AVANT-PREMIERE. Reconnue comme une technologie de stockage et de transmission d'informations sécurisée par différents mécanismes, la blockchain serait-elle en capacité de révolutionner, demain, les pratiques de l’Etat, jusqu’à la gestion de l’authentification en ligne ? C’est ce que suggère un livre blanc sur lequel reviennent, pour La Tribune, le Ministère de l’Intérieur, ainsi que l’IRT Nanoelec, un consortium d’acteurs porté par le CEA et basé à Grenoble. Avec, en ligne de mire, la volonté de traiter un sujet sensible pour la souveraineté nationale, mais aussi de peser à l’échelle...Face à la digitalisation croissante au sein de l'économie et la nécessité qui l'accompagne d'assurer la protection des données personnelles des concitoyens, les services de l'Etat français, et notamment ceux du ministère de l'Intérieur, planchaient depuis quelque temps déjà, sur un nouvel outil : la blockchain.
A travers cette « chaîne de blocs » de données chiffrées, se positionne en réalité une nouvelle technologie de stockage et de transmission d'informations, qui offre un atout de taille : prenant la forme d'un protocole informatique constituée d'un historique de transactions horodatées, elle permettrait de partager et échanger des données tout en se passant d'un organe central, trop facilement piratable.
« Aujourd'hui, la détention des données personnelles des usagers constitue l'une des bases du modèle économique des géants du numérique. Néanmoins, pour l'instant, les écosystèmes d'identité existants sont assez peu adaptés aux nouveaux défis tels que la protection de la vie privée (RGPD), la mise en conformité avec les nouvelles régulations anti-fraude, ou encore avec la prévention du vol d'identité », notent les auteurs de ce rapport.
De quoi intéresser au plus haut sommet de l'Etat, où la culture de la protection des données personnelles alimentées par des services comme la CNIL et des réglementations comme la RGPD ont pris un nouveau tournant au cours des derniers mois, dans un contexte de fort accroissement des échanges dématérialisés observé pendant la pandémie.
Une notion d'identité à « la française »
« La base de cette réflexion était de se demander comment protéger la culture de l'identité à la française, dans un monde numérique où l'on parle de plus en plus de mondialisation sans régulation », fait valoir Christine Hennebert, l'une des trois coauteurs de ce document.
Avec, en ligne de mire, la délicate question de« l'identité numérique», qui n'existe d'ailleurs pas comme un élément juridique à part entière, mais plutôt comme un « processus permettant de digitaliser des éléments d'identité sur un support numérique, qui permettent de remonter ensuite à l'identité juridique.