Tank, Big Bang, Octo finissimo... Tour d'horizon des montres qui ont marqué leur décennie
Nicolas Salomon

Sœur cadette de Rolex, Tudor propose rapport qualité-prix de premier ordre.
LTD/DR
Nicolas Salomon

Sœur cadette de Rolex, Tudor propose rapport qualité-prix de premier ordre.
LTD/DR
Après avoir longtemps dominé le marché, le style années 1970 s'essouffle au profit des années 1980, 1990... La preuve avec ces nouvelles interprétations des décennies passées dénichées au salon Watches and Wonders.
Un coup d'œil dans le rétro inattendu. L'horlogerie a beau exister depuis cinq cents ans, les amateurs ont pris pour habitude d'en « découper » la production par décennies, comme il est souvent d'usage pour la mode ou la musique.
Dans les allées du salon Watches and Wonders qui s'est tenu début avril, le constat était frappant : d'une manufacture à l'autre, les montres proposées faisaient directement écho à l'une ou l'autre de ces décennies, 1980, 1990, 2000..., qu'il s'agisse de célébrer l'anniversaire d'un modèle ou une nouvelle prouesse technique. En quoi est-ce si nouveau ? Tout simplement parce que jusqu'ici seule la décennie 1970 semblait régner en maîtresse.
Une domination sans partage due à un homme dont l'héritage est inlassablement convoqué : Gérald Genta. On attribue en effet à ce designer, mort dans un relatif anonymat, la paternité d'un style qui a fait les belles heures des années 2015-2025. Son secret ? Inventer une montre dont le bracelet s'intègre parfaitement à la conception de la boîte. « Si je caricature, avant lui, les montres ressemblaient toutes à des galets en or assortis d'un bracelet en croco et d'un cadran blanc », plaisante à peine Laurent Picciotto, le fondateur de Chronopassion qui abrita en son temps une boutique consacrée au maître Genta.
« En deux ou trois ans à peine, le marché s'est cabré, tout le monde s'est mis à vouloir donner son interprétation du style Genta », ajoute-t‑il. Porté par la cote devenue délirante des deux stars du genre - Audemars Piguet Royal Oak et Patek Philippe Nautilus n'atteignaient-elles pas six à sept fois en occasion leur prix du neuf ? -, le marché horloger ne jura plus que par cette « gentaification ». Tant et si bien que, de 500 à 50 .000 euros, les montres commencèrent toutes à se ressembler. Jusqu'à une certaine saturation qui ne tarda pas à montrer le bout de ses aiguilles.
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Effets boomerang : les prescripteurs ont commencé à s'en désintéresser, puis à les mettre en vente. Leur cote s'est mise évidemment à fondre comme la neige suisse au soleil. « Entre 2022 et 2025, des modèles stars, considérés comme inébranlables, ont perdu jusqu'à 50 %-60 % de leur valeur, indique Laurent Picciotto. L'avantage ? Cela pousse le marché à s'intéresser à d'autres périodes de l'horlogerie. » De nombreuses manufactures ont diversifié leur inspiration. Et si la nostalgie domine toujours, elle ne s'exerce pas à l'endroit d'une seule période. Ajoutez à cela des prouesses techniques, le retour en grâce de matières et de couleurs et vous avez les ingrédients d'une livraison 2025 bien plus sapide qu'attendu. Tour d'horizon.
Tag Heuer Solargraph Formula 1

Dans les années 1980, un jeune pilote brésilien répondant au nom d'Ayrton Senna surclasse la concurrence. À son poignet ? Des montres Tag Heuer dont il est le meilleur ambassadeur. Pour célébrer sa mémoire, Tag Heuer s'est penché sur un de ses modèles phares à l'époque, la Formula 1. Une montre sport, disponible en plusieurs combinaisons de couleurs, à la confluence des codes.
Reprenant la palette telle qu'elle l'avait laissée, la manufacture a déployé cette année toute une gamme qui fleure bon la nostalgie mais dotée d'une technologie d'aujourd'hui. Son cadran photosensible permet à la montre de se recharger pour une année en quarante heures d'exposition à la lumière. D'un diamètre de 38 mm et d'un prix contenu, 1.850 euros, elle a rencontré un vif succès lors du salon.
Rolex Land-Dweller

Presque innocemment, c'est une fondue dégustée par Roger Federer avec des amis en montagne qui a mis la puce à l'oreille des connaisseurs au début du mois. Tenant la cuillère en bois, le bras du champion affichait une montre inédite de Rolex, alors même que les nouveautés sont strictement dévoilées lors du premier jour du salon Watches and Wonders.
Pourquoi tant d'émoi ? Parce qu'il s'agit de la réinterprétation d'une comète de la manufacture des années 1980, Oysterquartz. Une montre offrant un visage différent, dont le bracelet intégré avait été une vraie réussite visuelle, mais un four commercial. Remise au goût du jour et surtout dotée d'un mouvement à haute fréquence extrêmement précis de nouvelle génération, la Land-Dweller est donc la digne héritière de l'Oysterquartz. Proposée en or, cette merveille débute à 15 .350 euros.
Tank Cartier privé à guichet

En 1997, l'horlogerie fourbit ses armes pour sa grande conquête des années 2000. Cartier, qui est déjà confortablement installé, exhume de ses archives cet affichage à guichet dont la première livrée remonte à 1928.
Une tank, comme un lingot écorché, qui fait un retour apprécié cette année avec son mouvement à remontage manuel comme à l'esprit d'origine. À ce stade disponible qu'en de nobles matériaux ; son prix en or rose est de 52 .000 euros.
Tudor Black Bay 58

Sœur cadette de Rolex, Tudor a désormais rencontré son public. Dans une gamme de prix gravitant rarement au-delà des 5 .000 euros, ses propositions offrent un rapport qualité-prix de premier ordre.
Mais en 1995, Tudor est bien plus modeste et ses audaces sont mesurées. Cette couleur qui refait surface cette année n'avait pas à l'époque été véritablement lancée. Pourtant, ce combo de bordeaux fonctionne à merveille. Belle plongeuse, avec son système de bracelet ajustable, elle vous met dans un bon bain moyennant 4 .500 euros.
Hublot Big Bang

Les années 2000 sont folles pour l'horlogerie dont le marché n'a jamais connu, et ne connaîtra sans doute jamais plus, une telle expansion. En 2005, surfant sur la déferlante, Hublot propose cette détonante Big Bang, fruit de la fusion des matières en vogue à l'époque : titane et céramique.
Vingt ans plus tard, elle est proposée dans une version anniversaire conforme à l'esprit Y2K qui l'avait vu naître. Si vous êtes nostalgique, elle s'offre à vous en échange de 8.900 euros.
Chanel J12 bleu mat

Lorsque le regretté directeur artistique des montres de la rue Cambon Jacques Helleu propose cette montre en céramique noire en 2000, c'est un coup de théâtre. Cette matière, à peine exploitée, renvoie dans sa finition brillante une lumière que l'époque recherche.
Mais c'est en 2003 que son pendant, d'un blanc immaculé, va littéralement exploser et faire de cette nuance la nouvelle coqueluche du luxe. Vingt-cinq ans plus tard, Chanel célèbre cette gloire passée avec ce bleu encre. Travaillée en mat, la montre se pare de nouveaux atours. Gageons qu'elle saura convaincre la génération Z, qui a vu le jour en même temps que la J12 d'origine. Disponible en plusieurs tailles ; la 38 mm coûte 11.000 euros.
Vacheron Constantin traditionnelle tourbillon date rétrograde

Si vous aimez la haute, très haute horlogerie, typique de ce qui a été considérablement développé au début des années 1990, vous allez pouvoir jeter votre dévolu sur cette exception.
Au-delà du triomphant tourbillon à 6 heures, c'est l'écorché du mouvement rétrograde entre 9 et 3 heures, un des grands marqueurs de cette ligne Tradition, qui nous réjouit. Vous pourrez y admirer non seulement la complexité des pièces en mouvement, mais aussi la fabuleuse exécution de ces pièces guillochées main. Oui, il vous sera demandé de débourser 216 .000 euros, mais c'est le prix pour accéder à l'Olympe.
Bulgari Octo finissimo ultra tourbillon

Bulgari signe ici son 10e record de finesse après la toute première Octo Finissimo de 2014. Plus fine qu'une pièce de 10 centimes, elle défie toutes les lois de l'horlogerie. Seul le rare tungstène qu'elle utilise lui permet d'éviter les torsions.
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En choisissant d'emprunter cette ligne de crête, Bulgari s'est attaché un petit clan de collectionneurs dont la prodigalité ne connaît pas de limites. Les 20 exemplaires prévus, dont le prix estimé tourne autour des 750 .000 euros, ont déjà provoqué un solide intérêt. À quoi cela sert-il ? Comme en formule 1, c'est un laboratoire d'idées qui permet à l'horlogerie moderne de continuer d'avancer.
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