De l'art du doggy bag
François Simon

Et vous, le doggy bag, vous osez ?
LTD/Sylvie Pabion Martin/Shutterstock
François Simon

Et vous, le doggy bag, vous osez ?
LTD/Sylvie Pabion Martin/Shutterstock
Jamais de la vie ! La honte ! Plutôt se jeter du pont que de demander à emporter les restes de son repas au restaurant... Calmons-nous, cette pratique écoresponsable arrive en douceur, encore s'agit-il de gérer le dossier avec délicatesse.
Depuis la loi du 10 février 2020 relative à la lutte contre le gaspillage alimentaire, les restaurateurs se doivent de proposer des contenants réutilisables ou compostables. Attendez-vous cependant à des sourcils en accent circonflexe, mais surtout ne désarmez pas, vous avez un bon entraînement à Paris notamment, avec les taxis étonnamment parfois démunis d'une machine à carte de crédit. Pourtant depuis le 1er janvier 2016 (arrêté préfectoral du 22 décembre 2015), c'est obligatoire sauf en cas de problème de terminal, qui doit alors être annoncé dès la prise en charge du client.
Elle trouve son origine aux États-Unis. Lorsque l'appétit pourtant vaste à l'époque calait devant des assiettes dodues, il était alors naturel de demander d'isoler les restes dans un sac à cet effet pour le rapporter à son clebs adoré. Rien de plus banal et de plus socialement accepté.
Mais on était encore loin du sac ; une sorte d'étiquette qui conférait à l'univers des restaurants un maintien, sans ///?/// à repartir avec son os de gigot d'agneau sous le bras ou le fond de bouteille de son muscadet.
Bien sûr, il est plus confortable d'évoquer l'appétit joyeux de son molosse que d'afficher son côté penny pincher : un sou est un sou, finalement. On peut toujours essayer de réclamer les algues du plateau de fruits de mer, l'ensemble du plateau de fromages, sa paille ; l'eau de la carafe...
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L'Agence de la transition écologique (Ademe) a ainsi calculé que chaque année environ 10 millions de tonnes de nourriture consommable sont gaspillées en France. Soit 150 kilos par habitant et par an, soit 16 milliards d'euros.
Inutile de rougir et d'utiliser le subjonctif de l'imparfait, les restaurateurs sont rompus à cette pratique. Certains le font même avec gentillesse et générosité en ajoutant un peu de rab. L'extase. Expérience vécue chez Maxim's, jadis, avec le ramequin armorié sous les restes d'une caille farcie.
Il va de soi que les tartares de poisson ou de viande sont des bombes ambulantes ; un coup de chaud et hop, les bactéries organisent leur congrès mondial annuel et vous allez tout droit à l'hosto.
Une fois les aliments emportés, il incombe au client de s'assurer de leur bonne conservation et de leur consommation dans un délai raisonnable pour éviter tout risque alimentaire. Le restaurateur est donc dédouané ; et logiquement, il vous le rappellera si ce n'est déjà mentionné sur une étiquette.
Hélas, la bonne conscience s'arrête parfois en chemin. On peut être vertueux le temps de réclamer les restes, mais il n'est pas rare de découvrir le lendemain matin que la barquette est restée sur la table de la cuisine : le saumon est déjà gris, les patates ont les pattes en l'air, la pizza a rejoint les terres de la consternation... Pourtant, rien de plus inspirant que la cuisine des « beaux restes » : gratin, hachis parmentier, riz sauté aux légumes, sandwichs... On en fait des livres, avec de surcroît ce cadeau du ciel : la bonne conscience.
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En fait le doggy bag dit beaucoup sur notre façon de gérer notre appétit. Bien souvent, nous allons bien au-delà de ce que notre corps réclame. De nombreuses études suggèrent qu'une partie significative de la population en France mange plus que ce dont elle a besoin en matière de calories. Cela contribue aux problèmes de poids et de santé publique. Nous n'avons qu'une idée approximative de notre seuil de satiété alors que celui-ci ne se déclenche qu'au bout de vingt minutes. Pourtant, nous avons toutes les connaissances diffusées en abondance sur ce thème et délibérément nous nous embarquons au-delà des limites. C'est l'appropriation du risque, avec comme ambassades les restaurants et l'art de la tentation.
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