Pierric Bailly, Jean-Pierre Montal... Nos recommandations littéraires de l'été
Philippe Ridet et Olivier Mony

Découvrez nos critiques littéraires de la semaine.
LTD/DR
Philippe Ridet et Olivier Mony

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Pierric Bailly connaît le Jura comme son jardin, si tant est qu'il en ait un. Et pour cause, Il y est né ! Pourquoi dès lors chercher un autre décor que ces plateaux et ces vallées pour y déposer les trois personnages principaux de ce récit à la fois fiévreux et élégiaque, tellurique et sentimental. Le premier, Julien, est berger. Le deuxième, Alexandre, ancien meilleur pote d'internat au lycée du premier, est devenu vétérinaire et écologiste. La troisième, Nadia, est l'épouse du deuxième. Julien est sur le point de changer de vie en projetant d'accompagner à la Réunion sa petite amie, Héloïse, nommée professeure là-bas. Il n'est pas certain d'en avoir envie de quitter ses moutons et ses paysages.
Solitaire, connecté à la nature grandiose, il peut « rester des heures à ne pas bouger, même par mauvais temps, planqué sous [s]on grand parapluie, le cul posé sur un sac-poubelle, les chaussures et le pantalon trempés et l'esprit qui vagabonde ». La vie, l'adolescence qui s'accroche, les liens d'amitié ambigus vont finalement l'ancrer plus profondément encore dans son univers. Lorsqu'il apprend qu'Alexandre est emprisonné pour meurtre, il vole au secours de Nadia. À son ami de lycée, double sublimé de lui-même, Julien avait emprunté son rire, ses manières. Pourquoi pas sa femme. La Réunion peut attendre...
La Foudre, de Pierric Bailly, Folio, 432 pages, 9,50 euros.
Voilà quelques années que Jean-Pierre Montal compose l'une des œuvres les plus élégamment discrètes de ce temps. Son dernier roman, La Face nord, est sans doute le plus emblématique, le plus troublant et le plus accompli de son art du glissement progressif du réel. C'est un soir à Paris. Un soir de février. De nos jours. Du côté d'un cinéma d'art et d'essai parisien qui projette cette sorte d'épitomé du film d'amour, mélo sublime autant que comédie sentimentale, qu'est le Elle et lui de Leo McCarey avec Cary Grant et Deborah Kerr. Pierre, le narrateur, fait la connaissance de Florence, une femme secrète, discrète, manifestement plus âgée que lui.
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Il a quarante-huit ans, elle en a soixante-douze... Alors bien sûr, la liaison qu'ils entament à peine, avec mille précautions et délicatesse, sera fragile. Et bientôt dissipée entre deux voyages et quelques malentendus. Pierre recherchera Florence loin, jusqu'à Vienne et aux années 1970. On croirait entendre chanter Barbara, « Il est minuit ce soir à Vienne / Mon amour il faut que tu viennes »... À lire le cœur serré.
La face nord, de Jean-Pierre Montal, Points, 192 pages, 6,95 euros.
Philippe Ridet et Olivier Mony