/2019 à 8:37 :
L'écologie dans la finance ne pouvait de part la cupidité maladive de ceux-ci se traduire que par un coup de peinture verte, grotesque.

Vous voulez sauver la planète ? Pas eux.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :