ENTRETIEN — Reine incontestée du jazz vocal, la diva américaine illumine l’affiche de la 47e édition de Jazz in Marciac avec son quartet féminin, We Exist !Elle vient de sortir un album tout simplement magique qui, comme son nom, Elemental (« élémentaire » en français), l'indique, résonne comme un retour aux sources du jazz vocal. Accompagnée par le malicieux Bill Charlap au clavier, Dee Dee Bridgewater y concentre ses acrobaties vocales sur des standards de Duke Ellington, Chet Baker, Fats Waller... Avec autant de liberté que d'humour, elle y revient au scat, cette façon d'improviser en onomatopées qui, selon elle, ne s'entend plus assez de nos jours. « À part Jazzmeia Horn, Samara Joy ou Cécile McLorin Salvant qui le pratiquent très bien, c'est un style délaissé alors qu'il est vital. »
À Marciac, c'est pourtant son autre projet du moment qu'elle veut exposer le 1er août au soir : We Exist !, un quartet exclusivement féminin et une kyrielle de chansons protestataires pour exprimer son indignation devant les affronts de l'actualité avec leur lot de guerres, de régressions sociales et écologiques... Un programme qui d'avance sonne comme un cri de ralliement en faveur de l'art et de la joie d'être ensemble. « Je ne peux plus descendre dans la rue à mon âge, alors maintenant je proteste sur scène ! » prévient l'artiste...
LA TRIBUNE DIMANCHE — Dans quel état d'esprit revenez-vous à Marciac cet été ?
DEE DEE BRIDGEWATER — La joie, l'espérance, l'inspiration ! C'est ça que je veux transmettre sur scène et dont on a le plus besoin aujourd'hui. Sinon on se suiciderait, et ce serait bien triste à Marciac où, chaque fois que j'arrive, j'ai l'impression de retourner à la maison, je me sens chez moi. J'y suis passée tant de fois, les souvenirs se mélangent. J'ai une longue histoire avec ce festival. C'est le seul au monde où j'ai pu jouer tous les répertoires que j'ai abordés dans mes disques. Je l'ai découvert à ses débuts, quand il était encore modeste, avant que Jean-Louis Guilhaumon ne soit élu maire de Marciac. À l'époque, il se souciait déjà d'impliquer les juniors du jazz. Je trouvais ça formidable.
Propos recueillis par Alexis Campion