OPINION. « Épargne : attention, risque de délocalisation ! », par Sébastien d'Ornano, président de Yomoni
Par Sébastien d'Ornano, président de Yomoni

Sébastien d’Ornano a fondé Yomoni en 2015.
LTD/Yomoni
Par Sébastien d'Ornano, président de Yomoni

Sébastien d’Ornano a fondé Yomoni en 2015.
LTD/Yomoni
Les Français sont inquiets. Et quand ils sont inquiets, ils épargnent, plus encore qu'habituellement. Avec plus de 6.000 milliards d'euros, l'épargne des Français est un enjeu majeur pour notre indépendance économique. Or, si nos banques, compagnies d'assurance et gestionnaires d'actifs n'adaptent pas rapidement leurs offres aux nouvelles attentes, ces capitaux emprunteront la voie de places étrangères, fragilisant notre souveraineté financière.
En France, le secteur repose sur un maillage éprouvé et solide, dans lequel les Français ont confiance. Pourtant, la montée en puissance de modèles plus agiles et transparents révèle un vrai risque de retard, alors même que les attentes évoluent.
En 2024, 58 % des 18-24 ans et 48 % des 25-34 ans jugeaient intéressant d'investir en Bourse (contre 43 % pour l'ensemble des Français). Car informés, connectés, les jeunes ne font pas qu'épargner : ils investissent, choisissent les produits qui correspondent à leurs objectifs, savent jongler entre plusieurs outils et plateformes. Cette évolution est une bonne nouvelle, mais elle ne se fait pas en vase clos : ce sont notamment des acteurs installés hors de France qui répondent aujourd'hui à cette aspiration.
Le risque de délocalisation est déjà une réalité, par exemple à travers l'essor de l'assurance-vie luxembourgeoise, qui attire de plus en plus d'épargnants aisés, échappant au cadre protecteur français. De manière plus structurelle, on constate une augmentation de la migration des comptes : nombre de comptes-titres sont désormais gérés depuis l'étranger, notamment l'Allemagne, éloignant les flux d'investissement du contrôle national.
Le mouvement est profond. Et il s'accélère. Demain, les acteurs digitaux qui séduisent sur les marchés financiers s'attaqueront aux produits d'épargne plus classiques - PER, livrets, assurance-vie. Si les acteurs historiques ne s'adaptent pas, ils risquent de perdre en pertinence, et surtout en confiance. Face à cette bascule, deux leviers doivent être actionnés de manière coordonnée pour inverser la tendance.
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Le premier levier est l'innovation. Il s'agit de concevoir des interfaces mobiles intuitives, offrant un suivi en temps réel et des explorations de produits simplifiées. Les épargnants exigent désormais une flexibilité sans précédent : placements modulables, arbitrages instantanés et grande autonomie - tout en ayant la possibilité de bénéficier de conseil et d'expertise.
Le deuxième levier est la régulation. L'État doit se mettre du côté des épargnants, pour garantir un haut niveau de service et de transparence. La banque a déjà su évoluer, poussée parfois par une réglementation au service du consommateur : virements instantanés, mobilité facilitée, transparence des frais. Au secteur de l'épargne de faire de même, en répondant aux attentes des épargnants, et en allant au-devant d'elles.
Cette troisième voie existe. Elle est déjà empruntée par certains acteurs historiques en transformation, comme par de jeunes entreprises françaises. Il ne s'agit pas de rejeter la concurrence : elle est saine et stimulante, en particulier pour les épargnants. Il s'agit simplement d'agir à temps, avant que d'autres ne décident pour nous.
L'épargne est bien plus qu'un outil financier : dans le contexte que nous traversons, c'est un levier de stabilité, d'autonomie, et d'investissement dans notre avenir collectif.
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