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« Quand Harry rencontre Sally » : les coulisses de l'iconique scène de l'orgasme

Aurélien Cabrol

Publié le 19 août 2025 à 15:00

La scène mythique de « Quand Harry rencontre Sally ».

La scène mythique de « Quand Harry rencontre Sally ».

LTD/coll.Christophel/Castle Rock Entertainment/Nelson Entertainment

La Tribune Dimanche

N146 ● 19 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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SEX AND SCENES (6/7) – Chaque semaine, (re)découvrez une scène de sexe qui a marqué le cinéma. Une seule séquence peut-elle faire basculer un film dans la légende ? Oui, quand Billy Crystal se retrouve face à Meg Ryan qui feint l’orgasme en public. Enjoy !

Pourquoi le cacher ? Au départ de toute cette histoire, il y a somme toute une assez banale « rom com » (comédie romantique, en français), comme Hollywood en raffole et sait les produire en série pour le grand écran depuis la création du cinéma ou presque. Il semble même que la première réunion entre les futurs protagonistes de Quand Harry rencontre Sally (la scénariste Nora Ephron, le réalisateur Rob Reiner et le producteur Andrew Scheinman) se soit soldée par un échec  : Ephron rejette la première idée du cinéaste.

Nous sommes alors en 1984 et le film ne sortira que cinq ans plus tard. Mais, de réunions de travail en déjeuners préparatoires, une idée se fait jour  : et si on racontait l'histoire d'un homme et d'une femme qui deviennent amis et ne veulent pas coucher ensemble de peur de mettre en péril cette relation platonique, mais finissent tout de même par tomber dans les bras l'un de l'autre ? Soit une énième variation sur le thème universel de boy meets girl (« un garçon rencontre une fille ») avec ici, il est vrai, le petit piment de la dimension amicale préalable.

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Mais toute comédie romantique qui se respecte se doit d'inventer quelques obstacles à son histoire d'amour, sous peine de ronronner et potentiellement d'endormir ses futurs spectateurs. Et c'est précisément d'ailleurs ce qui faillit arriver au cours du tournage de Quand Harry rencontre Sally.

Que s'est-il donc passé ? Le film raconte la rencontre en 1977 de Sally Albright (Meg Ryan) et de Harry Burns (Billy Crystal). Leurs études terminées à Chicago, ils doivent se rendre à New York pour trouver du travail. Sally prend la route avec Harry, le petit copain de son amie Amanda, mais la conversation dégénère quand le jeune homme affirme haut et fort qu'« entre les hommes et les femmes, il ne peut y avoir d'amitié parce que le sexe fait toujours barrage ». Conception que ne partage absolument pas Sally. Ces deux-là ne peuvent manifestement pas s'entendre. Or, une décennie plus tard, la vie va se charger de les mettre de nouveau en relation et, alors que naît une amitié imprévue, d'éprouver la vitalité, ou non, de leur antagonisme initial. Autrement dit  : les deux amis finiront-ils amants, voire mari et femme ?

Comme on pouvait s'y attendre, le tournage se déroule tranquillement et la gentille « rom com » déploie ses charmes en usant des ficelles habituelles. Sauf qu'un beau matin le réalisateur, Rob Reiner, s'aperçoit que le film commence à trop se focaliser sur le personnage masculin au détriment de Sally. Immédiatement consultée, la scénariste Nora Ephron en est d'accord et propose dans la foulée une idée qui va faire entrer le film dans une dimension carrément culte : et si Sally, au cours d'une conversation animée et contradictoire avec Harry sur la capacité des hommes à s'apercevoir qu'une femme simule l'orgasme, se mettait soudain à simuler justement un orgasme pour prouver qu'elle a raison ?

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Une audace assumée

Meg Ryan, première concernée, approuve sans réserve. Et, cerise sur le gâteau, propose même que ladite simulation se déroule en public, dans un restaurant, histoire de pimenter un peu plus la situation, de la rendre plus scabreuse encore et plus drôle aussi. Son plein accord devient d'autant plus essentiel qu'il lui faut totalement s'investir dans cette scène de pure comédie mais d'une audace assumée. Comme on le voit dans le making of du film, l'actrice a dû rejouer la scène à plusieurs reprises. C'est‑à-dire simuler plusieurs fois et avec conviction un orgasme pour le moins démonstratif. Meg Ryan y gagnera ses galons de comédienne hors pair aux yeux et de la critique et du public, tous bluffés par ce moment incroyable et ce véritable « numéro » au dérapage parfaitement contrôlé.

Par définition simple spectateur de la scène, Billy Crystal y ajouta cependant un grain de sel qui fit lui aussi sensation. Quand la scène se termine, c'est‑à-dire quand Sally a atteint son orgasme pour de faux et qu'elle poursuit le plus tranquillement du monde son repas, une cliente plutôt âgée (jouée par Estelle Reiner, la propre mère du réalisateur, Rob Reiner) se tourne vers une serveuse et lui dit  : « Donnez-moi la même chose qu'elle. »

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Géniale façon de parachever ce pied de nez aux convenances et plus encore à la masculinité trop sûre d'elle-même. En 2005, le très sérieux American Film Institute place cette réplique d'anthologie à la 33e position dans son classement des 100 répliques de films les plus mémorables. Nora Ephron s'est également souvenue que, en amont de la sortie du film, lors de l'une de ces projections tests qui plaisent tant aux producteurs américains, les spectatrices riaient aux éclats alors que leurs homologues masculins demeuraient mutiques, pétrifiés par cette soudaine mise en lumière de ce qu'ils ne voulaient en aucun cas savoir ou reconnaître.

On aurait tort cependant de croire que tourner cette scène fut un long fleuve tranquille. C'est Rob Reiner qui, quelques années tard, révéla que Meg Ryan avait eu, et comment s'en étonner, quelques difficultés et pudeurs au moment de s'élancer dans son... monologue.

« Meg était nerveuse, a-t‑il ainsi déclaré. Évidemment, vous êtes en face de figurants et de tous les membres de l'équipe. Ainsi, les premières prises, elle les a faites dans une tonalité trop faible, en retrait. C'était un peu tiède. » Et le cinéaste de prendre alors la place de Billy Crystal, en disant à Meg Ryan  : « Regardez, Meg. Je vais vous montrer ce que je veux. Je lui ai fait tout un numéro, en criant, en tapant sur la table. » De quoi libérer l'actrice et la désinhiber, comme le résultat final le prouve amplement.

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Et c'est bien ce que l'histoire a retenu, ainsi que le prouve l'incroyable destinée et du film et plus encore de cette scène iconoclaste. Trente-six ans après sa sortie, Quand Harry rencontre Sally n'a rien perdu de son charme et de sa verve. À telle enseigne que cette année les deux acteurs principaux du film ont rejoué à l'écran LA scène culte du film. Non dans un remake ou une suite, mais pour les besoins d'une publicité pour la mayonnaise Hellmann's qui a été diffusée le jour du Super Bowl, en février dernier.

Le clip se déroule dans le restaurant Katz's Delicatessen, le célèbre établissement new-yorkais, là même où la scène a été tournée. Mais cette fois, annonceur oblige, Meg Ryan a un orgasme culinaire en dégustant un sandwich garni de mayonnaise de la marque  ! On sait que le Super Bowl est un événement majeur pour les marques américaines et qu'elles rivalisent alors d'inventivité pour capter l'attention des millions de spectateurs que rassemble l'événement sportif. Il s'agit ici de marquer les esprits et plus encore les consommateurs en associant une scène cinématographique passée à la postérité et un produit alimentaire du quotidien. Avec, qui plus est, la complicité active des deux acteurs concernés.

Certains pourront faire la fine bouche devant ce mélange des genres, mais c'est bien l'ultime preuve, si besoin était, que cet orgasme est devenu le plus célèbre de toute l'histoire du cinéma populaire. Au final, derrière une comédie romantique anodine peut se dissimuler une bonne claque au machisme ordinaire.

La semaine prochaine : 9 semaines 1/2, d'Adrian Lyne

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Le film

Réalisation : Rob Reiner

Scénario : Nora Ephron

Musique : Marc Shaiman et Harry Connick Jr

Produit : par Rob Reiner et Andrew Scheinman

Tournage : du 29 août au 15 novembre 1988 à Los Angeles, Chicago et New York

Durée : 96 minutes

Budget : 16 millions de dollars

Sortie en France : 12 juillet 1989

Box-office 1,8 million d'entrées

DVD : Columbia Pictures

Aurélien Cabrol

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