"L'ignorance vis-à-vis de la Chine est ahurissante"
Propos recueillis par Robert Jules et Romaric Godin
Ce contenu est réservé aux abonnés La Tribune
Propos recueillis par Robert Jules et Romaric Godin
Ce contenu est réservé aux abonnés La Tribune
À lire également
La Tribune - Faut-il avoir peur de la puissance croissante de la Chine dans le monde ?
Anne Cheng - On a toujours peur de ce qu'on ne connaît pas. Et l'ignorance vis-à-vis de la Chine est encore ahurissante en France. Il suffit de constater à quel point les programmes scolaires sont encore marqués par un fort eurocentrisme. Ceci aboutit à la formation d'élites intellectuelles dont beaucoup n'ont aucune connaissance, même élémentaire, de la Chine. Un professeur d'université me demandait récemment si on trouve l'électricité et l'eau courante en Chine... Une telle situation s'explique par le mythe de la fermeture et de l'immobilisme immémoriaux de ce pays. Il s'agit en fait de la sédimentation de plusieurs strates de mythes, qui a commencé avec les récits des Jésuites aux XVIIe et XVIIIe siècles, et qui s'est poursuivie avec la vision colonialiste du XXe siècle. Or, entre 1644 et 1911, l'Empire a été dominé par la dynastie mandchoue, non chinoise, des Qing, qui passent pour avoir été plus autoritaires que leurs prédécesseurs chinois. L'Europe a limité toute la richesse et la diversité de la tradition intellectuelle chinoise à cette vision impériale tardive. Ce qui a conduit à la représentation d'une Chine radicalement éloignée et coupée du reste du monde, en somme le grand « Autre » de l'Europe à laquelle elle renverrait son reflet inversé, comme en un « miroir » narcissique. Évidemment, une telle conception est en train de changer avec la montée, supposée irrésistible, de la puissance économique du pays. Le voyage en Chine est un « pèlerinage » désormais obligé pour les élites européennes. C'est le mouvement de pendule caractéristique des relations sino-européennes : on est passé de la fascination pour « le despotisme éclairé » chinois du XVIIIe siècle à la condescendance colonialiste du XIXe siècle. Aujourd'hui, on revient à une forme de fascination dont il faut toutefois se méfier tout autant. Car la croissance économique apparente cache en réalité un envers du décor inquiétant. Derrière les investissements de prestige, il y a la réalité des infrastructures hospitalières déficientes, un système scolaire à deux vitesses, de fortes tensions régionalistes, notamment au Tibet et au Xinjiang, et la gangrène de la corruption. Cette dernière, à elle seule, pourrait bien conduire à une véritable explosion sociale. Le danger est donc de remplacer la peur de l'inconnu par une fascination béate pour « l'exotisme ». De ce point de vue, je trouve le développement des Instituts Confucius, soutenu par le régime chinois, assez préoccupant. À la différence des Alliances françaises ou des Instituts Goethe, ces structures s'implantent à même les universités. Le personnel et le matériel y sont fournis et financés par Pékin et, compte tenu de la réduction des budgets universitaires, le danger est grand que l'enseignement de la langue et de la culture chinoises soit préempté dans nos pays - c'est déjà le cas dans certains pays d'Europe de l'Est - par ces structures qui véhiculent une forme de propagande officielle, une vision qui met précisément en avant cette notion d'altérité radicale.
Propos recueillis par Robert Jules et Romaric Godin
L'Irlande fait basculer le PIB de la zone euro dans le rouge
Aux États-Unis, l’épargne s'effondre à des niveaux historiques
JO 2030 : « Nous allons continuer à bâtir et à investir », promet Éric Ciotti
Cadmium : diminuer la teneur des engrais n'aura d'effet sur les récoltes « qu’après plusieurs décennies »