Chez Jean-Pierre Jeunet, les murs sont remplis de bestioles qu'il fabrique à partir de matériaux trouvés dans la nature. Ses films sont truffés d'effets spéciaux, souvent réalisés à la main. Le créateur d'Amélie Poulain tient à faire les choses lui-même. Dans BigBug, le cinéaste a fait « jouer » de vrais robots au lieu de n'utiliser que des images de synthèse. Mais, en insatiable curieux, il a accepté de présider l'Artefact AI Film Festival, lancé par MK2 et Artefact, premier festival de courts-métrages où seront présentés des films réalisés à l'aide de l'intelligence artificielle générative. Cette technologie, démocratisée par ChatGPT, permet de créer des images, des vidéos et des textes à partir d'une simple description. Loin - a priori - de l'artisanat que défend le cinéaste.
LA TRIBUNE DIMANCHE - Pourquoi avoir accepté de présider ce festival consacré à l'IA ?
JEAN-PIERRE JEUNET - L'intelligence artificielle me terrorise et me fascine. Comme si j'étais sur un grand huit. Je suis curieux de voir ce que les machines sont capables de faire, c'est aussi rigolo de décerner un prix en partie à un disque dur. J'ai toujours été fasciné par la technologie. Lorsque j'ai vu la présentation de l'iPhone par Steve Jobs, j'ai pleuré ! J'utilise les technologies depuis toujours dans mes films. Pour Delicatessen, on était les premiers à créer des trucages vidéo. Pour La Cité des enfants perdus, on était les premiers à mixer en numérique, pour Le Fabuleux Destin d'Amélie Poulain, les premiers à étalonner en numérique. TS. Spivet a été tourné en vraie 3D. Dans Big Bug, il y a une créature dotée de 80 micromoteurs, qui fonctionne grâce à la reconnaissance faciale. C'est marrant parce que, souvent, on dit de mes films qu'ils sont un peu vintage. Mais on ne se rend pas compte que, pour fabriquer du vintage, j'utilise les plus hautes technologies. L'IA m'intéresse au plus haut point. Comme j'ai 70 ans, je suis plus fasciné que terrorisé. Si j'en avais 30, ce serait sans doute l'inverse. Ce qui est certain, c'est que la technologie est là, le progrès est une machine irréversible, il faut faire avec.