Au Festival d'Avignon, rire pour défier le pire

Pépite du Festival d’Avignon, « Fast » interroge, sans juger, notre manière de consommer.
LTD/Ryszard Karcz

Pépite du Festival d’Avignon, « Fast » interroge, sans juger, notre manière de consommer.
LTD/Ryszard Karcz
C'est vieux comme le monde et établi en psychanalyse : le rire et le mot d'esprit servent de soupapes à l'angoisse. On s'en souvient avec bonheur chaque été à Avignon, où l'on s'étonne de sortir souriant de spectacles porteurs de sujets graves, scandaleux sinon déprimants... Ainsi vont l'impayable Lou Trotignon qui, dans Mérou, déclenche l'hilarité en racontant son parcours de transsexuel dans le contexte de la montée de l'extrême droite, et le malicieux Nuno Nolasco qui, dans Ancora tu, transforme son chagrin amoureux en comédie solaire. Cet art de toucher les consciences en les soulageant plutôt qu'en les brusquant, au moyen d'un second degré bien senti plutôt qu'un bon sens sans nuance, se trouve aussi dans Fast, autre pépite du Off...
Conscients que le théâtre documentaire s'enlise parfois dans une forme d'exposé trop magistral, Olivier Lenel et Didier Poiteaux ont pris le parti, farceur, de reprendre les codes des jeux télévisés dans leur pièce consacrée à la fast fashion. Très renseigné, ludique et participatif, leur spectacle raconte comment tout un pan de la mode, pourtant si plaisante et si essentielle, s'est subrepticement métamorphosé en poison toxique, responsable des pires désastres sociaux et écologiques.
Cette prise de conscience, le duo de comédiens l'amène en douceur en tendant son micro au public, invité à se souvenir des modes imparables des années 1980, 1990 ou 2000. Chemin faisant, le spectateur s'interroge sur son vrai désir, qui n'est pas forcément celui qu'insuffle son influenceur préféré. Il reçoit au passage des informations vérifiées sur les dégâts engendrés par des industries qui se soucient de rentabilité, pas de lui ! Au passage, surtout, il assiste à un défilé de mode des plus loufoques, hilarant...
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Dans d'autres registres encore, on se souviendra de Roda Favela, de Laurent Poncelet, qui témoigne de la violence des favelas au Brésil et dont on sort revigoré, léger ! Et de Jamais, du clown Matthieu Poulet, où Peter Pan devient, sans crier gare, un capitaine Crochet effrayant mais tellement drôle. Cathartiques, plus distrayants que militants... et si ces petits spectacles changeaient nos perceptions et nos habitudes ?
Fast, à 10h30 au théâtre des Doms, jusqu'au 26 juillet.