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La thérapie de choc de Javier Milei : des mesures radicales pour sortir l'Argentine de sa torpeur

Nathalie Janson et Nikolai G. Wenzel (*)

Publié le 08 janvier 2024 à 16:38 - Mis à jour le 08 janvier 2024 à 16:39

Photo d'illustration

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CRISTINA SILLE

Le Quotidien Numérique

11 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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OPINION. Ravagée par le clientélisme dévergondé et un corporatisme qui a asphyxié l'économie, l'Argentine, prisonnière du joug péroniste, a retrouvé un peu d'espoir. Javier Milei est arrivé au pouvoir, voici un mois, avec un programme radical de libéralisation de l'économie, de dérégulation, de baisse du poids de l'État tentaculaire, et de dollarisation. Où en sommes-nous ? Par Nathalie Janson, professeur associé d’économie au sein du département Finance à NEOMA Business School et Nikolai G. Wenzel, professeur d'économie à l'Universidad de las Hespérides, et chercheur associé au American...

... tute for Economic Research.

Javier Milei a pris ses fonctions de président de la République argentine le 10 décembre 2023. Il avait promis un ambitieux programme de réformes pour sauver une économie argentine ravagée par le clientélisme dévergondé et un corporatisme qui a asphyxié l'économie, surtout cette dernière décennie. L'Argentine, prisonnière du joug péroniste, a retrouvé un peu d'espoir. Mais la route sera longue et douloureuse.

Rappelons-le : sous différents noms, différentes dictatures, et différents affrontements entre caudillos régionaux, les guerres d'indépendance argentines durèrent de 1810 à 1860. Le pays, exsangue, reprit son souffle sous une constitution libérale qui transforma l'Argentine de pauvre et vilain petit canard de l'empire espagnol en miracle économique attirant toujours plus d'immigration. En 1910, l'Argentine était devenue le huitième pays le plus riche du monde, grâce à une constitution qui faisait respecter les droits individuels, l'immigration, le droit du culte, la propriété privée, et les lois du marché.

Hélas, le péronisme - héritier idéologique du corporatisme de Benito Mussolini, greffé dans le Cône-Sud par le Colonel Juan Domingo Perón - a stoppé net la croissance et l'opportunité. Redistribution, centralisation, corporatisme, impôts punitifs, corruption...  et divers coups d'états militaires homéopathiques (qui cherchaient à vaincre le mal par le mal)... L'Argentine s'est auto-détruite en 40 ans d'hyperinflation à répétition, après trois crises internationales de la dette et malgré les plans de sauvetage du FMI. Mais, si les dégâts ont commencé en 1946 avec le coup d'état du Colonel Perón, ils se sont accélérés cette dernière décennie, sous une renaissance péroniste depuis 2003. Ceux-ci ont assuré la destruction des contrepoids institutionnels, et ont donné à l'Argentine une inflation de 161%, pendant que le taux de pauvreté a augmenté de 10% à 45% sur la même période.

Javier Milei est arrivé au pouvoir, voici un mois, avec un programme radical de libéralisation de l'économie, de dérégulation, de baisse du poids de l'État tentaculaire, et de dollarisation. Où en sommes-nous?

Rentrer dans le lard des obstacles à la création

Dès son investiture, le gouvernement Milei avait promis de couper les dépenses publiques, mais aussi d'augmenter certains impôts (notamment sur les importations et exportations) pour s'attaquer au déficit budgétaire. Le plus ambitieux programme sort d'un Décret de Nécessité et d'Urgence (Decreto de Necesidad y Urgencia (DNU), prévu par l'article 99 de la constitution de 1994). En cas d'urgence, le président peut imposer certaines mesures sans l'accord en aval du pouvoir législatif. Le DNU du 21 décembre 2023 contient 366 articles visant à sauver l'économie argentine des ravages du corporatisme péroniste (en théorie, le pouvoir législatif peut s'y opposer, mais cela ne rentre pas dans la tradition politique argentine depuis 1994. Faute d'une démission anticipée, le DNU aura vigueur jusqu'au 31 décembre 2025).

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Ces 366 articles se résument en 30 points-clefs. La majorité visent la dérégulation :  du marché immobilier (que cela prenne de la graine à Paris !), de la santé et de la pharmacie, des protections du consommateur, des contrôles des prix, des entraves aux contrats, des marchés du travail (avec un bémol puisque la Chambre National du Travail a suspendu certaines dispositions), et plus. En bref, Milei rentre dans le lard de 80 années de paperasses et d'obstacles à la création de valeur économique, afin que le peuple puisse manger.

Notons deux éléments importants. Tout d'abord, le gouvernement Milei a hérité d'un dilemme épouvantable dont il a pleinement conscience : le dirigisme péroniste a augmenté la pauvreté nationale de 10% à 45% de la population nationale en une décennie. A long-terme, la solution est évidente : il est urgent de rétablir la croissance économique et mettre fin au corporatisme péroniste. Mais à court-terme, les plus pauvres - soit la moitié de la population - vont souffrir de la coupure des subventions et aides publiques en tout genre qui se substituent aux opportunités économiques inexistantes. Pour pallier à ce problème, le gouvernement Milei a doublé, dans l'immédiat, les aides alimentaires et sociales aux enfants. Deuxièmement, le gouvernement Milei reprend en main l'état de droit et entend mettre fin au chantage des syndicalistes péronistes : toute personne bloquant l'accès ou la sortie des entreprises pendant des mouvement de grève peut maintenant être renvoyée, sans privilège légal, et peut s'exposer à la perte de toute prestation sociale.

Rattrapé par la réalité

Pour ce qui est de la dollarisation, le gouvernement Milei à peine élu, a été rattrapé par un principe de réalité. Il a renoncé à la suppression immédiate de la banque centrale parallèlement à la dollarisation en raison de la faiblesse du niveau des réserves en dollars - environ 4 milliards de dollars. En repoussant la mise en œuvre de cette promesse de campagne, Milei s'est privé d'un promoteur ardent de la dollarisation - Emilio Ocampo  - qui à la suite de cette décision a refusé de prendre la direction de la banque centrale. Milei a-t-il craint les conséquences dramatiques d'une réduction drastique de la masse monétaire qui aurait exposé le pays à un risque d'explosion sociale compte tenu du niveau déjà élevé de la pauvreté ? Ou bien n'a-t-il pas voulu raviver le souvenir du Plan Bonex adopté par le gouvernement Menem pour venir à bout d'une inflation proche de 5000% avant l'adoption en 1991 d'un currency board*, sorte de dollarisation déguisée. L'inflation est aujourd'hui moindre - environ 200% - mais artificiellement contenue puisqu'à jusqu'à récemment par le contrôle des prix et des capitaux. Milei ayant mis fin au contrôle des prix, il est urgent d'absorber les pesos créés à tour de bras par la monétisation de la dette par les précédents gouvernements et le paiement des intérêts toujours plus élevés (la charge d'intérêts représente presque 10% de PIB).

La première décision, relativement technique, de la banque centrale a été d'émettre des billets à un jour, appelés pases, payant un intérêt annuel de 100 % à la place des précédents billets à 28 jours -  leliqs -, payant un intérêt annuel de 133 %  afin d'absorber le trop plein de pesos. La principale difficulté de ces opérations techniques est de faire adhérer les banques commerciales pour qu'elles se portent acheteuses. L'objectif est d'absorber le maximum de liquidité avant de lever le contrôle des capitaux afin d'en éviter la fuite ce qui mettrait en péril les banques déjà fragilisées.

Autoriser bitcoin

Parallèlement, le Ministre des Affaires Etrangères Diana Mondino a annoncé la possibilité d'utiliser des monnaies ou actifs autre que la monnaie légale (Article 766). Il permet donc l'utilisation du Bitcoin et autres cryptomonnaies dans les contrats privés. C'est une remise en cause du cours légal, une initiative plutôt opportune dans un pays malade de sa monnaie. Il permet aux entreprises de librement contracter dans les monnaies qui leur semblent plus fiables et qui échappent au contrôle des capitaux pour ce qui est des cryptomonnaies ; ceci a pour principal avantage de continuer à faire des affaires malgré les incertitudes.

Malgré tout, la pauvre Argentine, qui a déjà tant souffert sous la dictature économique du péronisme et la dictature politique de divers régimes militaires, s'apprête à souffrir encore plus, avant de trouver le salut et la prospérité.

L'économiste Friedrich Hayek, prix Nobel en 1974, utilisait l'analogie de l'excès alcoolique. Un lendemain de fête, face à un mal de tête épouvantable, nous faisons face à un choix cornélien : accepter les conséquences des joies de la veille - ou repousser une souffrance qui ne sera que pire le lendemain, en attrapant la bouteille sur la table de chevet... et recommencer le lendemain. Ainsi en est-il des beuveries monétaires et fiscales. Quand le matin arrive, il reste un choix.

Pendant plus de vingt ans, l'Argentine s'est réveillée chaque matin avec una cruda (une gueule de bois) carabinée. Au lieu de réfléchir à ses vices et demander au FMI de cadenasser le cellier, les gouvernements péronistes ont ouvert des magnums de Malbec à chaque aurore. Javier Milei propose enfin d'arrêter la débauche. L'Argentine peut s'en sortir, mais non sans souffrance.

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* Le principe d'un currency board ( caisse d'émission) est de transformer en monnaie locale chaque unité de devise à laquelle la monnaie locale est ancrée qui entre. Le currency board n'est pas une banque centrale et n'a pas vocation à mener de politique monétaire, ou plus exactement ne fait que respecter strictement un système de taux de changes fixe.

Nathalie Janson et Nikolai G. Wenzel (*)

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