France-Allemagne : le grand tournant

 |  | 1928 mots
Lecture 9 min.
Copyright Reuters
Copyright Reuters (Crédits : (c) Copyright Thomson Reuters 2012. Check for restrictions at: http://about.reuters.com/fulllegal.asp)
Cinquante ans après le traité de l'Élysée, la France et l'Allemagne traversent une période de doute sur la vision qu'elles ont de la résolution de la crise de la zone euro et de l'avenir de la gouvernance de l'Union européenne. Sur quelles bases le couple franco-allemand peut-il se reformer et pour quels objectifs ?

Voici cinquante ans, la France et l'Allemagne choisissaient d'entrer dans l'histoire de l'Europe en alliés, à une époque où le souvenir des deux guerres mondiales était encore vivace et où cette réconciliation pouvait encore choquer ceux qui, en France, avaient combattu lors de ces conflits. Cette association allait pourtant conduire l'Europe dans une aventure nouvelle et donner naissance à une construction politique et économique unique au monde. Un demi-siècle après, l'Union européenne connaît une crise profonde, qui affecte l'institution la plus spectaculaire qu'elle ait inventée, la monnaie unique. Cette crise n'est pas de nature politique. Elle n'est pas le signe que le principe même de la construction européenne serait condamné par l'Histoire. Elle est le résultat d'une décennie au cours de laquelle a triomphé la thèse d'Hyman Minsky « Le Paradoxe de la tranquillité » : sur les marchés en général, trop de stabilité engendre l'instabilité car le capitalisme ne saurait se suffire trop longtemps de profits certains mais modestes. Comme l'expliquait Jean-Paul Betbèze, lors de la Journée de l'économie franco-allemande à Berlin, le 26 juin, « pendant que la BCE tranquillisait le monde en réussissant à stabiliser l'inflation à 2 % depuis la création de l'euro, on ne voyait pas les conséquences néfastes qu'aurait cette masse de crédits faits aux agents privés et aux États, à des conditions incroyables, faisant disparaître malencontreusement la notion de coût du risque, ce qui a caché les écarts de salaire et de compétitivité qui se creusaient au sein des économies de la zone euro ». La crise de la zone euro est donc autant une crise financière qu'une crise de gouvernance économique, une crise de vigilance des autorités européennes et donc indirectement, le signe que le couple franco-allemand n'a plus été en mesure, à partir du milieu des années 2000, d'assurer la stabilité de la construction européenne, ni de nourrir sa vision à long terme. Or de quoi a besoin l'Europe aujourd'hui ? De rétablir la confiance, de démontrer qu'elle a une stratégie pour le moyen terme, et qu'elle est capable de la mettre en ?uvre sous un leadership retrouvé. La France et l'Allemagne peuvent-elles incarner ce nouveau leadership et de quelle façon ? À Berlin et à Paris, les esprits phosphorent sur...

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :