OPINION. Clara Chappaz : « L’IA enrichit l’art si elle respecte la création »
Clara Chappaz
Ce contenu est réservé aux abonnés La Tribune

La ministre déléguée à l'Intelligence artificielle et au Numérique, Clara Chappaz.
LTD/Iannis G./REA
Clara Chappaz
Ce contenu est réservé aux abonnés La Tribune

La ministre déléguée à l'Intelligence artificielle et au Numérique, Clara Chappaz.
LTD/Iannis G./REA
« J'ai grandi avec Mon voisin Totoro et Le voyage de Chihiro. Comme beaucoup de ma génération, ces œuvres ont façonné mon imaginaire. Elles m'ont appris que la beauté peut être silencieuse, que l'émerveillement peut surgir d'un souffle, d'une forêt, d'un regard. Elles m'ont donné le goût du détail, du récit. À tel point que j'ai commencé à apprendre le japonais pour mieux comprendre ce que Hayao Miyazaki voulait vraiment nous dire.
Aujourd'hui, ces œuvres, que tant d'enfants et d'adultes ont reçues comme un don, sont convoquées dans un autre monde : celui de l'intelligence artificielle. Un monde que je connais bien, qui m'enthousiasme autant qu'il m'interpelle. En tant que ministre déléguée chargée de l'Intelligence artificielle et du Numérique, mon rôle n'est pas de promouvoir sans réserve une technologie, mais d'orienter son développement et de créer la confiance pour accélérer son adoption. Les choix que nous faisons aujourd'hui doivent permettre à nos enfants de vivre dans un monde plus juste, plus créatif, plus éthique demain.
L'intelligence artificielle transforme tout. Elle réinvente notre rapport à la connaissance, au travail, à la création. Elle bouleverse les modèles économiques, les pratiques, les métiers de la création. Elle ouvre des portes et libère des formes nouvelles. Mais cette puissance nouvelle ne peut se développer sans règles. Et surtout, elle ne peut prospérer sur la méconnaissance de ce qui fonde notre rapport aux œuvres : le droit d'auteur.
À lire également
Le cas du Studio Ghibli, dont les productions iconiques ont été reprises sans autorisation dans un modèle d'intelligence artificielle, n'est pas anecdotique. Il ne relève pas simplement d'une zone grise juridique. Il interroge notre rapport fondamental à la création. Car une œuvre, c'est davantage qu'un fichier que l'on copie et recompose. C'est le fruit d'un imaginaire, d'une main, d'un regard. C'est le fruit d'une démarche artistique, souvent longue et méticuleuse. Aucun progrès technologique, aussi vertigineux soit-il, ne saurait ignorer cela.
Clara Chappaz