ENTRETIEN — Défense, spatial, IA... L'Europe ne surmontera ni le choc stratégique ni ses dépendances industrielles, sans vision et sans commandement. L'ex-ministre de l'Économie sonne l'alarme.LA TRIBUNE DU DIMANCHE — Le monde a brutalement changé avec le retour de Donald Trump à la Maison Blanche. Quel est l'impact de sa politique sur l'équilibre international ?
THIERRY BRETON — Depuis l'élection de Donald Trump, l'expression qui vient à l'esprit, c'est celle de « perte de confiance ». La confiance était la clé de voûte de l'ordre international construit après 1945. Elle fondait le multilatéralisme, les relations diplomatiques, les échanges commerciaux, la sécurité collective. Cette confiance était en grande partie incarnée par les États-Unis. Elle s'est brutalement effondrée. Songez que même le statut du dollar et la sécurité de la dette américaine sont aujourd'hui remis en question. Pour les Européens, c'est un électrochoc qui nous oblige à repenser notre autonomie stratégique, y compris en matière de défense. Comme l'a dit le chancelier allemand, Friedrich Merz, il est temps que l'Europe prenne l'intégralité de son destin en main, et sans éluder des questions aussi sensibles que le parapluie nucléaire. Le débat est ouvert.
Et sur le plan économique ?
C'est, là aussi, un retournement brutal. Le libre-échange, que nous croyions acquis, tout particulièrement entre alliés, est remis en cause sans autre forme de procès. On a vu ce qu'il s'est passé avec le Canada, le Mexique, la Grande-Bretagne et bien sûr l'Europe. Le « Libération Day » du 2 avril et l'annonce des hausses de droits de douane unilatérales ont causé un choc majeur.
Pourtant, là où le Canada, le Mexique ou la Chine ont fermement réagi, l'Europe a cherché à éviter l'escalade. Certaines propositions, certaines contre-réactions, ont été engagées. Mais, sans ligne politique forte et assumée, on peine à imposer une voie de sortie. L'épisode des droits de douane sur la Chine, qui ont été renégociés en bilatéral à Genève en dehors du cadre de l'OMC, illustre bien la nécessité d'une méthode de négociation basée sur l'équilibre des rapports de force.
Michel Cabirol et Philippe Mabille