Élodie Poux : « La solitude ne m’a jamais terrorisée »
Propos recueillis par Joséphine Simon-Michel

« La Tribune Dimanche » a rencontré Élodie Poux au Quinzerie, rue de la Convention (Paris 15e).
LTD/Alexande Isard/Pasco
Propos recueillis par Joséphine Simon-Michel

« La Tribune Dimanche » a rencontré Élodie Poux au Quinzerie, rue de la Convention (Paris 15e).
LTD/Alexande Isard/Pasco
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Le Syndrome du papillon, son nouveau one-woman-show, est une douce allégorie de sa vie « d'avant ». Jusqu'à 30 ans, elle mène sa vie cahin-caha, pas malheureuse mais pas heureuse pour autant. Animatrice extrascolaire, elle amuse les enfants de maternelle mais, dans son subconscient, ce sont les adultes qui l'aideraient à prendre confiance en elle.
Une annonce parue dans le journal pour des cours d'art du conte et d'expression corporelle fait basculer sa vie. Depuis, elle remplit les Zéniths de France et vient de rejoindre le casting de la série Scènes de Ménages sur M6. Pour Élodie Poux, faire rire a toujours été un jeu d'enfant.
LA TRIBUNE DIMANCHE — Après douze ans avec les maternelles, vous en avez eu marre des mignonneries ?
ÉLODIE POUX — Je ne renie pas du tout ces années, mais j'étais là sans être là. Je savais qu'autre chose m'attendait quelque part, mais quoi ? Je traînais depuis l'enfance pas mal de bagages... À 13 ans, j'ai quitté le pensionnat sport études de Nice pour un collège en banlieue sensible de Nantes. Si j'étais une élève moyenne, je n'ai jamais pu trouver ma place aux côtés de ces élèves qui menaçaient les profs avec des couteaux ou faisaient des rodéos urbains...
Vous auriez pu flirter avec la violence ?
Je jouais encore aux Playmobil avec mon petit frère. En tant que deuxième d'une fratrie de cinq enfants, j'étais la baby-sitter gratos. [Rires.] Quand on te missionne pour garder tes frères et sœurs, tu obéis et tu te tais.
Ça sent la rancœur...
Oui et non. Bien sûr que j'aurais préféré traîner avec mes copines. J'ai longtemps été l'enfant du milieu. Avec deux frères qui suscitaient toutes les attentions. L'aîné par son hyperactivité au dernier degré, dangereux pour lui-même et pour les autres, et l'autre pour sa beauté. Les deux derniers sont arrivés bien plus tard... Alors Dieu merci, Élo, au moins, on ne l'entend pas !
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Comment vous occupiez-vous dans votre chambre ?
À 8 ans, j'ai commencé à avoir des rêves de cinéma à la suite d'un reportage sur les enfants acteurs. Ils avaient mon âge et étaient déjà adulés, au centre de toutes les attentions... Je m'imaginais comme ces gamins stars à tourner dans des films, avec une fausse caméra, des décors imaginaires. La solitude ne m'a jamais terrorisée. J'étais le genre de bébé que l'on peut oublier facilement quelque part.
C'est du vécu ?
Je me souviens d'avoir été retrouvée auprès des singes après avoir été perdue pendant plusieurs heures dans un zoo... [Rires.]
Mais si on lit entre les lignes, on décèle bien ce besoin d'être entendue...
Je ne me posais même pas la question. J'ai très vite compris que ma place était de ne surtout pas déranger. Ce n'était pas une souffrance car je préférais rester seule dans ma chambre. Et puis ça convenait bien à tout le monde !
Vous en vouliez à votre famille ?
Je ne peux pas leur en vouloir parce que mon frère était vraiment dangereux pour nous tous. Il a foutu le feu, m'a étranglée avec un lasso en jouant au cow-boy... Si j'avais un gamin aussi hyperactif, il serait autant au centre de mon attention.
J'ai lu que vous aviez fait un burn-out récemment.
Je m'en suis rendu compte parce que j'ai commencé à avoir des tocs de vérification et des hallucinations auditives. Le corps t'envoie plein de messages, et moins tu les écoutes, plus ils sont violents. Je pouvais être tranquillement au parc avec ma fille puis l'imaginer traverser la route et se faire renverser. Mon corps ressentait intégralement cette douleur et se mettait en état de panique alors qu'elle était tout simplement en train de s'amuser sur un toboggan. Et puis j'entendais des voix, des chuchotements, des personnes qui t'appellent, tu te retournes et il n'y a personne... Là, tu te rends compte que la dépression est bel et bien installée.
Vous êtes à l'aise avec votre corps ?
Parfaitement. Et encore plus aujourd'hui qu'à 20 ans, quand j'avais un corps musclé et bien proportionné. J'ai fait partie de l'équipe de France espoir de viet vo dao, un art martial sino-vietnamien. Je suis un bébé prématuré et j'ai longtemps été très maigre. On me gavait pour me faire grossir. J'en ai passé, des après-midi devant mon assiette de steak frites... Croyez-moi, ça laisse des traces, et je ne veux surtout pas reproduire le même schéma avec ma fille. Tu n'as pas faim ? Tu mangeras plus tard. Au moins, ça lui évitera d'avoir des troubles du comportement alimentaire comme sa mère...
Vous fixez-vous des limites dans l'écriture de vos sketchs ?
Tant que ça me fait marrer, je continue, quitte à parfois être borderline...
Qu'est-ce qui ne vous fait pas rire ?
Les sketchs de cul, de pédophilie. Je ne touche ni à la religion ni à la politique.
Quel regard les hommes portent-ils sur vous ? La femme humoriste qui ne s'interdit rien leur fait-elle peur ?
Je pense qu'ils ont plutôt peur d'une femme qui a suffisamment confiance en elle pour ne rien attendre d'eux. Ce qui est mon cas. Mon mari, artiste et aussi mon producteur, est d'une grande importance dans ma vie. Et pourtant, je n'attends pas de lui son approbation, ses compliments sur mon travail. Je ne lui fais jamais lire mes sketchs avant de les essayer face à mon public. Je pense que le regard des hommes envers les femmes humoristes peut aussi être altéré lorsqu'elles évoquent des sujets basés sur la sexualité.
C'est comment, le dimanche d'Élodie Poux ?
Je rentre de tournée, le bus se gare vers 7 heures, je monte dans un taxi, rentre à la maison, défais ma valise, lave le linge pour repréparer la valise pour le prochain départ en tournée. L'après-midi, c'est plutôt séance cinéma en famille, dans le lit avec l'ordinateur sur les genoux et un bol de céréales.
En tournée des Zéniths dans toute la France et au Dôme de Paris les 28,29 et 30 mars.
Pour les restos, c'est le Bouillon Chartier des Grands Boulevards. Son coup de cœur artistique, c'est Charlotte Boisselier. « Elle fait toutes mes premières parties. L'une des futures stars de l'humour ! » Côté musique, elle apprécie Léo Meynard, alias St Graal.
* Bouillon Chartier Grands Boulevards, 7, rue du Faubourg-Montmartre (Paris 9e).
Propos recueillis par Joséphine Simon-Michel
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