Le Caire mobilise les pays arabes pour trouver une alternative au projet d’expulsion des Palestiniens.L'image a agacé, voire ulcéré la plupart des Égyptiens. Voir le roi Abdallah II de Jordanie dans le Bureau ovale, blême et gêné devant un Donald Trump implacable, a été vécu comme une humiliation. Il est vrai que le souverain a bien peu protesté quand le président américain a réitéré, mardi, sa proposition de déplacer vers son pays mais aussi vers l'Égypte les 2 millions de Palestiniens de la bande de Gaza, en ruine après plus d'un an de bombardements israéliens, pour y bâtir à la place une « Côte d'Azur du Moyen-Orient ».
« Je dois penser à ce qui est dans l'intérêt de mon pays », a éludé Abdallah II. Tout en ajoutant qu'il fallait « attendre que les Égyptiens puissent présenter leur plan ». Ces derniers ont confirmé se pencher sur une proposition alternative. Mais, pour s'éviter le même malaise, le président Abdel Fattah Al-Sissi a pour l'instant décliné toute invitation à Washington.
Au Caire comme à Amman, le projet de Donald Trump embarrasse. D'abord parce que les deux régimes savent que leurs populations y sont moralement et idéologiquement opposées. « Un tel déplacement serait inacceptable pour l'opinion arabe ; elle le vivrait comme une seconde Nakba », confirme le chercheur en relations internationales Nael Shama, en référence à la « catastrophe » de l'exil massif des Palestiniens après la création d'Israël en 1948.
La question est particulièrement sensible en Jordanie où une grande part des 11 millions d'habitants sont issus de familles palestiniennes déplacées à partir de 1948. Un nouvel afflux représenterait « une menace existentielle » et « des problèmes économiques et sécuritaires intolérables » pour le pays, selon une tribune de Marwan Muasher, ex-ministre des Affaires étrangères.
Justine Babin, correspondante au Caire (Egypte)