OPINION. Un budget « déficit zéro » élaboré en un mois, la méthode de Javier Milei
Michael Miguères (*)

Le président argentin Javier Milei.
Ciro De Luca
Michael Miguères (*)

Le président argentin Javier Milei.
Ciro De Luca
Le déficit budgétaire français apparaît désormais hors de contrôle, à 142 milliards d'euros, selon des chiffres publiés fin juillet 2025 qui s'avèrent bien pires que prévu, Au deuxième trimestre 2025, le déficit s'établit à 5,4 % du PIB, tandis que la dette culmine à un nouveau record de 3 345,8 milliards d'euros, soit 114 % du PIB.
Une situation qui force le gouvernement à traquer 43,8 milliards d'euros d'économies supplémentaires pour viser un déficit contenu à 4,6 % en 2026. C'est un cercle vicieux sans fin pour un pays qui a choisi comme politique économique des excès de dépenses sans parvenir à s'en sevrer, et qui assiste impuissant à ses tristes conséquences sur l'économie.
Les différents partis s'affrontent pour savoir comment financer un budget déficitaire avec une telle dette : ceux à gauche et à l'extrême gauche militent pour des solutions de sur-prélèvements pour boucler un budget qui ajoute une dette considérable, tandis que ceux aux centres, à droite et à l'extrême droite, semblent plutôt militer pour contenir le déficit là où il est, avec quelques lignes rouges symboliques.
Le Premier ministre défait, François Bayrou, a tenu des propos très durs et très alarmistes sur les conséquences de la dette, déclarant dans son ultime allocution devant l'Assemblée nationale : « Notre pronostic vital est engagé par le surendettement », et ajoutant avec gravité : « Vous pouvez renverser le gouvernement, mais pas effacer le réel. La dette continuera de croître. » Il a également dénoncé une situation où « notre pays travaille, croit s'enrichir, et tous les ans s'appauvrit un peu plus », qualifiant cette hémorragie budgétaire de « silencieuse, souterraine, invisible et insupportable », tout en mettant en garde contre une dette « totalement improductive » qui ne crée ni emploi ni amélioration des services publics.
Tous ces événements défient la logique, ils se déroulent comme si le lourd déficit était une fatalité, et qu'il n'existait aucune alternative à une politique économique de dépenses publiques "en roue libre", comme les a qualifiées récemment le président de la Cour des comptes.
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Il existe pourtant un contre-exemple éclatant, avec le « budget zéro déficit » du président Javier Milei.
Avant l'arrivée de Milei, l'Argentine incarnait le prototype de l'échec interventionniste. En 2023, l'inflation mensuelle culminait à 25,5 %, la pauvreté touchait plus de 50 % de la population, et la dette publique écrasante alimentait un cercle vicieux de dévaluation et de stagnation. Le péronisme historique, avec ses dépenses publiques excessives et ses subventions généralisées, avait étouffé l'initiative privée. Le « déficit zéro » prôné par Milei était un pilier de son programme de rupture. Sans soutien majoritaire au Congrès, il a eu recours au Décret de Nécessité et d'Urgence (DNU) pour imposer ses réformes.
Ce « méga-décret » de 366 articles a transformé de nombreux secteurs de l'économie : dérégulation des loyers, simplification fiscale, privatisation des entreprises publiques et assouplissement du marché du travail. Les coupes budgétaires ont été drastiques avec une baisse de plus de 20 % de la part des dépenses publiques hors charges d'intérêt de la dette dans le PIB et la suppression de près de 50 000 postes dans l'emploi public fédéral, le gel des travaux publics, la réduction des subventions sur l'énergie et les transports, ainsi que des ajustements sur les retraites et les traitements des fonctionnaires.
Les effets ont été immédiats et mesurables. En 2024, l'Argentine a affiché un excédent budgétaire historique, avec un surplus de 0,3 % en mai 2025, marquant une tendance continue depuis l'arrivée de Milei. L'inflation mensuelle est passée de 25,5 % en décembre 2023 à 1,5 % en mai 2025.
La croissance du PIB, après une contraction de 1,7 % en 2024 due aux ajustements et à une sévère sécheresse, rebondit à 5,5 % en 2025, et à 5,8 % au premier trimestre 2025, soit 50 fois la croissance française de 0,1 % sur la même période. La pauvreté a initialement augmenté à 57 % au premier semestre 2024 en raison des coupes, mais des mesures sociales ciblées ont contribué à une chute à 38,1 % fin 2024, avec une baisse continue en 2025. Le pouvoir d'achat réel a augmenté de 80 % sur certains biens : en février 2024, il fallait 31,4 salaires moyens pour acheter une voiture ; en mai 2025, seulement 17,4. Les investissements ont bondi de 31,8 % en un an, et la note de crédit souverain s'est améliorée, attirant des capitaux étrangers.
L'impact sur le déficit fiscal a été au-delà des espérances. Alors qu'en 2022, l'Argentine affichait un déficit primaire de -2,7 % et un déficit nominal de -4,7 % du PIB, ces chiffres se sont ensuite aggravés à -2,8 % et -5,0 % respectivement en 2023 avant l'arrivée de Javier Milei au pouvoir. Pour rappel, le déficit primaire mesure la différence entre les recettes et les dépenses budgétaires de l'État en excluant les paiements d'intérêts sur la dette.
Le solde primaire de 2024, soit un an après le budget opéré par Milei, a atteint un excédent de 1,8 % du PIB, tandis que le solde nominal s'est établi à +0,3 % du PIB, marquant un retournement spectaculaire par rapport aux années précédentes.
Pour 2025, les projections tablent sur un nouvel excédent primaire, autour de +1,3 % du PIB, ce qui confirme la trajectoire de consolidation fiscale, ce qui est également salué par le FMI dans sa revue récente.

L'exemple argentin, qui ne fait que respecter les enseignements simples des sciences économiques, est particulièrement éloquent : non seulement un budget avec zéro déficit n'est pas si difficile à mettre en œuvre, puisqu'il a été réalisé en un mois seulement, mais les effets sur l'économie peuvent être spectaculaires.
Il souligne également un autre point crucial : l'importance de débattre des questions économiques, notamment de la dette et des dépenses publiques, lors des campagnes électorales. Un débat qui a fait cruellement défaut en France lors des élections de 2024. Pour sortir de l'impasse, les leçons semblent claires : une compression ciblée des dépenses et une dérégulation pourraient libérer l'innovation et la croissance, sans pour autant sacrifier le filet social.
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Ce succès n'est certes pas sans défis, notamment pendant les quelques mois qui ont vu une phase d'ajustement et de transition, mais le statu quo d'une mort programmée et à petit feu d'une économie est-elle réellement une alternative viable et raisonnable ?
Michael Miguères (*)