LA TRIBUNE DIMANCHE — L'annonce israélienne de la prise de contrôle de la totalité de la bande de Gaza suscite des réactions indignées. Est-ce vraiment une surprise pour le Premier ministre israélien ?
FRÉDÉRIC ENCEL — En effet, l'annonce de l'offensive sur Gaza a suscité un tollé, y compris chez les plus proches amis d'Israël comme l'Allemagne. Or justement - simple hypothèse -, ne serait-ce pas pour le roué Netanyahou un moyen de faire monter les enchères et donc, en y renonçant finalement, d'obtenir des Occidentaux et des États arabes modérés des pressions accrues sur le Hamas en vue de meilleures conditions pour un cessez-le-feu ?
En dehors de cette hypothèse, qu'est ce qui a pu, selon vous, déclencher
la décision de Benyamin Netanyahou, alors même que l'on sait que cela met les otages en danger ?
La principale variable de prise de décision de Netanyahou semble être sa volonté de demeurer au pouvoir. Il ne peut s'y maintenir sans les deux partis d'extrême droite qu'il a lui même inclus dans sa coalition, une décision dont il aurait pu se passer. Cette hypothèse est évoquée par la majorité des Israéliens. Pas seulement par la gauche, minoritaire, mais également par la droite et le centre droit. La deuxième hypothèse explicative est sa certitude qu'il n'obtiendra pas la libération des derniers otages, ainsi que le rapatriement des corps de ceux qui ont été assassinés, sans des concessions rédhibitoires sur le plan militaire. Le retrait de l'« axe de Philadelphie », par exemple, ce couloir qui permet à l'armée d'empêcher le Hamas de se ravitailler en utilisant les tunnels qui passent sous la frontière égyptienne.