ENTRETIEN —Entre fidélité, doutes, blessures et reconstruction, l’acteur lève le voile sur ce qui l’anime aujourd’hui : aimer, comprendre, et continuer à avancer.
Le doute, il vit avec. Il a cette voix douce, un peu traînante, comme lestée d'un trop-plein de pensées. Un fils de prof, complexé car « pas un intellectuel », qui s'excuse presque d'être là, tout en y mettant tout son cœur.
Bernard Campan, ce n'est pas qu'un ancien Inconnu. C'est un être à la fois pudique et transparent, drôle et grave, lucide et cabossé. Il est 9 heures du matin, il a mal dormi, s'excuse à demi-mot. Et pourtant, il est là, à l'écoute, les yeux en face du cœur.
LA TRIBUNE DIMANCHE — Dans la pièce Un pas de côté, il est question de désir qui revient mais avec une autre femme. Vous êtes vous-même marié depuis trente-cinq ans avec Anne. C'est un sujet qui vous parle ?
BERNARD CAMPAN — Ce que j'aime dans ce texte, c'est qu'il parle du trouble, sans caricature. Ce trouble qui peut ressurgir, même après trente ans. Parce que, oui, à 60 ans, on peut encore être touché. On peut encore trembler. Je suis fidèle, parfois peut-être trop. Mais je sais ce que j'ai bâti. Et ce que j'ai à perdre. Alors bien sûr que je doute, parfois. Je me demande si j'ai fait les bons choix. Mais je continue à aimer.
Votre épouse travaille-t‑elle avec vous ?
Anne est violoncelliste mais je la consulte tout le temps. Quand j'hésite sur un scénario, elle est la première que je sollicite. Elle lit énormément, surtout des romans. Elle repère immédiatement si un texte est juste ou pas. Parce que le doute, je vis avec. Depuis toujours. C'est un compagnon de route. Il ne part pas, mais j'ai appris à avancer avec lui.
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Oui, je crois qu'il a toujours été là, en filigrane. Mais, jeune, je ne le ressentais pas. À 17 ans, j'étais plutôt fonceur. Trois accords de guitare, une idée, et je lançais : « Allez, on monte un groupe. » J'avais ce côté chef de bande, plein d'énergie, d'élan. Et puis à 22 ans, il y a eu cette critique sur mon tout premier spectacle qui m'a coupé les jambes. Une phrase, lapidaire : « Une pièce très mauvaise, avec des comédiens sans talent. » J'ai tout arrêté. Je me suis dit : « Tu n'es pas fait pour ça. Tu n'as pas ta place. » C'est Didier [Bourdon] qui m'a raccroché à la scène en trouvant les mots, les bons. Ceux qui te relèvent.