La reconnaissance de l'homosexualité est aujourd'hui largement majoritaire en France, avec 85 % des Français affirmant l'accepter1 . Ce chiffre pourrait laisser augurer, à la manière de Francis Fukuyama, la « fin de l'histoire »2 des luttes pour les droits des personnes LGBT. Or cette reconnaissance banalisée dans la société s'accompagne d'une autre banalisation, glaçante et préoccupante : celle des violences à leur égard. Depuis 2016, les délits et agressions contre les personnes LGBT se comptent par milliers et progressent de 17 % par an3 , comme si l'acceptation sociale avait désarmé la vigilance face à une hostilité toujours plus décomplexée.
L'homophobie et la transphobie assumées et omniprésentes, particulièrement virulentes sur les réseaux sociaux, frappent les jeunes avec une intensité alarmante. Ces derniers, qui sont 22 % à s'identifier comme LGBT4 , au sein de la génération Z5, subissent des troubles de santé mentale deux fois plus fréquemment que leurs pairs hétérosexuels, et le risque de tentative de suicide est quatre à cinq fois supérieur6. L'abandon brutal par des acteurs majeurs de leurs engagements en matière d'inclusion et de diversité, conjugué au renoncement précipité de grandes plateformes numériques à la modération des contenus haineux ces postures invoquant la liberté d'expression en ligne ou dénonçant une forme de « démasculinisation » de nos sociétés, ouvre la voie à un retour inquiétant vers l'invisibilité forcée des minorités, dans les environnements professionnels, sportifs ou éducatifs comme dans la sphère privée.