COVID-19 et Blockchain  : une technologie aux nombreux atouts en période de crise

 |   |  1100  mots
(Crédits : dr)
TRIBUNE - Les Nations unies ont récemment salué le rôle d’Ant Financial (filiale du Groupe Alibaba) pour sa solution Blockchain, qui permet d'accélérer la demande de prêts (et donc d’atténuer les dommages causés par la crise) pour les PME et TPE. Selon, Julien Furlanetto, manager chez Wavestone, les technologies Blockchain doivent davantage s'inviter dans les réflexions sur les actions à mener pour gérer la crise économique et financière liée à la pandémie de coronavirus. Il dessine, dans cette tribune, plusieurs scénarios

L'impact de la pandémie COVID-19 sur l'économie mondiale s'annonce majeur. La plupart des grandes institutions publiques financières françaises et européennes ont d'ores et déjà annoncé différents plans de soutien et de relance qu'elles ont commencé à mettre en œuvre afin de limiter les dégâts.

Sans certains mécanismes d'incitation et autres instruments permettant d'orienter la consommation, la relance de l'économie sera compliquée. Elle pourrait néanmoins être accompagnée d'innovations nées du numérique, comme la technologie Blockchain, qui dispose d'un écosystème dynamique, avec rien qu'en France plus de 70 startups dont l'activité est purement centrée sur cette technologie.

Cet engouement touche également les grands groupes et les institutions. La Banque de France se tient ainsi prête à mener des expérimentations sur un euro digital et a lancé un appel à candidatures afin d'identifier des moyens pour renforcer l'efficacité et la productivité du système financier.

Lire aussi : Malgré la crise, la Banque de France poursuit ses travaux sur une e-monnaie

Aujourd'hui, l'ensemble de ces démarches consistent à faire de l'acculturation, de l'idéation, ou encore des tests et prototypages de solutions Blockchain. Très souvent, l'objectif n'est pas de trouver la « killer app » qui va révolutionner un secteur, mais plutôt de se tenir prêt et d'anticiper au mieux les évolutions à venir, sur le plan technologique, organisationnel et sociétal.

Accompagner la relance économique

Dans une perspective de relance de l'économie sur les prochaines années, la Blockchain peut permettre aux institutions financières d'innover pour gagner en efficacité. L'annonce par la BCE du nouveau programme d'achat d'obligations de 750 milliards d'euros vise à protéger l'économie de la zone Euro contre les répercussions de la crise. Cela constitue un signal de lancement des futurs développements qui pourraient suivre en matière de politique monétaire, s'apparentant dans une certaine mesure à une nouvelle ère des actions menées par la BCE.

Les volontés des pouvoirs publics ont ainsi commencé à s'exprimer afin d'anticiper au mieux ce qui sera nécessaire afin de donner les meilleures conditions d'un rebond à l'économie européenne au cours des prochaines années. Les outils permettant la mise en application de ces politiques monétaires de relance et capables d'améliorer leur finalité au sein de l'économie réelle, peuvent cependant encore être complétés et précisés.

Une nouvelle solution numérique, notamment sur la base de ce que peut offrir la Blockchain (qui permet de s'assurer de la conformité d'un titre grâce à une signature électronique universelle), est espérée pour assurer que les liquidités injectées dans l'économie européenne serviront aux fins escomptées. Rappelons que la récente Loi Pacte précise les contours juridiques des actifs numériques et de leurs prestataires. Une première étape indispensable, qui permet désormais d'aller plus loin.

On pourrait dès lors imaginer un dispositif qui reviendrait à émettre des actifs numériques à valeur stable dits « stablecoins » par une banque centrale (représentant une valeur monétaire légale) conçus pour être utilisés à des fins précises (pour l'acquisition de biens de première nécessité, de consommation durable, etc.). Ce dispositif permettait de rester dans un circuit fermé, avec un « stablecoin » qui serait réinjecté directement dans l'économie réelle.

En France, l'AMF a mis en place un régime adapté aux levées de fonds en crypto-monnaies (Initial Coin Offering - ICO). Toutefois, sur le plan européen, le niveau d'adoption de ce régime laisse présager qu'il reste encore quelques éléments techniques et réglementaires à finaliser.

L'exemple chinois d'Ant Financial

Cette nouvelle forme de financement a connu des abus mais son potentiel est réel pour donner accès au capital à des PME et TPE qui vont avoir des difficultés à se financer dans ce contexte de crise. Dernier exemple en date : Ant Financial, filiale du Groupe Alibaba, qui veut dire « Fourmi », et qui traduit la volonté de cette société à aider les petites entreprises, appelé « les fourmis de l'économie ».

Sa solution Blockchain nommée « Ant Duo-Chain », permet aux PME de demander des prêts aux banques en valorisant leurs créances existantes sur les grandes entreprises. Dans un délai très court, cette solution présente des garanties supplémentaires aux banques, pour accorder un prêt et ainsi aider une PME à faire face à la crise. Techniquement, il s'agit d'une plateforme de financement qui référence les créances d'un écosystème. La technologie Blockchain intervient pour renforcer la transparence et l'accès à des informations en temps réel sur les entreprises, ce qui accélère les processus de demande de prêt.

On peut tout à fait qualifier Ant Financial de néobanque, à l'instar de Revolut ou N26, mais hautement intégrée à Alibaba et aux commerçants. Ces derniers, peuvent ainsi bénéficier d'un processus de demande de prêt immédiat, pour assurer la continuité de leur activité auprès d'Alibaba ou réaliser des investissements.

Offrir un tout nouvel horizon aux PME et TPE

Voici donc une source d'inspiration, à étudier de près au niveau européen, si l'on souhaite démultiplier la capacité à prêter aux entreprises. Pour aller plus loin, on pourrait même imaginer d'étendre le concept d'ICO aux entreprises qui seront mises en difficultés dans cette période de crise.

Dans ce contexte, pourquoi ne pas laisser un cadre ouvert (ou encadré par l'AMF sous le dispositif « ICO ») pour permettre à n'importe quelle PME d'émettre des jetons numériques pour se financer ? Cela pourrait offrir un tout nouvel horizon à toutes ces PME et TPE pour lesquelles les dispositifs existants du gouvernement ne seront pas suffisants pour sauver leur activité. Il s'agirait, par exemple, de permettre d'un côté à un restaurateur de « tokéniser » son restaurant (similaire à une introduction en Bourse), pour permettre de l'autre côté d'en posséder une part, et ainsi investir pour soutenir l'économie locale.

Dans une perspective de relance de l'économie sur les prochaines années, la Blockchain permettrait aux institutions financières d'innover. C'est certainement l'une des conditions pour sortir de cette crise sur la durée. Il reste à espérer que les pouvoirs publics sauront donner un cadre favorable pour pouvoir tirer profit de ces solutions, afin de donner des moyens aux PME de survivre pendant et après cette crise.

Julien Furlanetto est manager au sein du cabinet de conseil Wavestone et spécialisé dans les technologies Blockchain.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 07/05/2020 à 15:34 :
Technologie dans le programme voulue des Élites technico- financiers ....
Pour faire évoluer les populations mondiales , il était inutile de choisir « la déshumanisation assumée «  la peur fait faire n’importe quoi ou de ne pas habiter le corps matériel humain et qu’il soit dominé par le mal tout puissant .
a écrit le 07/05/2020 à 15:05 :
Et c'est reparti : propagande et lobbying a gogo ! Ces " penseurs" feraient mieux d'aider leurs compatriotes, au lieu de nous rédiger des manifestes à la gloire de la finance mondialisée.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :