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France-Allemagne : le grand tournant

François Roche, à Berlin

Publié le 29 juin 2012 à 09:49 - Mis à jour le 29 juin 2012 à 09:58

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Cinquante ans après le traité de l'Élysée, la France et l'Allemagne traversent une période de doute sur la vision qu'elles ont de la résolution de la crise de la zone euro et de l'avenir de la gouvernance de l'Union européenne. Sur quelles bases le couple franco-allemand peut-il se reformer et pour quels objectifs ?

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Voici cinquante ans, la France et l'Allemagne choisissaient d'entrer dans l'histoire de l'Europe en alliés, à une époque où le souvenir des deux guerres mondiales était encore vivace et où cette réconciliation pouvait encore choquer ceux qui, en France, avaient combattu lors de ces conflits. Cette association allait pourtant conduire l'Europe dans une aventure nouvelle et donner naissance à une construction politique et économique unique au monde. Un demi-siècle après, l'Union européenne connaît une crise profonde, qui affecte l'institution la plus spectaculaire qu'elle ait inventée, la monnaie unique. Cette crise n'est pas de nature politique. Elle n'est pas le signe que le principe même de la construction européenne serait condamné par l'Histoire. Elle est le résultat d'une décennie au cours de laquelle a triomphé la thèse d'Hyman Minsky « Le Paradoxe de la tranquillité » : sur les marchés en général, trop de stabilité engendre l'instabilité car le capitalisme ne saurait se suffire trop longtemps de profits certains mais modestes. Comme l'expliquait Jean-Paul Betbèze, lors de la Journée de l'économie franco-allemande à Berlin, le 26 juin, « pendant que la BCE tranquillisait le monde en réussissant à stabiliser l'inflation à 2 % depuis la création de l'euro, on ne voyait pas les conséquences néfastes qu'aurait cette masse de crédits faits aux agents privés et aux États, à des conditions incroyables, faisant disparaître malencontreusement la notion de coût du risque, ce qui a caché les écarts de salaire et de compétitivité qui se creusaient au sein des économies de la zone euro ». La crise de la zone euro est donc autant une crise financière qu'une crise de gouvernance économique, une crise de vigilance des autorités européennes et donc indirectement, le signe que le couple franco-allemand n'a plus été en mesure, à partir du milieu des années 2000, d'assurer la stabilité de la construction européenne, ni de nourrir sa vision à long terme. Or de quoi a besoin l'Europe aujourd'hui ? De rétablir la confiance, de démontrer qu'elle a une stratégie pour le moyen terme, et qu'elle est capable de la mettre en ?uvre sous un leadership retrouvé. La France et l'Allemagne peuvent-elles incarner ce nouveau leadership et de quelle façon ? À Berlin et à Paris, les esprits phosphorent sur cette question. Depuis l'élection de François Hollande, le spectacle donné est plutôt celui d'une gesticulation à visées politiques, en France comme en Allemagne. En France, on tente d'accréditer que l'Allemagne d'Angela Merkel est contre la croissance et à Berlin, on explique assez benoîtement que la France de François Hollande monte en épingle la question des euro-obligations pour échapper aux réformes structurelles qu'il serait contraint de faire pour que la France soit en mesure d'honorer ses engagements de baisse du déficit et de la dette publique.
sance.
Depuis quelques jours, le climat change. Les investisseurs sont en train de fuir le risque espagnol et italien. en Allemagne, comme le reconnaît l'économiste allemand Stefan Collignon, « la vision allemande de la gestion économique exportée telle quelle dans les pays du sud de l'Europe a provoqué des conséquences détestables et ce serait la fin de la zone euro si elles se développaient aussi en France. » en France, on commence à mesurer les difficultés de mise en ?uvre et la lenteur d'un plan de relance de la croissance qui ne serait assis que sur des grands travaux financés par des fonds structurels disponibles (question : pourquoi ces fonds le sont-ils encore alors que cela fait plus de deux ans que la zone euro est entrée en crise...) ou sur des emprunts, même avec l'appui des « Project bonds ». Un scepticisme partagé aussi en Allemagne : « S'il existe vraiment une marge de man?uvre de 120 ou 130 milliards d'euros en faveur de la croissance, pourquoi ne pas utiliser cet argent dans des programmes portant des résultats plus rapides, comme l'insertion des jeunes chômeurs », plaide Gertrud Traud, chef économiste de la Helaba Landesbank Hessen-Thüringen Girozentrale à Francfort. À Berlin, Angela Merkel, sans déroger à ses convictions les plus profondes, qui sont celles d'ailleurs d'un grand nombre de citoyens allemands, sur la nécessité d'impulser la croissance au moyen de réformes structurelles, évalue les risques qu'il y aurait à forcer la main de ses partenaires pour qu'ils acceptent la « vision allemande » de l'Europe. À Paris, François Hollande, tout en tirant le profit politique maximal du « volet croissance » ajouté au Traité budgétaire, est conscient que des réformes de gouvernance structurelles sont nécessaires afin de donner des signes clairs aux marchés qu'une volonté politique commune existe ; histoire d'éviter qu'un nouveau « run » des marchés ne prenne la France pour cible.

François Roche, à Berlin

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