Qu’ils soient designers, joailliers, parfumeurs, musiciens, metteurs en scène, ils n’envisagent pas leur travail sans le savoir-faire d’exception des artisans qui nourrit et façonne leurs œuvres. Du théâtre à l’opéra, de la mode à l’art contemporain, ils constituent une source d’inspiration majeure. Pour « La Tribune Dimanche », six personnalités témoignent. Ici, Inès de la Fressange, styliste, autrice de guide, ambassadrice de la maison Roger Vivier, ex-Marianne, icône de la mode et Parisienne.Mon souvenir emblématique
J'en ai beaucoup... Mais cette petite veste de haute couture signée Chanel, entièrement brodée de paillettes noires... C'était comme une coulée d'or noir, un reptile précieux glissant sur ma peau. Une perfection. J'avais félicité le brodeur Lesage. Il m'a dit : « Je t'en offre une. » Je n'y suis jamais allée. Par politesse. Par bêtise, surtout. Regret éternel !
J'ai aussi beaucoup d'admiration pour les artisans du plissé. Madame Édith les formait comme si elle jouait de la harpe sur de la mousseline. Karl et moi, on était fascinés. Quant aux plumassiers, métier en train de disparaître, leur talent saute aux yeux : une plume mouillée et on voit tout de suite le résultat. C'est un travail d'orfèvre. Certains sacs de la collection couture Roger Vivier en sont entièrement couverts.
Chez le chapelier Maison Michel - à l'époque il était rue Sainte-Anne -, on se serait cru au XIXe siècle. Les grands fours, les bolducs, les gars en débardeur, c'était du Maupassant, du Zola. Et chez Massaro, rue de la Paix, tous ces petits souliers alignés... de véritables bijoux ! Ce ne sont pas de simples objets, mais des créations nées de gens passionnés. Ces métiers d'art, c'est à la fois un savoir-faire artisanal et un sens créatif nourri d'imagination. Il faut les protéger, les encourager, il faut que ça existe. Ils sont une caractéristique de la haute couture, qui reste une exception française. Notre patrimoine, notre fierté, notre rayonnement.
Mon actu
Je travaille sur mon prochain guide d'adresses en Provence. La réédition de La Parisienne est classée dans les 100 livres de l'art de vivre les plus vendus au monde. Je suis époustouflée et amusée de voir que le concept de la Parisienne intéresse autant. Et puis ma marque, Inès de la Fressange. On a le mérite d'exister. Peu de petites griffes récentes arrivent à se développer entre la grande diffusion et le luxe. On vient de fêter nos 10 ans.
Propos recueillis Par Élisabeth Lazaroo