Les forteresses royales du Languedoc bientôt inscrites à l’Unesco
Mathilde Giard

Le Château de Puilaurens est un ancien château fort dit « cathare », situé dans le département de l'Aude, en région Occitanie.
LTD/Philippe Benoist
Mathilde Giard

Le Château de Puilaurens est un ancien château fort dit « cathare », situé dans le département de l'Aude, en région Occitanie.
LTD/Philippe Benoist
Le terme de châteaux cathares aux oubliettes ? À cheval sur l'Aude et l'Ariège, ces citadelles du vertige répondent désormais à l'appellation de « forteresses royales du Languedoc ». C'est sous ce titre qu'un dossier de classement au patrimoine mondial de l'Unesco est en préparation depuis douze ans. Après Carnac en 2025 - verdict attendu le week-end prochain -, la France présentera en 2026 la candidature de l'enceinte de Carcassonne et des sept nids d'aigle dressés au pied des ultimes replis des Cévennes et des premiers contreforts des Pyrénées.
De quelle façon ce bien en série présente-t‑il une valeur universelle exceptionnelle qui transcenderait nos frontières ? Montségur, Peyrepertuse, Quéribus, Lastours... Ce chapelet de vigies répondrait à deux des dix critères de sélection : « témoigner d'un échange d'influences considérable pendant une période donnée sur le développement de l'architecture » et « offrir un exemple éminent d'un type d'ensemble architectural illustrant une période significative de l'histoire humaine ».
La croisade des albigeois marque la fin du catharisme, ce mouvement religieux considéré comme hérétique et traqué par l'Inquisition. Le roi Saint Louis met la main sur ce territoire rebelle, rase une vingtaine d'anciens châteaux qui ont pour certains hébergé des bons hommes et des bonnes femmes (tels que se qualifiaient eux-mêmes les cathares), pour en reconstruire de nouveaux. Il assoit ainsi son pouvoir sur cette zone frontalière avec le royaume d'Aragon, côté Espagne, imposant avec ostentation sa présence dans ce paysage grandiose sous le soleil du Midi.
« Les charpentiers et les tailleurs de pierre venaient des plaines picardes et franciliennes, où certains avaient participé au chantier de Notre-Dame de Paris, s'adaptant avec ingéniosité aux reliefs escarpés », contextualise David Maso, de l'Association mission patrimoine mondial, installée à Carcassonne (Aude). Un ensemble homogène sort ainsi de terre en cinquante ans, l'équivalent aujourd'hui de la création d'un groupe aéronaval doté du porte-avions nucléaire Charles de Gaulle...
« C'est la naissance de l'État centralisé français, qui conquiert une province contrôlée par une administration centrale, la sénéchaussée, à Carcassonne, afin de construire une frontière », affirme Nicolas Faucherre, historien et membre du comité scientifique de cette candidature.
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Les lacets s'enchaînent jusqu'au château de Quéribus, le plus proche de l'ancienne ligne de démarcation, que l'on gagne par la route ou à pied par le GR 367. Ce bastion jouait le rôle de lanceur d'alerte, par le biais de signaux de fumée adressés aux autres forteresses du réseau. Dans la salle du pilier, érigée à 728 mètres d'altitude, une voûte en pierre couronnée par quatre croisées d'ogives, indestructible face aux projectiles enflammés, destinée à contrer les boules de feu n'est pas sans évoquer celles des cathédrales. Non loin, la vallée du Fenouillèdes représentait une zone d'entre-deux, un maquis où venaient se réfugier les chevaliers occitans, « dans une ambiance de western médiéval entre sièges et escarmouches incessants », pointe David Maso.
De ces cathares, il reste peu de traces hormis des terrasses de pierre sèche au château de Montségur. Là, 200 « parfaits » et « parfaites » se jetèrent au bûcher le 16 mars 1244, une tragédie commémorée par une stèle devant laquelle sont posées des fleurs ou des cailloux peints. Un culte ésotérique perdure, lié à cette quête du Saint Graal et de l'Arche d'alliance qui avait poussé les officiers nazis à vider les lacs souterrains dans l'espoir de les y trouver.
Une route cathare avait émergé dans les années 1980 à travers ce territoire rural, entre les vignobles des Corbières et du Fitou. Cette bannière touristique perd de son attrait, avec une baisse du nombre de visiteurs de ces châteaux, passés de 100 .000 à 40. 000 depuis 2010 par exemple à Peyrepertuse. La candidature Unesco permettrait de renverser la vapeur, accompagnée d'une hausse de 10 à 30 % de la fréquentation. S'il décroche la timbale, le Languedoc pourrait figurer parmi les derniers sites ainsi labellisés en France.
La procédure doit s'alourdir en 2027, parallèlement à une polémique qui dénonce l'occidentalisation de ce classement, par rapport à l'Afrique ou l'Asie, et une liste s'étirant à l'infini. Là, ce projet a pour vertu de donner de nouvelles clés, lourdes d'Histoire, pour approcher ces sentinelles des crêtes
Le verdict pourrait être connu dès le week-end prochain. La 47e session du comité du patrimoine mondial de l'Unesco se réunit à partir de demain à Paris, jusqu'au 16 juillet, pour examiner les propositions d'inscription de 30 nouveaux sites. La France soutient cette année la candidature des mégalithes de Carnac et des rives du Morbihan, portée depuis 2011 et déposée en 2024.
Ces menhirs, dolmens, cromlechs et tumulus deviendraient alors le premier lieu breton classé au patrimoine mondial de l'humanité. Au total, 550 sites et monuments sont concernés, vieux de plus de 7 000 ans. Cette reconnaissance internationale permettrait de mieux protéger ces vestiges du néolithique tout en les mettant davantage en valeur. Il restera à prendre en compte les craintes face à une surfréquentation autour d'un parc d'attractions type Menhirland.
Carnet d'adresses
Au cœur des remparts, à l'emplacement de l'ancien palais épiscopal, cet hôtel MGallery Collection date de 1909. Il affiche un style néogothique cher à Viollet-le-Duc, qui dirigea la restauration de la cité au XIXe siècle. Colette, Churchill et Sting y ont séjourné.

L'entrée donne l'impression de pousser la porte du Poudlard de Harry Potter, entre des panneaux en bois sculpté et des vitraux reprenant les blasons des illustres familles languedociennes. Depuis la piscine extérieure, on contemple la basilique Saint-Nazaire-et-Saint-Celse, achevée au XIVe siècle. Table gastronomique. Double à partir de 189 euros avec petit déjeuner.
📍Place Auguste-Pierre-Pont, Carcassonne (Aude)
☎️ Tél. : 04 68 71 98 71. hoteldelacite.com
Ce village est célèbre pour son curé qui inspira Alphonse Daudet, et son moulin à vent du XVIIe siècle dressé sur son rocher. Roland Feuillas fait tourner ce dernier depuis vingt ans : à la fois meunier et boulanger, cet ancien ingénieur a remis au goût du jour des blés oubliés. Son pain paysan, cuit au feu de bois, a séduit les chefs étoilés. Il est conseillé de le réserver quarante-huit heures à l'avance. Sélection de focaccias, biscuits et farines.
📍3, rue du Moulin, Cucugnan (Aude)
☎️ Tél. : 04 68 33 55 03.
Sous le château de Montségur, ce restaurant propose des plats à base de produits ariégeois dans une vieille maison du village, accolée d'un cantou en bois, une ancienne grange. Terrasse avec vue sur les montagnes, menu de 19 à 29 euros.
📍118 bis, rue du Village, Montségur (Ariège).
☎️ Tél. : 05 61 02 65 07.
À l'heure de la sieste, possibilité d'emprunter un hamac à l'accueil du château de Quéribus, en échange d'une carte d'identité. On l'accroche dans la pinède, face au château et au massif des Corbières. Des jumelles sont à disposition pour observer les aigles et les vautours fauves et percnoptères planant dans le ciel, ou tenter d'apercevoir les touches de couleur de la fritillaire des Pyrénées, fleur endémique.
📍Cucugnan.
☎️ Tél. : 04 68 45 03 69.
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Cet ancien moulin à huile d'olive a été transformé en auberge sous le château de Peyrepertuse. On y déjeune en terrasse à l'ombre d'un saule pleureur, bercé par le doux glouglou d'une fontaine.

Le civet de cerf au vin de Maury et aux haricots blancs de Castelnaudary (25 euros) et les calamars à la planxa (23 euros) s'accompagnent d'un verre de corbières.
📍9, rue de la Fontaine, Duilhac-sous-Peyrepertuse (Aude).
☎️ Tél. : 04 68 48 95 34.
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