La chronique de François Simon. L'Épi d'Or, vanity food
François Simon
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Cette semaine, François Simon a testé l'Épi d'or, le bistrot de Jean-François Piège, et n'a vraiment pas apprécié.
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François Simon
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Cette semaine, François Simon a testé l'Épi d'or, le bistrot de Jean-François Piège, et n'a vraiment pas apprécié.
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Rien ne vaut la visite d'un bistrot à la mode pour passer un bon moment. Entendons-nous : lorsque vous regardez la superbe clientèle de cette adresse rétro-attendrie de la rive droite de Paris, il est incontestable que vous avez affaire à une caste bien élevée, hautement éduquée, capable de reconnaître à 10 kilomètres la pochette enveloppe, les lunettes XXL, la ceinture ultra-basse... Elle a la conversation persifleuse, le sourire oblique des sachants. Et pourtant, dans leur assiette cahote tranquillement une volaille du jour sans aucun intérêt, livrée en petits tronçons avec (la purée annoncée étant « manquante ») un tumulus de riz basmati digne du plateau d'un restaurant d'entreprise.
Le verre de vin rouge est à 15 euros (un saint-joseph), le service anodin un brin débordé, oubliant de sourire. On réalise alors que les nourritures ont un statut ancillaire, un peu bébêtes, qui surplombe de notre QI. Il y aurait presque ce que parfois nous attendons d'un plat. Qu'on le laisse, comme tenu (en laisse), retrouver la toute-puissance de notre volonté : le laisser à plat (ventre) dans le plat. Repousser les intrus, considérer la nourriture comme une ennemie que l'on assèche (dry) en janvier que l'on perce et tatoue. Et reprendre la conversation.
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Il y a là un entre-soi délicieux, un brouhaha ourlé. Et lorsque arrive l'addition, on frémit intérieurement devant notre inconscience. Après tout, ce n'est pas grave, la soirée fut mondaine, instructive ; et les nourritures restaient là où elles devraient rester, en contrebas, jamais menaçantes, piètres, rangées. Ces nouvelles adresses restent cependant passionnantes dans leur babil, dans ce nouveau langage des apparences.
François Simon