L’Éthiopie inaugure mardi la plus grande retenue d’eau du continent. Au grand dam de l’Égypte, qui craint un assèchement du Nil. Les risques paraissent pour l’instant limités.
L'ambiance ces derniers jours au Caire n'est pas vraiment à la fête. Mardi, l'Éthiopie va officiellement inaugurer le grand barrage de la Renaissance (Gerd) sur le Nil, deux jours avant le Nouvel An éthiopien, qui marque la fin de la saison des pluies. Une célébration vécue comme un aboutissement pour Addis-Abeba après quatorze ans de longs et coûteux travaux.
Mais, pour les autorités égyptiennes, l'événement est synonyme d'échec diplomatique, elles qui ne sont pas parvenues à influer sur le dossier. Les modalités de remplissage et d'opération de l'ouvrage ont été décidées unilatéralement par le voisin éthiopien.
Conviée par le Premier ministre éthiopien, Abiy Ahmed, à participer aux festivités, l'Égypte a sèchement décliné, fustigeant le manque de « logique politique et juridique » de l'invitation, selon les mots du ministre des Affaires étrangères, Badr Abdelatty. Le Caire considère le barrage comme une menace pour la sécurité hydrique du pays - et de ses 110 millions d'habitants -, dont 96 % des ressources en eau proviennent du Nil, dans un territoire majoritairement désertique.
Avec près de 2 kilomètres de largeur et 145 mètres de hauteur, le Gerd peut retenir jusqu'à 74 milliards de mètres cubes d'eau, soit plus de l'équivalent du débit annuel du Nil Bleu, qui prend sa source dans le lac Tana en Éthiopie avant de traverser le Soudan puis l'Égypte.
Avec une capacité installée inégalée sur le continent africain de 5 GW, le mégabarrage vise principalement à produire du courant afin de répondre aux besoins de la population éthiopienne. En 2021, la moitié des 130 millions d'habitants n'avait toujours pas accès à l'électricité.
Newsletter
La Tribune Dimanche
Chaque dimanche, l’essentiel de l’actualité économique, politique et sociétale.
À terme, le barrage devrait permettre de générer en moyenne 15 .700 GWh par an. Plusieurs turbines, sur la dizaine que compte le Gerd, ont déjà été mises en service et ont permis de produire environ 10 .000 GWh au cours de l'année fiscale écoulée, soit 30 % de la production électrique du pays. L'Éthiopie, qui entend devenir un hub régional de l'énergie verte, prévoit également d'exporter vers les pays voisins, dont le Kenya, Djibouti et le Soudan.