OPINION. « Commençons par construire collectivement la paix », par Alexandre Farina, premier adjoint au maire d’Ajaccio
Par Alexandre Farina

Alexandre Farina appelle à une prise de conscience collective et à un sursaut éducatif.
LTD/DR
Par Alexandre Farina

Alexandre Farina appelle à une prise de conscience collective et à un sursaut éducatif.
LTD/DR
Depuis la fin de l'année dernière et à quelques semaines d'intervalle, la Corse a été à nouveau secouée par plusieurs morts violentes. Parmi celles-ci, deux ont particulièrement ému l'île et au-delà, par leur brutalité, la jeunesse et la personnalité des victimes.
Elles s'appelaient Pilou et Chloé, l'un était un jeune pompier très estimé, l'autre une étudiante de dix-huit ans à peine. Un fils, un frère. Une fille, une amie. Deux soleils que des mains assassines ont prématurément éteints. Ils ont rejoint une trop longue liste de morts par balles, pour un clan, pour un racket, pour un regard, pour une parole ou par erreur. Mais ils ne doivent pas être morts pour rien afin de clore de façon définitive cet insupportable et macabre inventaire. La Corse est remplie de ces histoires tragiques qui fauchent des vies, brisent à jamais des familles et sèment le chagrin et la colère.
Sommes-nous collectivement condamnés à ce sort funeste qui voit une partie de notre société insulaire s'abîmer et épouser cette violence armée sur fond de banditisme, d'addiction à la drogue, à l'alcool ou à d'autres vices ? Il faut se regarder en face. La Corse va mal, de plus en plus mal. Elle décline. Ses « valeurs ancestrales » sont devenues un cliché éculé. Et une partie de sa jeunesse, désœuvrée, s'égare. Je le constate au quotidien, dans mes fonctions d'élu.
J'ai été élevé dans les principes d'une éducation ferme, administrés par une famille, responsable et droite ou les mots de respect, de travail et de tolérance étaient érigés en valeurs cardinales. Je ne suis ni un modèle, ni un exemple. Je suis le fruit de ce que des générations avant moi ont construit et m'ont inculqué avec rigueur, amour et honnêteté.
Aujourd'hui que pèsent ces mots dans l'esprit de certains d'entre nous ? Quel est le modèle actuel de la société que nous construisons pour nos enfants ?
Celui d'un miroir aux alouettes, ou l'individualisme, l'apparence et le consumérisme sont les nouvelles vertus cardinales.
Celui du culte de l'enfant roi, impuni, intouchable et irréprochable, qui devenu adulte reproduira ce schéma superficiel et erroné.
Celui d'une communauté fière élevée dans le culte morbide d'une violence protéiforme ou le mythe romantique de la cagoule hier et celui toujours fantasmé du voyou participent de cette triste ambition idéalisée.
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Celui d'un peuple, menacé de disparition sur sa propre terre et qui reproduit les modèles importés d'ailleurs, ceux-là mêmes qu'il dénonce pourtant régulièrement dans un réflexe schizophrène non assumé.
Celui du mythe de la communauté de destin arrivée au bout de son modèle d'intégration et qui s'abrite derrière les nouveaux arrivants pour mieux masquer ses propres turpitudes dans la région la plus pauvre de France,
Celui d'une économie administrée et dépendante qui truste les tristes premières places au classement de la misère nationale : avortement, précarité, vie chère, homicides, saisies de drogue ou incendies criminels.
Celui d'une ile abandonnée aux bandes criminelles organisées et ou la probité devient une utopie.
Je ne veux pas de cette société-là. Je ne me suis pas engagé en politique pour cela. Le séisme de ces morts absurdes doit servir d'électrochoc. Nous devons faire notre introspection pour gommer et faire disparaitre ces comportements délétères. Nous devons collectivement réinvestir l'éducation et tous ses champs d'intervention pour mieux protéger nos enfants demain. Nous devons réapprendre le gout de l'effort, le sens du travail, le respect et le vivre ensemble.
Alors que l'Assemblée de Corse va bientôt de nouveau débattre sur la violence et le phénomène mafieux, je dis aux corses : « Ressaisissons-nous pour laisser aux générations qui arrivent un modèle nouveau pour que nos jeunes deviennent des apprentis citoyens soucieux d'eux et leurs semblables. » Les élus que nous sommes portons notre part de responsabilité dans l'abaissement des valeurs et dans la déliquescence des pans entiers de notre micro-société, où la proximité est une opportunité autant qu'elle est un fardeau. Notre parole compte et notre voix porte. Et je regrette que certains, parmi les plus importants depuis des années, soit par calcul soit par lâcheté, se taisent ou biaisent quand ils doivent parler. Et se trompent de combat. Les mots ont un sens. Les silences aussi.
Cette jeunesse il faut aussi la comprendre, et la comprendre c'est aussi appréhender ses attentes, ses fragilités et parfois ses dérives. Cette jeunesse en mal de politisation et qui se jette, ivre de colère, dans les rues de nos villes pour crier sa haine de l'injustice et son dégoût de l'inaction de ses aînés, sans occulter le fait qu'une partie d'entre elle descend aussi dans la rue pour casser.
Nous avons aussi besoin d'un État partenaire qui assume enfin ses missions régaliennes de justice et de police sans faillir, ni trembler. Trop souvent la Corse a subi les aléas des politiques pénales gouvernementales successives ou les coups de menton remplaçaient les discussions occultes. Pour les résultats infimes que nous connaissions.
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Je ne demande ni répression, ni loi d'exception. Mais l'application de la Justice, l'application des règles de droit sans abus, ni volonté de mettre au pas. Avec constance, discernement et fermeté. Il était écrit au-dessus de l'autel ou le Pape François a célébré la messe le 15 décembre dernier à Ajaccio dans un rare moment de bonheur et d'unité populaire : A Pace (la Paix).
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