ENTRETIEN — L’anthropologue et essayiste décrypte les évolutions des États-Unis depuis la crise financière de 2008, qu’il a vécue de l'intérieur en tant que banquier en Californie. Dernier ouvrage paru : « L’Avènement de la singularité » (Textuel).LA TRIBUNE DIMANCHE — La politique « Make America Great Again » de Donald Trump ne cesse de surprendre, du « jour de la libération » au recours à l'armée dans les rues de Los Angeles. Le président américain est-il un
bouchon dans un océan en furie ou bien celui qui a provoqué la tempête ?
PAUL JORION — Ce chaos provient à 85 % des États-Unis. Et pourtant, rien n'est improvisé et tout se déroule selon un plan bien établi. Les grandes lignes sont inscrites dans le Projet 2025 de la Heritage Foundation, un think tank quasi messianique qui se réclame d'un héritage chrétien au sens américain du terme, c'est-à-dire suprémaciste blanc. Ce projet plonge d'ailleurs ses racines dans les mouvements américains d'extrême droite des années 1930.
Donald Trump est dans cette filiation, qui s'est clairement manifestée lors des émeutes de Charlottesville en 2017 et il aime se prendre pour un général sudiste. L'envoi de troupes en Californie, un État démocrate, donc jugé ennemi, en est une nouvelle illustration. Cette intervention est d'ailleurs dans le Projet 2025. On peut donc s'inquiéter pour les prochaines élections de mi-mandat, qui ne sont en revanche pas au programme !
Quelles sont les forces et faiblesses du président américain ?
Donald Trump a clairement gagné sa campagne contre le wokisme. Le camp libéral avait perdu ses références morales en laissant des radicaux imposer des vues réfutées sur le plan scientifique et les grandes universités comme Havard ou Columbia se sont laissées piéger par ces petits groupes sectaires. Dans ce combat, le président conserve un soutien massif dans l'opinion. En revanche, ses faiblesses sont de deux ordres. Tout d'abord, son gouvernement est composé de gens peu diplômés, avec un faible bagage intellectuel, choisis en fonction de leurs idées politiques ou du montant de leurs donations au parti républicain.
Propos recueillis par Éric Benhamou