OPINION. « Attaquer Jean-Luc Mélenchon est devenu un sport national », par Aurélien Taché, député Insoumis du Val d'Oise
L'ancien macroniste, qui a rejoint LFI en 2022, estime que Jean-Luc Mélenchon reste le mieux placé pour faire gagner la gauche en 2027 et déplore le bashing visant le leader des Insoumis.
par Aurélien Taché, député Insoumis du Val d'Oise
Aurélien Taché estime que Jean-Luc Mélenchon reste le mieux placé pour faire gagner la gauche en 2027.
Alors que la rentrée politique s'annonce musclée et comme une sorte d'échauffement avant l'élection présidentielle de 2027, on réassiste à ce qui est devenu un sport national : attaquer Jean-Luc Mélenchon !
Déjà, quand je siégeais au groupe écologiste, après avoir été réélu sous les couleurs de la Nupes, j'avais été frappé, alors que la France Insoumise avait été la locomotive de cette formidable union et que son conducteur était Jean-Luc Mélenchon, par les protestations des passagers au sein des wagons.
Trop rapide, trop direct, trop bruyant...les élections législatives étaient à peine terminée que beaucoup de ceux qui étaient montés à bord du train Nupes essayaient de le faire dérailler, oubliant bien vite que sans lui, ils seraient pour la plupart restés sur le quai de leur circonscription !
Sans doute doté d'un certain esprit de contradiction et surtout convaincu depuis la campagne de 2022, que la France Insoumise était le seul mouvement capable de débarrasser la France du poison du racisme et donc d'unir ses catégories populaires, je l'ai rejoint au moment des élections européennes.
En refusant de s'engager dans une liste commune à la Nupes, les écologistes prenaient en effet la responsabilité de mettre fin à l'union, ce qui était pour moi inacceptable.
Les élections législatives étaient à peine terminée que beaucoup de ceux qui étaient montés à bord du train Nupes essayaient de le faire dérailler
Alors évidemment, maintenant que la coalition du Nouveau Front Populaire, sorte de Nupes « bon marché », est-elle aussi au point mort, après les refus successifs des socialistes de censurer le gouvernement de François Bayrou, toute la gauche « non-mélenchoniste » (quelle définition enthousiasmante...) s'en donne à cœur joie !
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« Il veut tout conflictualiser ! », « son programme est trop radical ! » « Il fait peur ! »... et bien sûr l'argument ultime « c'est le pire candidat de second tour, il ferait gagner le Rassemblement National ».
Reprenons très rapidement ces différents points... « tout conflictualiser » ? Oui, car la fin du racisme, le partage des richesses ou la sauvegarde de la planète ne viendront pas tout seuls et supposent une lutte acharnée contre les puissants. Un « programme trop radical » ? C'est pourtant celui de la Nupes, sur laquelle toute la gauche s'est engagée en 2022. « Faire peur » ? Aux milliardaires certainement, c'est pour d'ailleurs pour cela que la quasi-totalité des médias français, presque entièrement dans leurs mains, consacrent une très large partie de leur temps d'antenne à le diaboliser.
La fin du racisme, le partage des richesses ou la sauvegarde de la planète ne viendront pas tout seuls et supposent une lutte acharnée contre les puissants
La réalité est que la plupart des responsables politiques écologistes ou de gauche qui tiennent ce discours de bonne foi (les autres ne méritent pas qu'on s'y attarde), sont soit dans une forme de déni de c'est qu'est réellement la Vème République, ou une incarnation extrêmement forte est indispensable pour emporter l'élection présidentielle. Soit ont renoncés à transformer la société et ne conçoivent la conquête de pouvoir que dans une logique strictement gestionnaire.
Examinons maintenant le seul argument sérieux, qui serait que le positionnement ou la personnalité de Jean-Luc Mélenchon le priverait de toute chance de victoire s'il atteignait le second tour...
Commençons par rappeler qu'il faut d'abord passer la barre du premier et de ce point de vue, une réalité s'impose jour après jours même aux plus mélenchonophobes : il est le seul candidat de gauche à pouvoir l'atteindre. L'ensemble des sondeurs et analystes le reconnaissent, le plus souvent à leur grand désarroi : la France Insoumise, dispose d'un « socle en béton » d'environ 15% d'électeurs et Jean-Luc Mélenchon, s'il bien sûr il confirmait sa candidature, est très bon en campagne.
Aussi, même si pour une raison dont on aurait bien du mal à percevoir la logique, il se retirait et apportait son soutien à un candidat qui n'est pas issu des rangs de la France Insoumise, une très large partie des électeurs ne suivraient pas, n'ayant confiance qu'en lui.
Ceci en raison de son intransigeance sur la nécessité d'un programme de rupture et de l'entièreté de son caractère et c'est là que son positionnement, comme sa personnalité, que d'aucuns s'emploient à fustiger, deviennent clairement des atouts.
C'est même grâce à cela que la gauche peut espérer convaincre de nouveaux abstentionnistes de se déplacer : toute concession ou changement de ton aurait pour effet immédiat de décourager cet électorat, qui a été le grand perdant des politiques conduites depuis 40 ans.
Toute concession ou changement de ton aurait pour effet immédiat de décourager cet électorat
Alors au fond, qu'est ce qui pourrait donner de la consistance à un éventuel plafond de second tour ? Et bien précisément la petite musique que certains dirigeants écologistes, socialistes ou communistes ne cessent d'entonner à l'endroit des électeurs que ces politiques ont le plus épargnés : Jean-Luc Mélenchon ne pourrait pas gagner.
Si à gauche, le chœur des cassandres ne s'évertuait pas matin et soir, à faire de cette défaite supposée une prophétie auto-réalisatrice, de toutes autres perspectives s'ouvriraient immédiatement.
C'est pourquoi chacun devra bientôt prendre ses responsabilités et surtout les assumer.