Tournois, châteaux, reconstitutions… Le Moyen Âge s’invite dans vos vacances
Mathilde Giard

Le Moyen Âge a le vent en poupe cet été, on vous explique pourquoi.
LTD/Excurio
Mathilde Giard

Le Moyen Âge a le vent en poupe cet été, on vous explique pourquoi.
LTD/Excurio
Carcassonne, un matin de l'an 1304. Épée à la ceinture, Simon de Lestans contemple depuis l'orée d'une forêt l'impressionnante cité fortifiée dont les remparts viennent d'être achevés. Il vient étoffer les troupes pour les tours de garde avant la visite du roi Philippe le Bel. Été 2025, dans les salles Eclipso de Paris, Lyon et Bordeaux.
Le visiteur se retrouve projeté huit cents ans en arrière devant ce fleuron touristique de l'Aude, coiffé d'un casque de réalité virtuelle. Sur l'image qui s'anime devant ses yeux, le jeune noble est accueilli par son oncle, le connétable de la ville. « Admire l'ingéniosité de ce système de défense ! » lui souffle le commandant militaire en lui dévoilant le double dispositif de fermeture de la porte Narbonnaise.
La documentation historique a elle aussi été vérifiée plutôt deux fois qu'une, avec le Centre des monuments nationaux (CMN) en coproduction. « Nous explorons de nouvelles façons de faire découvrir nos lieux », relève Marie Lavandier, sa présidente. Ce partenariat a été mené avec Excurio, société française de divertissement culturel qui signe là sa cinquième expédition immersive, après les dinosaures, l'Égypte ancienne, Notre-Dame de Paris et l'impressionnisme.
« Les Derniers Remparts » sera bientôt diffusé à Londres, Tokyo et New York entre la 5e et la 7e Avenue... Carcassonne deviendrait-elle une image d'Épinal, version hollywoodienne, de cette période qui court du VIe siècle à la fin du XVe siècle ? « La plus grande cité fortifiée d'Europe peut incarner la cité médiévale dans l'imaginaire collectif, avec une valeur universelle à l'international », estime Fabien Barati, directeur général d'Excurio.
Près de 300 kilomètres plus au nord, dans le Périgord noir, le cliquetis des épées résonne dans la cour du château de Castelnaud, le plus visité du Sud-Ouest : près de 8 millions de visiteurs depuis son ouverture au public il y a quarante ans, en 1985. Là, le décor est bien réel, ainsi que les reconstitueurs. Deux messires s'affrontent dans un duel courtois, pas en armure mais en pourpoint de lin.
Chaque dimanche, l’essentiel de l’actualité économique, politique et sociétale.


« Ce tissu est très résistant à la coupure », pointe Gilles Martinez, le coordinateur des combats, titulaire d'un doctorat en arts martiaux historiques. Le souci du détail reste la clé de voûte de cette forteresse perchée sur un éperon en surplomb de la Dordogne. Pionnière en matière de reconstitution, elle avait été la première à ressusciter des machines de siège fonctionnelles, dont un trébuchet, la star des lieux.
Silence, plus personne ne bouge, un boulet est lancé à plus de 200 km/h, en l'occurrence un ballon d'eau pour la démonstration. Le propriétaire, Kléber Rossillon, ingénieur polytechnicien qui travaillait pour le Centre national d'études spatiales, s'est associé à deux autres pointures : Jacques Miquel, historien régional qui a retrouvé des croquis codés, et Renaud Beffeyte, le compagnon charpentier qui a su les déchiffrer.
Un scénario digne du Da Vinci Code qui ravirait outre-Atlantique les adeptes des ren faires - festivals Renaissance -, une débauche de joutes médiévales à la sauce américaine qui connaît un succès grandissant depuis une quinzaine d'années. Sauf que là, Kléber Rossillon refuse toute romantisation : « Tous nos médiateurs sont diplômés en histoire de l'art », glisse-t‑il, tout élancé dans son costume du XIVe siècle. Selon lui, « le Moyen Âge reste une valeur sûre tant qu'il reste au programme de CM2 et de cinquième ». Et on les repère de loin, ces écoliers et collégiens qui déambulent les yeux émerveillés en costume de chevalier ou de princesse pioché dans une malle à l'entrée du site.

« Cette période est celle que l'on identifie le plus facilement car, avec plus de 10.000 châteaux forts encore en élévation en France, chacun a déjà vu une tour ou d'autres vestiges en ruine, sans compter les films et les séries », conforte Fanny Cohen Moreau, créatrice du podcast « Passion médiévistes ». Celui-ci contribue à renouveler le genre en donnant la parole aux jeunes chercheurs dans un format humoristique, Super joute royale, qui recueille 30. 000 écoutes par épisode, « en toute mauvaise foi mais avec des vrais arguments historiques ». De bons mots pour résumer une passion française.
Tournois équestres, spectacles de rapaces, cracheurs de feu... C'est la recette à succès de ces fêtes médiévales qui vont se succéder tout l'été. Elles se déroulent en ville comme dans les villages perdus : Bayeux, dans le Calvados, devrait accueillir ce week-end près de 60 .000 visiteurs (photo ci-contre). À Aiguèze, dans le Gard, la plupart des 200 habitants revêtent un costume d'époque pour accueillir la foule. Les bénévoles mettent la main à la pâte, contribuant au succès. Parmi les nombreux rendez-vous à venir : la Fête des remparts à Dinan (Côtes-d'Armor) les 19 et 20 juillet ; la fête médiévale d'Azincourt (Pas-de-Calais), célèbre bataille de 1415 perdue face aux Anglais, les 12 et 13 juillet ; chaque jour des animations à Provins (Seine-et-Marne), la plus grande cité médiévale d'Île-de-France.
Carnet d'adresses
L'expérience « Les Derniers Remparts - Carcassonne 1304 » est présentée pour l'instant à Bordeaux (19, rue Saint-Sernin), Paris (45, rue des Pirogues-de-Bercy, 12e) et Lyon (112, cours Charlemagne, niveau 2, 2e). D'une durée de 45 minutes, elle permet de suivre les pas de Simon et d'Agnès, une jeune citadine révoltée par les dérives de l'Inquisition. Tarif assez élevé, de 25 à 32 euros.
Ce bar médiéval du Quartier latin, près d'Odéon, propose de goûter à l'hypocras, ancienne boisson à base de vin, d'épices et de miel, aux côtés d'une large sélection des bières d'antan dont celles du Corbeau, aux notes de caramel.

Dans une cave voûtée du XVe siècle, entre des murs en pierres apparentes, on trinque avec des personnages semblant sortis de Kaamelott, de la série Game of Thrones ou du jeu vidéo Elden Ring. Jeux de rôle à disposition.
📍 44, rue Grégoire-de-Tours (Paris 6e).
☎️ Tél. : 06 16 77 55 69.
Entre les remparts de Cordes-sur-Ciel, cité médiévale du Tarn où se dérouleront des fêtes médiévales du 11 au 13 juillet, cette bâtisse du XIIIe siècle propose cinq vastes chambres d'hôtes où l'on fait de beaux rêves dans des lits à baldaquin. Costumes d'époque à disposition au pied de l'escalier pour les grands enfants.

📍 87, grand rue Raimond-VII, Cordes-sur-Ciel (Tarn).
☎️ Tél. : 09 66 86 14 40.
Dans l'Yonne, dix-sept corps de métiers sont à l'œuvre pour bâtir ce célèbre château fort avec les matériaux et les méthodes du XIIIe siècle. Ce chantier hors norme entame sa 28e saison, invitant les vacanciers à échanger avec les ouvriers et proposant des ateliers découverte. Prévoir jusqu'à cinq heures de visite au sein de ce laboratoire de recherche à la croisée de l'archéologie expérimentale et de l'histoire vivante.
📍 D955, Treigny-Perreuse-Sainte-Colombe (Yonne).
☎️ Tél. : 03 86 45 66 66.
Il a pour atout d'être en plein air. L'escape game « Le Mystère d'Alix, dernière Dame des Baux », permet d'explorer les vestiges de ce château hissé depuis le XIIIe siècle sur le dernier contrefort du massif des Alpilles.

À lire également
Les équipes de deux à six personnes répondent à une série d'énigmes et de défis pour percer les mystères entourant le testament de la princesse des lieux. À partir de 7 ans, 5 euros par personne en plus de l'entrée du château.
📍 Grand rue Frédéric-Mistral, Les Baux-de-Provence (Bouches-du-Rhône)
☎️ Tél. 04 90 54 34 39.
Mathilde Giard